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I May Destroy You : la série pour repenser le consentement après #MeToo

I May Destroy You : la série pour repenser le consentement après #MeToo

Sortie en juin 2020, fille bâtarde des productions BBC et HBO, I May Destroy You a cassé internet bien comme il faut, et à raison. Les 12 épisodes de cette mini-série développent une perception unique et subtile des victimes de violences sexuelles. Identité, sexualité, consentement et traumatisme : Michaela Coel signe l’œuvre sérielle la plus intelligente de l’année. Si l’actualité lui a déjà tourné le dos, la série mérite que l’on s’y attarde pour réfléchir à ce que #MeToo veut dire en 2020. (Attention, spoilers !)

Écrire sur I May Destroy You, c’est d’abord inévitablement écrire sur sa réalisatrice, scénariste et actrice, Michaela Coel. Parce que le script est largement basé sur sa propre expérience du viol, et parce que sans elle la série n’aurait sûrement jamais autant résonné, questionné, hurlé : « Regarde ! quand je donne mon accord, ça ressemble à ça. »

Beaucoup connaissent Michaela Coel pour son rôle dans la série britannique Chewing-Gum, centrée sur une jeune adolescente obsédée par l’idée de perdre sa virginité. Le talent débordait déjà puisqu’à 28 ans, Michaela avait emmagasiné plusieurs années d’expérience en open mic sur la scène londonienne. En 2016, elle décide de prendre une pause lors d’une session d’écriture et rejoint un ami dans un bar : son verre est dopé et deux hommes l’agressent sexuellement. Elle ne reprendra conscience que le lendemain matin, de retour dans les locaux de la boîte de production.

Si la véracité d’une œuvre fictionnelle ne dépend pas seulement de l’expérience personnelle des cerveaux créatifs qui la dirigent, l’impact d’une série comme I May Destroy You peut difficilement se séparer de l’agression dont a été victime sa scénariste et réalisatrice. Regarder I May Destroy You, c’est se pencher sur une hydre à 12 têtes : la conscience de Michaela Coel, sa colère, sa culpabilité, ses désirs de vengeance. Rien n’est décomplexifié, tout est subtil et nous observe en nous demandant ce qu’on aurait fait à sa place. Accompagné par une bande-son qui réunit Little Simz, Abra ou encore Rosalía, le regard posé sur ses personnages est féminin, female gaze oblige, et tout transparaît comme une nouvelle définition de l’expérience des violations du corps. 

Une affaire de consentement

Arabella, incarnée par Michaela Coel, est une jeune écrivaine qui connaît une gloire nouvelle après la publication de son e-book Chronicles of a Fed-Up Millennial et qui a beaucoup de mal à finir l’ébauche de son deuxième ouvrage. À quelques heures de la deadline imposée par son éditeur, Arabella rejoint son ami Simon dans un bar : le viol subi par Michaela Coel est, à peu de choses près, celui subi par Arabella. Ce n’est pas tant le viol qui est la figure centrale de la trame narrative, mais bien l’expérience et la reconstruction de son personnage principal. Si certains comportements dénotent des clichés communs sur les victimes, il est difficile de penser qu’on en aurait fait différemment si nous n’avions aucun souvenir de l’agression : les gueules de bois et l’épuisement ne sont pas étrangers à Arabella. Elle incarne cette jeunesse (anglaise) qui oscille entre la fête, la recherche d’emploi stable et le cynisme propre à sa génération. 

