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KillASon : « La musique est une thérapie, et j’ai besoin de beaucoup de séances »

KillASon : « La musique est une thérapie, et j’ai besoin de beaucoup de séances »

Manifesto 21 - KillAson

Alors qu’un troisième album vient tout juste de compléter sa discographie, KillASon connaît avec WOLF TAPE, le meilleur démarrage de sa carrière. Sous la forme d’un arrêt sur image introspectif, il nous fait part des enseignements tirés de ses expériences passées, et de ses ambitions pour le futur.

Le hip-hop français contemporain a la chance de compter dans ses rangs, un personnage des plus singulier. KillASon – de son vrai nom Marcus Dossavi-Gourdot – baigne dans le hip-hop depuis longtemps, aussi loin qu’il se souvienne. Entouré d’une équipe composée de ses proches ; l’auteur, compositeur, beatmaker, danseur et interprète tient à garder un œil sur l’ensemble de son processus créatif.

L’artiste de 25 ans lance sa carrière en 2016 avec la publication de son premier album The Rize. Prolifique, KillASon a depuis sorti deux autres albums, des singles, ainsi que deux EP (STW1 et STW2). Il fait partie du collectif de danse Undercover depuis ses premiers pas, et rejoint à l’âge de 17 ans les respectables Wanted Posse. C’est d’ailleurs de sa forte appartenance aux Wanted que lui viendra son pseudonyme. Son dernier projet WOLF TAPE, en écoute depuis le 29 janvier dernier, nous donne à voir une autre facette de sa personnalité. Plus affirmé et recentré sur lui-même, KillASon prouve qu’il est capable de revenir aux sources de son hip-hop avec une aisance déconcertante.

Manifesto XXI – Tu baignes dans un univers hip-hop très vaste. Au-delà de cette influence, quelles autres sensibilités as-tu ?

KillASon : Toutes les formes d’art en général m’inspirent. Je n’ai pas une approche centrée sur la musique, ce n’est d’ailleurs plus trop elle qui m’inspire. Au bout d’un moment, j’ai l’impression que l’on n’arrive plus à prendre du recul sur sa propre musique. C’est nécessaire de s’inspirer de films, d’images, de voyages et de tout ce qui peut faire naître une nouvelle idée. Il y a un truc ultra graphique dans le fait de prendre le train par exemple. Le fait d’être en mouvement, c’est quelque chose qui m’inspire aussi. Dès qu’il y a de l’art quelque part, je sors mon portable et je commence à écrire. 

Je touche à plusieurs formes d’art, ce qui peut aussi nourrir ma musique. Aussi bien ma composition que mon écriture, tout est interconnecté. 

KillASon
Manifesto 21 - KillASon
© Moz Ero

Tu disais il y a quelque temps à Antidote « Je suis plus dans une mathématique du cœur et de l’âme que de l’esprit ». Est-ce que tu as un processus créatif bien défini que tu suis systématiquement pour créer ?

Je peux avoir des moments où d’un coup j’écris sans me poser de questions. Ce sont des maths donc c’est un sport. Plus tu vas écrire, plus tu vas créer et plus ça va couler facilement. J’aime la spontanéité propre à ce qu’il se passe dans ton cœur et dans ton âme et qui te drive d’un coup. On peut théoriser le truc, personnellement je ne veux pas rentrer dans quelque chose d’industriel.

Depuis le début de ta carrière en 2016, on voit une accélération dans tes sorties. Tu dois être plus « rodé », mais est-ce aussi une volonté de professionnalisation ?

Je ne suis plus étudiant depuis l’été 2019. Le fait de sortir plus de musiques, je commence à en savoir davantage sur ce que je veux, ce qui me va et ce que je veux dire. Dans le rap on est très productif, je remarque que quand je suis dans un flot continu de création, ça va. La musique est une thérapie, et j’ai besoin de beaucoup de séances.

