Moodoïd, reptile humanoïde ?

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Pablo Padovani, alias Moodoïd, est un caméléon de la nouvelle scène française. Il nous faisait grimper aux cimes avec  « Je suis la Montagne » en 2013, entouré de ses figures féminines reluisantes, dont Maud Nadal qui fait ailleurs des merveilles sous le pseudonyme Halo Maud. Après un moment  « De folie pure » en 2014, il revient sur scène sous les traits du Reptileavec l’élégante chaleur du jazz. Manifesto XXI s’est entretenu avec Pablo, sur ses réalisations de clips, les femmes qui l’inspirent et le surréalisme, à l’image de cet artiste qui détient la lumière. On lit ça, et on n’oublie pas :  « Les filles font que le temps est jouissif » !

Manifesto XXI – Tu mets beaucoup en valeur la figure féminine. D’où te vient cette envie ?

Pablo : Moodoïd est un groupe à travers lequel j’avais l’impression d’exprimer une part féminine de ma personnalité. J’avais envie de n’être entouré que de présences féminines, être le seul homme. Il y avait cinq filles dans le groupe, plus une ingénieure son et une ingénieure lumière.

Être le seul mec, ça provoque quelles sensations ?

Je jouais dans un groupe avant, Melody’s echo chamber, où c’était l’inverse. Melody était toute seule et on était un groupe de mecs. Je pense que pour une fille, être seule au milieu de mecs, c’est un peu particulier comme ambiance. J’ai ressenti ça, à l’inverse. A la fois t’es un peu chouchouté parce que tu es le seul garçon, mais en même temps c’est un groupe de filles, elles sont hyper complices, elles ont leur truc ensemble, t’es un peu à part. C’était une drôle d’expérience.

Aujourd’hui, le groupe a changé ?

J’ai enregistré le nouvel album avec des musiciens de la nouvelle scène jazz-reggae, pour qui j’ai eu d’énormes coups de cœur. Maintenant on est un groupe de six, il y a encore deux filles, et trois garçons.

C’est un nouveau projet ?

En réalité Moodoïd c’est moi tout seul, entouré de musiciens. Avec l’idée de sortir un album, un univers ou un concept différents à chaque fois.

La figure féminine est quand même bien plus présente aujourd’hui qu’elle ne l’était à l’époque de Claude François, Gainsbourg et consort, où les chanteuses ne faisaient que la première partie. Avec des figures comme Juliette Armanet, Fishbach, la femme est passée de muse à icône ?

Il y a toujours eu des femmes très créatives, certaines que j’admire beaucoup : Björk, Patti Smith… Des femmes qui m’ont marqué, même Carla Bley dans le jazz.

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Tu as repris la chanson d’Yves Simon « Au pays des merveilles de Juliet ». Qu’a-t-on à retenir du passé ?

On m’a proposé de faire une reprise sur un album hommage à Yves Simon, qui sort avec des reprises de la nouvelle scène. Cela m’a permis de découvrir complètement sa discographie, que je ne connaissais pas du tout. J’ai découvert que dans ses textes, il y a quelque chose qui reste super actuel. Il est écrivain, il a beaucoup de textes, il récite. Sa musique me fait vachement penser à la musique urbaine et à ce qui se passe en ce moment, le rap, les gens qui récitent, Orelsan, Ichon. Tous les nouveaux rappeurs qui sont un peu plus “variété”. Le rap, censé être “musique actuelle”, moderne, d’aujourd’hui, est hyper ancré dans une tradition de la chanson.

Moodoïd, toi qui a un nom si évocateur, tu as écrit cette chanson « Reptile » suite à la tuerie du 13 novembre 2015. On vit dans un monde bizarroïde ?

Oui, on vit clairement dans un monde bizarroïde. Depuis le début du projet Moodoïd, il y a vraiment une énorme place laissée au rêve, à l’onirisme et un peu au fantasme, au divertissement. J’ai écrit le premier jet en lien avec l’actualité, qui m’avait touché à un moment donné, et très vite j’ai décidé de ramener cette chanson à ce que j’ai envie de faire, c’est-à-dire, non-pas de la chanson engagée ou de la musique politique, mais plus une ode à la fête, à la joie.

Pourtant tu ne t’exprimes jamais de façon engagée, ce détail était juste mentionné dans le dossier de presse.

C’est mentionné parce que je trouve que quand on le sait, la musique peut avoir une double lecture, intéressante par rapport au texte. Mais j’ai envie que le public qui assiste aux concerts passe un moment de lâcher-prise, où l’on s’amuse devant un spectacle. Pour moi, l’idée de spectacle est très importante dans la musique, qu’il y ait beaucoup de musiciens sur scène, des choses à voir et que ce soit un moment de fête.

Tu parles beaucoup de ton admiration pour le surréalisme. Quand as-tu découvert ce courant pour la première fois ?

Pendant mes études de cinéma. J’étais très attiré par tout ce qui a rapport au rêve, de David Lynch à Michel Gondry. De manière très vaste, tout ce qui parlait du rêve m’a hyper touché. Adolescent, je faisais pleins de court-métrages et pleins d’images. Je vivais à la campagne, je faisais des court-métrages de carton-pâte, des scénarios de contes, comme le premier album. Le féerique, le fantastique, c’est de là que vient mon attrait pour le surréalisme. Par la suite, j’ai découvert des gens comme Jan Švankmajer, un réalisateur Tchèque. C’est devenu une empreinte dans ma manière de créer de la musique et des images.