Lorsque le premier flashback lui revient – celui d’un homme, vu d’en dessous, qui fait claquer les parois de ce qui semble être des toilettes –, elle ne fait pas le rapprochement : qui le ferait, tout de suite ? Les flashbacks persistent et c’est vers YouTube qu’elle se tourne en ingurgitant des explications fumeuses sur les « faux souvenirs ». Ce qui fait de cette série un produit rare, c’est justement ces détails bien réels et générationnels : on doute, on google, on questionne avant de tirer des conclusions. On a peine à croire l’incroyable, cette utilisation abjecte de notre corps et la distorsion de ce qui nous constitue, l’humiliation de ne pouvoir faire le deuil de ces violences puisqu’elles ne sont pas accessibles : si les victimes de viols par soumission chimique n’ont pas mentalement vécu les violences, le corps, lui, les a bien intégrés, subis, parfois digérés. Il n’est pas plus facile de se reconstruire si l’on ne se souvient pas. La culpabilité des victimes de violences sexuelles est décuplée en cas de soumission chimique. Comment être certaine de l’absence de consentement ? Comment se rappeler du visage, de l’agression, afin de permettre à la plainte (si elle est déposée) d’arriver à identifier l’agresseur ? Pour Arabella, ce sont deux enquêtrices bienveillantes qui lui font prendre conscience des violences sexuelles dont elle a été victime. « Vous ne pouvez pas partir du principe que ces images sont des souvenirs » argumente Arabella. L’une des deux enquêtrices lui rétorque : « Dans cette image, vous pouvez voir ses yeux ? Qui regarde-t-il ? ». Arabella fond instantanément en larmes.

Arabella (Michaela Coel), Kwame (Paapa Essiediu), Terry (Weruche Opia) ©Various Artists Ltd and FALKNA

Le viol par soumission chimique dont est victime Arabella au début de la série ne pose évidemment pas la question du consentement : c’est un viol. Mais I May Destroy You profite des expériences de ces personnages pour questionner sur ce à quoi on dit « oui ». 

Lorsque Terry (incarnée par Weruche Opia) se retrouve seule dans un club italien, elle rencontre deux jeunes hommes qu’elle s’amuse à séduire. Terry veut se sentir libre, sexy, et s’engage dans la dynamique triangulaire qui s’est installée : elle décide de les ramener dans l’appartement qu’elle partage avec Arabella. Mais quelque chose cloche lorsqu’ils s’en vont, et c’est en racontant, fière, son aventure quelques épisodes plus tard que Terry doit se rendre à l’évidence : les deux hommes se connaissaient. Dans une interview récente avec l’animateur Trevor Noah, Michaela Coel explique :

« Je pense que c’est très simple. Lorsque Terry se lance dans ce plan à 3, si elle avait eu tous les détails sur ce qu’elle allait vivre (c’est-à-dire que ces deux hommes l’avaient en un sens piégée pour lui faire croire qu’ils ne se connaissaient pas), aurait-elle consenti ? Aurait-elle consenti si elle avait rencontré ce mec et qu’il lui avait dit : « Hey, on cherche quelqu’un qui pourrait tomber dans le panneau, on va prétendre ne pas se connaître parce qu’on cherche quelqu’un pour baiser, t’es partante ? » ? Je ne sais pas. Probablement pas. (…) C’est ce que j’appelle un vol de consentement. Certains détails vous sont délibérément cachés pour que vous donniez votre consentement. Et ça peut et doit être défini comme une agression sexuelle. » 

Michaela Coel

De la même manière, l’épisode suivant pose à nouveau la question avec une relation sexuelle consentie entre Arabella et Zain : il retire le préservatif au milieu de l’acte sans l’en avertir, et avoue après-coup prétextant qu’elle avait bien dû le « sentir ». Arabella exprime une rancœur mais passe assez vite à autre chose. C’est en écoutant un podcast féministe qu’elle réalise la gravité des faits lorsque les deux hôtesses dudit podcast expliquent que la même chose leur est arrivée. Elles expliquent qu’il existe des forums où les hommes échangent des astuces pour pouvoir retirer un préservatif sans que leurs partenaires ne s’en aperçoivent, un acte nommé stealthing. Lorsqu’Arabella retourne au poste de police pour suivre l’évolution de sa plainte, elle en profite pour demander si le retrait non-consenti du préservatif constitue un viol : en Angleterre, oui, lui répond l’enquêtrice.