Il y a forcément un côté business lié au fait d’en faire sa profession, mais quand je fais des sons, je les fais d’abord pour moi. Il y en a beaucoup qui ne sortiront pas, et ceux qui sortent ne m’appartiennent plus une fois publiés. C’est un sentiment assez étrange, comme si on me sortait une partie de moi. A partir du moment où un morceau est public, ça change sa nature. Chez toi, c’est un objet spirituel qui t’est propre, une fois rendu public ça devient aussi dirigé par une logique commerciale. Ce qui n’est pas forcément négatif, mais ça modifie son ADN.

Manifesto 21 - KillASon
© Mickael Grangé

Quels messages poses-tu derrière le fait d’être patron de ton propre label, SUPANOVA ?

Ça participe toujours à la dynamique de rester loin de l’industrie. Pour l’instant, ce n’est pas le moment de lâcher. Je veux garder un contrôle sur ce qu’il se passe et ne pas être pieds et poings liés, tributaire de tiers. Ça rajoute aussi des contraintes de timing, donc je préfère leur dire « laissez-moi sortir ma musique ».

A côté de ça, on travaille sur d’autres types de projets, dont un certain nombre devrait arriver bientôt. J’ai par exemple créé une œuvre musicale et visuelle pour le Musée des Beaux-Arts de Hambourg : Life on Planet Orsimanirana, avec le designer anglais Jerszy Seymour. L’idée était d’imaginer une vie sur une planète utopique, où l’existence d’une nouvelle énergie alimentant un système de lumière, remettrait en question toutes les structures sociales, écologiques et politiques telles que nous les connaissons.

Est-ce que tu composes toujours tes morceaux ?

Je compose toujours tous mes morceaux, même si aujourd’hui je cherche à faire plus de collaborations avec d’autres compositeurs et compositrices. Dans l’immédiat, j’ai surtout envie d’écrire et de déprioriser un peu le reste.

Sur la composition et le mix, on est généralement deux. Avec Doogoo D on a cet échange particulier parce qu’on travaille ensemble depuis longtemps, donc on a nos mécanismes. On comprend directement ce qu’on veut et c’est lourd, mais aujourd’hui on a envie d’être surpris.

Des artistes comme Kanye West ou Travis Scott sont à l’origine producteurs. Aujourd’hui, il n’y a que très peu de sons qu’ils produisent eux-mêmes parce qu’ils savent l’importance de l’échange entre artistes.

Quand tu es seul avec toi-même, tu n’as pas de surprise, c’est profondément introspectif donc très authentique. Quand tu fais une collab, il y a un truc en plus. Il y a une connexion avec le cosmos. Les deux situations sont intéressantes mais aujourd’hui j’ai besoin de cette connexion-là.

KillASon

Comment arrives-tu à garder ton intégrité, tout en affichant sans rougir tes ambitions d’être plus que rentable et reconnu en tant qu’artiste ?

Ce n’est pas évident de trouver l’équilibre. Je suis passé par plein de phases et de questionnements, qui ne m’ont finalement pas été très utiles. De base, mon projet est tellement différent que ça ne sert à rien d’essayer de rentrer dans un moule, c’est juste impossible. Des acteurs de l’industrie ont essayé de nous faire croire que c’était le cas. Ce qui fera ma force et ma singularité c’est d’être moi-même de A à Z dans mes projets personnels. Je ne veux plus être dans l’attente d’une réussite commerciale à définir. Même si j’ai déjà beaucoup de réussites et j’en remercie le public et l’équipe, j’ai mes ambitions et je ne lâche pas.

Le mot d’ordre, plus que le travail, c’est la persévérance. Le but n’est pas de faire un tube dans une logique commerciale, mais d’être consistant dans une logique de carrière. Je veux m’inscrire là-dedans. Depuis cinq ans je suis là, je ne lâcherai pas l’affaire et je kiffe. 

