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Julianna Barwick : plongeon en pleine lumière

Julianna Barwick : plongeon en pleine lumière

Healing is a Miracle, paru le 10 juillet sur Ninja Tune, est le premier album de Julianna Barwick depuis quatre ans. Entre ambient et New Age, la jeune artiste nous emporte dans son univers captivant dans lequel elle contemple les réverbes d’instruments ainsi que la portée de sa voix. L’œuvre s’est créée en improvisation par suite d’une période émotionnelle tumultueuse, où l’artiste décide de migrer vers Los Angeles, « ville des anges ». Une touche de lumière et d’espoir se diffuse à travers l’écoute de cet album qu’on vous propose aujourd’hui de découvrir.

Julianna Barwick s’est faite une place dans la scène expérimentale contemporaine avec son exploration de réverbération. La portée de sa voix est souvent accompagnée de loops électroniques qui produisent un résultat enchanteur. Dans son album Will paru en 2016, on retrouve l’artiste dans des compositions plus sombres et angoissées, empreintes de mélancolie. L’album demeurant divin, est le reflet de sa fatigue et de sa possible lassitude de New York. Elle décide donc de tout quitter afin de se renouveler à Los Angeles. Sorti le 10 juillet sur Ninja Tune, Healing is a Miracle est une subtile métaphore de cette sérénité nouvellement acquise.

Dans un monde de plus en plus sécularisé, notre paix intérieure se retrouve peut-être dans l’art. L’album de Julianna Barwick est harmonieux et réconfortant. À la façon d’Enya, on retrouve la chanteuse en soliste de sa propre chorale. Mais Julianna Barwick aime à alterner entre présence unique et la démultiplication de sa voix. Sur certains titres, la soliste va faire le choix d’expérimenter avec d’autres niveaux de son timbre afin de compléter sa chorale personnelle et intensifier le côté céleste de son chant. Comme si nous étions accompagnés d’âmes guérisseuses, qui nous veulent du bien. Ces voix s’expriment en écho et se languissent tout en se répondant. On y retrouve une influence de chorales d’Eglise, qui demeure une des plus vieilles influences de Barwick dûes à l’acoustique de l’infrastructure. Elle revisite ces codes et s’éloigne donc du caractère religieux de ceux-ci en les rendant uniquement spirituels et harmonieux.

Dans son album, Julianna Barwick revisite également les codes du « chamber music » et de la chorale. Dans « Oh, Memory », elle s’associe avec la harpiste en vogue, Mary Lattimore, pour une œuvre acoustique et délicate. Avec Jonsi, connu pour sa voix cristalline, elle tente de rendre la lumière sonore. Ce choix de collaboration ne nous semble pas anodin lorsqu’on repense à son travail passé fait aux côtés de Sigur Ros, dont Jonsi est membre. Surprise, Björk est également l’une de ses plus grandes influences. Au-delà de retrouver un certain réconfort nordique, tous sont aptes à poursuivre l’analyse de la portée de leur voix. Julianna Barwick fait partie de celles et ceux qui conçoivent leur voix comme instrument et non outil d’accompagnement.

Mais ces choix de collaborations ne sont pas anodins. Lorsque nous plongeons dans le vif de cet album, nous comprenons rapidement qu’il est sujet à l’introspection des émotions, ainsi qu’un exercice de méditation. Jonsi, Mary Lattimore, et Nosaj Thing sont tou.tes des artistes dont Julianna Barwick s’est liée d’amitié. Dans un interview donné au New York Times, elle dit que l’album était l’opportunité rêvée de s’affranchir des fantômes de son passé et de retrouver un espace propice à la joie. Rien de mieux que de s’entourer de proches pour cette guérison sonore. Les paroles de Julianna Barwick sont saturées, imperceptibles mais lorsqu’elles sont discernées, nous y retrouvons « open your heart, it’s in your head » (« ouvre ton cœur, c’est dans ta tête », dans « inspirit »), « now on a new road, not so far to go » (« désormais sur une nouvelle route, très peu encore à vaguer » dans « in light ») qui sont des paroles pleines d’espoir pour l’âme triste et pleines de doute. Le titre de l’album Healing is a Miracle (« la guérison est un miracle ») est donc parfaitement bien choisi.

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Healing is a Miracle est également l’opportunité de tenter de nouvelles associations musicales et de s’éloigner de sa zone de confort. À la mi-chemin de cet album, dès « In Light », les accords deviennent plus électroniques. Un saut dans la monde moderne, qui se fait à deux, avec Jonsi. Les deux voix s’accordent et produisent un son plein de force et d’espoir. Pour donner suite à cette épopée faite main dans la main, Barwick se retrouve seule dans « Safe ». Dans « Nod », œuvre finale de cet album, Julianna Barwick acquiesce à son futur, pleine d’espoir. En collaborant avec le producteur Nosaj Thing, elle ouvre son chemin à d’autres possibilités et associations de genres musicaux. Nosaj Thing a notamment produit pour Kendrick Lamar, Chance the Rapper, Flash Bang Grenada. L’album se termine avec des drum kicks et accords mélancoliques propres parfois au cloud rap sur lesquels Julianna Barwick se donne entièrement de ses multiples voix. « Nod » clôture son parcours de « self-acceptance » en y distillant de nouveaux éléments de sa composition musicale.

Image principale : ©Jen Medina.

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