Communauté gay : la lourde absence de #MeToo

Tout au long de la série, la question de la sexualité au sein de la communauté gay est abordée avec le personnage de Kwame (Paapa Essiedu), le troisième membre du trio. Kwame est prof de gym, il est beau, fier d’avoir fait son coming-out, et chacun de ses ébats commence sur Grindr. Il y a chez Kwame cette possibilité que le sexe peut arriver partout, tout le temps : dans le quatrième épisode, alors qu’il fait ses courses, un message lui fait prendre la route des toilettes où il couche avec le caissier. Dans la scène suivante, il règle ses achats et celui avec qui il était quelques minutes plus tôt ne lui lance pas un regard. On ne sent pourtant chez Kwame aucune lassitude, aucune peine ou regret – il donne les détails sordides de sa première fois sans afficher autre chose que de la nonchalance – jusqu’à ce qu’un rendez-vous tourne à l’agression : après une relation sexuelle consentie, son « amant » se masturbe entre ses fesses en le plaquant contre le lit. Il faudra à Kwame plusieurs conversations tournées autour d’Arabella et de ses agressions pour réaliser qu’il a lui aussi un statut de victime.

Dans une tribune pour le Guardian intitulée « Pourquoi la communauté gay n’a-t-elle pas eu droit à un mouvement #MeToo ? », le journaliste Michael Segalov note que 62% des gays britanniques avouent avoir fait l’expérience d’attouchements sans consentement. La série est superbement subtile dans son exposition des différences de traitement : sa sexualité et son genre font de Kwame une victime différente, prise très légèrement au sérieux par le policier qui lui fait face lorsqu’il essaie de porter plainte (et qui ne cache pas son incompréhension face aux pseudos utilisés sur les applications de rencontres gays). Kwame est un homme, et ne mérite donc pas de protection particulière au poste de police. Kwame est gay, et vit sa sexualité en suivant les codes préétablis des applications de rencontres qui ne tournent bien souvent qu’autour du sexe. Le problème est-il lié à la sexualité masculine ? 

Kwame (Paapa Essiediu) ©Various Artists Ltd and FALKNA

Pour un moment, Kwame pense que oui : il cherche, dans le huitième épisode, à se tourner vers des expériences hétérosexuelles, plus « safe » selon lui. Sa rencontre avec une jeune femme fétichisant les relations sexuelles avec des hommes noirs nous démontre la difficulté d’arrêter tout principe sur le vol de consentement dont parle Michaela Coel dans l’interview citée plus haut, ou du moins de laisser cette question ouverte et de l’adapter aux dynamiques de pouvoir en place. Lorsque Kwame réalise que cette jeune femme utilise le mot « pédé » sans y voir un problème sérieux d’insulte envers la communauté homosexuelle, et qu’elle « trouve que c’est complexe : comment avoir de l’empathie pour les responsables de l’appropriation de l’identité féminine ? », il lui révèle son orientation sexuelle. Dégoûtée et blessée, elle lui demande de sortir de chez elle.

Cette scène peut, et doit, nous laisser perplexe : nous connaissons Kwame, sa sensibilité, son vécu, et il est difficile d’entendre que son mensonge puisse constituer une agression sexuelle. Arabella ne partage pas ce point de vue parce que la division est nette et précise : victime ou agresseur. Kwame est un homme et par conséquent chaque geste, chaque détail, doit être consenti. Comment justifier les mensonges que nous utilisons parfois pour nous sentir plus libre ? Doit-on à tous, constamment, la vérité sur nos relations, nos orientations sexuelles, nos préférences ? La réponse réside certainement dans une compréhension plus globale du consentement, sur un questionnement perpétuel de ce que l’autre peut, a posteriori, trouver problématique. Il est aussi fondamental de faire entrer dans ces interrogations les dynamiques de pouvoir contemporaines : le problème est-il que Kwame n’ait pas dévoilé son orientation sexuelle, ou que la jeune femme éprouve du dégoût envers la communauté gay ? 

