Nippons Fripons #1 : Akiko Yano

Haruomi Hosono, Akiko Yano, Tatsuro Yamashita, YMO… Ces noms ne vous disent peut-être rien mais pourtant ce sont des artistes qui ont apporté une pierre considérable à l’édifice musical nippon et continuent, aujourd’hui, à inspirer de nombreux musiciens occidentaux. On a décidé de vous faire découvrir chaque mois des musiciens japonais d’hier et d’aujourd’hui, souvent sous-estimés, méconnus ou passés à la trappe et qui mériteraient qu’on s’y attarde davantage. Des 70s jusqu’à nos jours, plongez dans le Japon underground et innovant qui a vu naître des courants musicaux comme la City Pop, la Techno Kayō ou encore le Kayokyōku qui deviendra la J-Pop telle qu’on la connait aujourd’hui.

#1 Akiko Yano

On commence cette série avec Akiko Yano, véritable magicienne de la musique, sachant mêler jazz contemporain, rock progressif, pop acidulée et funk à des instruments traditionnels japonais dans un joyeux méli-mélo indescriptible. Tantôt nerveux et tantôt doux, aucun des morceaux de ses vingt-sept albums ne se ressemblent mais partagent la même volonté de dépasser les limites de la composition classique. Yano est souvent comparée à Kate Bush et c’est en partie à cause de sa voix si particulière qui pousse dans les aigus, s’abandonne à des cris presque bestiaux et parvient à traduire une dizaine d’émotions en quelques secondes. C’est aussi à cause de la grande précocité d’Akiko qui n’a que 21 ans à la sortie de son premier album Japanese Girl. Pianiste de génie, elle partage le goût des arrangements fantaisistes et audacieux avec Kate Bush mais aussi le sens aigu de la composition et de l’orchestration.

Tout commence à Tokyo, où Akiko Yano déménage à l’âge de 15 ans pour poursuivre sa carrière de musicienne dans un lycée spécialisé. Très vite, elle commence à se produire dans les clubs de jazz de la capitale, se faisant remarquer comme une pianiste virtuose dont le talent est voué à un destin hors du commun. Son premier album, Akiko décide de l’enregistrer entre Los Angeles et Tokyo, s’entourant du groupe Little Feat dont le guitariste, Lowell George, est un ancien musicien de Frank Zappa. Il en résulte Japanese Girl, une pépite entre jazz, funk et rock psychédélique avec une pointe de folk traditionnel japonais. Les morceaux s’agitent, font des montagnes russes, surprennent par leur inventivité et leur habilité à déconcerter l’auditeur. Une fusion entre l’est et l’ouest parfaitement réussie et qu’on retrouvera dans chacun de ses albums.

La carrière d’Akiko Yano est aussi bercée par des rencontres dont celle avec le groupe de musique électronique légendaire YMO avec qui elle collabore durant de nombreuses années, que ce soit sur scène ou en studio. Elle est invitée à les accompagner lors de deux tournées mondiales où elle chante et joue du synthé. Bien que ne faisant pas officiellement partie du groupe, elle s’intègre parfaitement à la formation lors de quelques shows, en apportant légèreté et insouciance. Son attachement à YMO n’est pas seulement professionnel puisqu’elle épousera un de ses membres, Ryuichi Sakamoto, un des plus grands compositeurs japonais, reconnu mondialement. Un sacré power couple.

Un des albums le plus marquant d’Akiko Yano est probablement I’m Home, un voyage onirique et parfois effrayant entre envolées expérimentales et morceaux synth-pop. On ne sait pas sur quel pied danser mais c’est justement ce titillement des sens qui rend l’album si parfait. I’m Home donne une bonne idée de ce qu’est la Techno Kayō et l’ambiguïté entre voix aiguë et mignonne et arrangements hyper cérébraux. En plus de contenir des titres très catchy et addictifs, c’est un album ambitieux et sincère où Yano démontre son second degré autant dans les textes que l’interprétation parfois loufoque.

Ce qui caractérise la carrière de Yano c’est aussi son extrême productivité puisqu’en 40 ans, elle aura sorti pas moins de vingt-sept albums. Même s’il y a eu quelques ratés, la plupart des LP méritent une écoute et forment la frise chronologique d’une musicienne sachant constamment se réinventer. Si sa période 80s était marquée par l’influence YMO, c’est lorsqu’elle se sépare de Sakamoto dans les années 90 qu’elle décide de partir à New York pour poursuivre sa carrière de pianiste. Les albums qu’elle y réalisera seront bien plus jazz, rien à voir avec la pop un peu barrée que l’on connaissait. Elle est aussi amenée à travailler avec le Studio Ghibli, réalisant notamment la BO de Mes Voisins les Yamadas de Isaho Takahata.

Akiko Yano aurait pu rester figée dans un imaginaire 80s mais pour notre plus grand plaisir, elle ne s’arrête jamais de composer et reste, encore à ce jour, une artiste à suivre. Son dernier album Welcome to Jupiter, Yano le qualifie de « musique techno d’adulte« . On y sent une envie de retourner aux bases électroniques qui ont fait son succès, en reprenant certains de ses titres phares et les remettant au goût du jour. Elle offre une nouvelle version du morceau « Tong Poo », écrit par Ryuichi Sakamoto en 1978 et s’entoure de producteurs et collaborateurs issus de la scène émergente japonaise comme tofubeats et Seiho. C’est aussi cheesy qu’une fondue savoyarde et certains des morceaux auraient leur place dans un générique de drama japonais mais les chansons édulcorées ont un charme indéniable.

Parce qu’on ne peut pas être exhaustif sur la carrière d’Akiko Yano, on vous laisse avec un live de 1985 avec Ryuichi Sakamoto, pour vous faire votre propre idée du phénomène.

Discographie : 

1976 : Japanese Girl

1977 : Irohanikonpeitō (いろはにこんぺいとう)

1978 : To Ki Me Ki (ト・キ・メ・キ)

1980 : Gohan ga Dekita yo (ごはんができたよ)

1981 : Tadaima. (ただいま。)

1982 : Ai ga Nakucha ne. (愛がなくちゃね。)

1984 : Oh hisse, oh hisse (オーエス オーエス Ōesu Ōesu)

1986 : Tōge no Wagaya (峠のわが家)

1986 : Brooch

1987 : Granola

1989 : Welcome Back

1991 : Love Life

1992 : Super Folk Songs

1993 : Love is Here

1994 : Elephant Hotel

1995 : Piano Nightly

1997 : Oui Oui

1999 : Go Girl

2000 : Home Girl Journey

2002 : Reverb

2004 : Honto no Kimochi (ホントのきもち)

2008 : Akiko

2010 : Ongakudō (音楽堂)

2014 : Tobashite Ikuyo (飛ばしていくよ)

2015 : Welcome to Jupiter

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