Si je me remets en question c’est pour être plus fort demain, que je ne l’étais hier. Tout le monde a ses phases, je veux que mes phases soient bénéfiques.

KillASon
© Moz Ero, WOLF Cover

Dans ton dernier projet WOLF TAPE, on sent une atmosphère nettement plus planante, un peu plus sombre même qu’auparavant. Est-ce que l’on est toujours dans le registre de l’energy music comme tu le décrivais ?

Effectivement, je sens que c’est une nouvelle étape. Intérieurement, je sens que j’ai testé énormément de choses et j’ai kiffé. Mais aujourd’hui je sais ce que je veux, et ça se trouve dans cet univers-là, ce côté planant et sombre justement. C’est ce qu’il se passe dans ma tête en ce moment, et c’est ce que j’avais envie de partager.

Pour moi ça reste de l’energy music, parce qu’on essaie toujours de faire passer des énergies et des émotions. C’est une autre manière de l’exprimer, qui touchera différemment et c’est cette vibe qui va continuer à être développée. 

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Ce projet est la première pierre d’un château dans les ténèbres, mais où l’on se sentirait bien. 

KillASon

Dans tes clips aussi, il y a une très claire évolution entre « Magnifik » par exemple ; coloré, drôle et léger, et « BASS » sorti récemment. Ça traduit cette même dynamique qui t’anime en ce moment ?

J’attribue une grande importance aux visuels et ce qui est cool maintenant, c’est de pouvoir les faire nous-mêmes. On les fait à trois en général, avec Moz Ero et Mickael Grangé. Comme pour « BASS », dans le clip de « OFF TRACK » qui est sorti le 13 janvier dernier, on reste dans des teintes assez pastel, sombres, c’est ce qui me parle actuellement. Dans la même veine que pour WOLF TAPE, je ressens le besoin de véhiculer cette énergie particulière et de l’exprimer visuellement.

Comment se sont faits les featuring sur WOLF TAPE ?

Le fait de savoir que j’étais vraiment recentré sur moi-même m’a permis paradoxalement de m’ouvrir. Quand tu sais qui tu es, tu es davantage prêt à faire des collabs. Ca faisait longtemps que je voulais le faire et là je sentais que c’était le bon moment et je veux continuer, j’adore ce feeling.

Gracy Hopkins et Anna Kova, je les avais déjà rencontré plusieurs fois, ça s’est fait naturellement. Melokow+ et moi, on a grandi ensemble. INVIEBOY c’est un jeune rappeur que je suis, j’aime beaucoup son travail. Dans tous les cas, c’étaient des évidences et j’y suis allé à fond. On revient à l’idée de collaborer avec d’autres producteurs et d’échanger, d’avoir les voix d’autres. Ils te nourrissent et tu les nourris, c’est ça la life en vrai.

Et puis on n’a pas créé tout ça juste pour qu’ il n’y ait qu’un, deux ou trois artistes. Vraiment il faut que ça puisse aller plus loin, j’ai grandi avec des groupes de danse, Wanted et Undercover. J’ai l’esprit d’équipe et je veux pouvoir ressentir la force du collectif dans la musique, je rêve de ça.

De nouvelles collaborations ou des projets à venir ? 

J’ai envie de continuer sur une ligne vraiment hip-hop. Même si j’ai cette ouverture artistique, sur mes projets, je veux que ça reste centré sur cet univers. J’ai déjà sorti des morceaux plus pop, d’autres plus rock donc je sais que je suis capable de m’éloigner de cette ligne. Mais je sens qu’il faut que j’arrive à me cantonner à un registre hip-hop, je sens que ça va me faire du bien. Par contre « STW » (Strange The World) reste toujours d’actualité, je suis tellement chelou, clairement ça n’est pas prêt de changer (rires).

Un prochain clip va sortir avant la fin du mois et on travaille à fond sur un show en ce moment. Sans trop se projeter dans ce contexte un peu particulier, on ne lâche pas et on continue à faire de l’art.

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