Arabella (Michaela Coel), Terry (Weruche Opia) ©Various Artists Ltd and FALKNA

Femmes racisées, double peine

I May Destroy You ne prétend pas traiter des violences sexuelles comme élément à isoler de toute forme d’intersectionnalité. Les références aux micro-agressions racistes sont multiples. Plus encore, la série voyait son premier épisode diffusé le 7 juin 2020, soit exactement 14 jours après l’assassinat de George Floyd aux États-Unis. Pour la Grande-Bretagne, qui a prétendu comme la France que le racisme structurel et policier ne concernait que les institutions américaines, I May Destroy You agit comme une piqûre de rappel.

L’exemple le plus frappant se trouve dans l’agresseur d’Arabella : le viol d’une femme noire par un homme blanc est d’autant plus horrifique qu’il référence une dynamique de pouvoir immonde, un outil de terreur utilisé de manière systématique lors des pratiques esclavagistes, par les propriétaires d’esclaves américains mais aussi par les négriers français et britanniques. Cependant, Michaela Coel ne limite pas l’agression au visage de l’homme blanc : Zain (l’homme qui retire le préservatif sans la prévenir) est d’origine indienne et l’agresseur de Kwame est un homme noir. Inversement, Arabella partage son appartement avec Ben, un jeune homme blanc doux et solitaire qui agit comme le confort du foyer. 

Arabella prend conscience, après son agression, de sa condition de femme :

« Avant mon viol, je n’avais pas porté trop d’attention à ma condition de femme. J’étais occupée à être noire et pauvre. »

Ce sont les agressions quotidiennes qui font comprendre à Terry et Arabella que leur couleur de peau est le premier facteur d’une inégalité de traitement. Lorsque Terry se rend à un énième casting devant une équipe exclusivement blanche et féminine, on lui demande d’enlever sa perruque pour « voir ses vrais cheveux ». Elle refuse.

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Les femmes racisées se retrouvent dans une situation grotesque : d’un côté les agressions racistes, de l’autre l’utilisation de leur statut à des fins de « black washing » par certaines institutions culturelles. Michaela Coel met en scène deux jeunes femmes conscientes de ce risque, mais qui, n’ayant pas vraiment d’autres armes pour se battre, décident d’en rire. Lorsque Terry visite pour la première fois l’appartement dans lequel Arabella séjourne pour une résidence d’écriture en Italie, elle ne peut s’empêcher d’y faire allusion : « C’est donc ça que la carte noire peut offrir en ce moment ?! C’est de la folie ! Le privilège d’être défavorisé ! »

La série met aussi en lumière une fragilisation de la solidarité entre femmes racisées : Susy, directrice de la maison d’édition qui prévoit de publier le prochain livre d’Arabella, refuse d’apporter son aide sous prétexte qu’elles sont toutes deux noires. Alors même qu’Arabella pensait compter Susy comme une alliée précieuse, cette dernière se montre insensible aux difficultés financières de la jeune écrivaine, incarnant l’esprit bureaucratique cher aux entreprises culturelles ne cherchant qu’à capitaliser sur leurs auteur·es. Peu importe, nous dit Michaela Coel, que ces deux personnages appartiennent à la même minorité. La différence de classe sociale, inhérente au système capitaliste, trace une limite stricte à la sororité. 

Sororité : la reconstruction par le dialogue

L’amitié féminine est, de la même manière que les violences sexuelles, un personnage central de l’œuvre sérielle. Terry et Arabella, inséparables et triomphantes, incarnent cette amitié qui, si elle faillit parfois, n’en ressort que plus vigoureuse. « Your birth is my birth, your death is my death » se répètent-elles mutuellement comme un hymne à l’amour. Devant le traumatisme, Terry répond par le care : cours de peintures, check-up médicaux, visites quotidiennes, elle accompagne Arabella à chaque étape de sa reconstruction. Patiente, elle participe comme elle peut aux délires colériques et narcissiques d’Arabella sur les réseaux sociaux, et se rend avec elle chaque soir au bar où l’agression a eu lieu dans l’espoir de recroiser l’agresseur. Tandis qu’Arabella dénonce, lors d’une remise de prix pour jeunes talents écrivain·es, l’agression dont elle a été victime la nuit où Zain retire le préservatif sans son consentement, Terry sort son téléphone pour le filmer et l’empêcher de sortir du théâtre.