Est-ce que ces clips sont des répétitions pour imaginer un film plus tard ?

Mon fantasme absolu serait de pouvoir un jour réaliser un album-film comme Prince avait fait avec « Purple Rain ». Moodoïd est aussi un prétexte pour développer mon univers visuel. La musique est un domaine super kiffant, parce que je peux vraiment toucher à pleins de médias qui me plaisent, que ce soit du spectacle, le rapport à la scène, que ce soit l’image, avec les photos et les clips, ou faire un album, écrire des chansons.

Tu réalises beaucoup de clips, que cherches-tu dans une co-réalisation ?

C’était un peu le hasard des choses, parce qu’au départ je n’avais jamais pensé faire des collaborations dans la réalisation. Andrea Montano, avec qui j’ai co-réalisé les clips de Paradis est le directeur artistique de Paradis, également photographe. Au commencement, il n’avait pas d’expérience de réalisateur. Il est venu me proposer une collaboration pour que je l’aide dans la réalisation, en m’inspirant de son travail de photos aussi. On a créé ce binôme comme ça.

Tu as coproduit l’EP Reptile avec Pierre Rousseau, de Paradis. Quelles sont les différences entre Moodoïd et Paradis ?

Il y a une différence esthétique et de culture musicale. Pierre, avec qui j’ai préparé l’EP qui va sortir, est vraiment inspiré d’une esthétique qui nous est commune, de musiques aussi, notamment la pop des années 1980 et la musique japonaise. On a vraiment fait l’album ensemble. Moodoïd était inspiré par la musique des années 1970, le rock et la musique psychédélique alors que Paradis est très inspiré de musiques house, électroniques. C’était marrant avec ce nouvel album de créer un parallèle entre ces univers. On s’est retrouvé d’accord avec tout un panel de musiques des années 1980.

Ces différences n’apportent aucune friction ?

Ce qui est intéressant c’est que je viens de la musique live, jouée et Pierre vient de la musique électronique, il travaille beaucoup sur ordinateur, avec des machines. Tout le processus a été créé autour de ça. J’ai proposé d’enregistrer l’album en live, avec un groupe et on a enregistré sur bandes, comme dans les années 1980, c’était assez classique comme processus. Après, avec Pierre on a utilisé tous ces enregistrement comme une sorte de sample pour aller créer de la musique électronique à partir d’enregistrements originaux avec de vrais instruments. C’était la première fois que Pierre travaillait avec des guitares, des batteries.

Il était content ?

Oui, c’était extra. On a passé beaucoup de mois dans son salon, à écouter toutes les heures d’enregistrement.

Est-ce que comme le reptile, tu t’identifierais à un animal terrestre à température variable ?

C’est plutôt un prédateur. J’ai choisi le reptile pour le danger qu’il m’inspire, un côté prédateur, super érotique. Comme un serpent peut glisser, dans sa symbolique, la Bible, Adam et Eve, l’interdit. Dans cet album, j’incarne un peu une sorte de crooner, de personnage, chanteur glamour. Reptile, prédateur de la nuit, de la fête, avec lequel tu es un peu en danger, mais qui en même temps peut être très romantique.

Tu prends le reptile comme nouveau personnage de scène. Serait-ce le nouvel animal de compagnie idéal ?

Plus comme un pseudonyme, pour moi et tous les gens qui se sentent une âme de reptile.

Tu es toujours super fringué. C’est quoi pour toi l’élégance ?

C’est l’attitude. Encore une fois, le reptile est élégant.

C’est à dire, tu veux me montrer ?

(Rires). Il a le sens de la pose, il va rester immobile, à guetter d’un œil. Par exemple quelqu’un comme Bryan Ferry de Roxy Music ou même David Bowie, sont élégants, même si décadents parfois, ils possèdent une énergie super élégante.

Qu’est-ce qui t’inspire visuellement ?

J’aime beaucoup les livres, de photos notamment, les éditions de photos. Je suis très difficile, j’en achète peu. Les éditions indépendantes, j’essaye toujours de puiser mes influences visuelles comme ça. Après j’aime bien toute l’esthétique des années 1980, la publicité, la musique, je regarde beaucoup de captations de concerts des années 1980, j’adore aussi toute la culture du jazz, le style vestimentaire des jazzmen. Ça vient vraiment de niches comme ça, dotées d’une esthétique hyper riche qui méritent vraiment d’être modernisées et réinventées. C’est une source d’inspiration visuelle énorme.

Un exemple ?

Chez moi j’ai un poster de Michael Jackson, il est dans un très beau costume rouge. C’est fait à l’aérographe, une technique un peu ambiance dessin, hyper réaliste. Je l’avais chopé sur une brocante. Ce côté digital, froid, m’inspire beaucoup dans ma musique. Les synthétiseurs que j’utilise sont toujours des synthés digitaux des années 1980-1990, j’aime ce qui est plastique.

Quel est ton projet ?

2018, mon album.

Crédits photo : Antoine Monégier du Sorbier.

Moodoïd est sur scène samedi 25 novembre à la Gaîté Lyrique.
Le nouvel EP, Reptile, disponible le 24 novembre.
Suivez Moodoïd sur Facebook, Twitter et Instagram.

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