Lorsque la parole se libère, que les expériences communes sont partagées, une autre forme de solidarité est possible. Après sa première entrevue au poste de police, Arabella se fait escorter dans un centre médical qui prélève sur son corps ce dont l’enquête a besoin. Ici, la série ne s’attarde pas sur le traumatisme de ces prélèvements (on vous conseille d’ailleurs le premier épisode de la série Unbelievable à ce sujet) mais nous offre une brève conversation entre Arabella et une autre victime. Une seule ligne de dialogue permet à Michaela Coel de résumer une triste réalité sur le nombre d’agressions et sur cette solidarité parfois silencieuse : « C’est ta première fois ? » Comme si les violences sexuelles étaient un passage obligé de l’expérience féminine. 

De la même manière, Arabella, cherchant désespérément à comprendre ce qui lui est arrivé le soir de son agression, décide de suivre la course Uber que Simon prétend avoir emprunté avec elle, et c’est à la porte de sa maîtresse qu’elle se retrouve. La soumission chimique devient non plus une simple possibilité mais un fait : les conversations entre femmes, entre victimes, entre personnes racisées, permettent une appréhension plus nette des expériences. Dans le groupe de parole de victimes d’agressions sexuelles qu’elle rejoint, les visages sont brisés mais bienveillants. Arabella explique : « Je suis ici pour apprendre à ne pas me faire violer. Il doit bien y avoir un moyen, sinon cela veut dire que ça peut m’arriver partout, à n’importe quel moment : comment guérir alors ? »

Arabella (Michaela Coel), Kwame (Paapa Essiediu), Terry (Weruche Opia) ©Various Artists Ltd and FALKNA

Ce n’est aussi ni à son frère ni à son père absent qu’Arabella raconte son agression dans le cercle familial : c’est à sa mère, silencieuse, mais qui de retour à table ne peut cacher un regard désolé et absent.

De la colère d’Arabella naît un besoin de dénonciation. Sur les réseaux sociaux post-#MeToo, elle est rejointe dans son combat par des milliers d’autres victimes. Elle y parle de son chemin vers la guérison, se filme chez le médecin ou déambulant dans les rues de Londres le soir d’Halloween : ses brûlures prennent un tournant universel. Le nombre de victimes de viols, l’utilisation des violences sexuelles comme armes de guerre, le design de produits féminins testés sur des hommes : Arabella démarre un live Instagram et récite : « La recherche sur le cancer s’appuie sur des études menées sur des hommes, sur des hommes blancs entre 20 et 30 ans, plus précisément. (…) Même la taille d’un putain de smartphone est basée sur la taille moyenne de leurs mains. » Son besoin de justice tourne vite au délire narcissique, et Arabella finit par arrêter les frais du cyber-militantisme. Faut-il être vu·e et écouté·e par n’importe qui pour guérir ? La visibilité de l’algorithme suffit-elle à prétendre au soutien et au dialogue ? La série préfère laisser ces questions ouvertes.

Une victime, une perception

Le choix de Michaela Coel de ne pas soumettre ses personnages à une forme de généralisation, impossible et dangereuse concernant les violences sexuelles, doit absolument être salué. Si certain·es pourraient lire l’expérience d’Arabella comme déconcertante ou irréelle (dans sa facilité à porter plainte, dans la bienveillance des enquêtrices ou de son entourage proche), nous préférons lire cette approche comme nécessaire. Impossible d’attendre des victimes une expérience et un traumatisme uniques : laisser la place à une myriade de vécus et les entendre tous, voilà la direction que le public devrait prendre face à une série comme celle-ci.

La subtilité de la mise en scène évite les écueils qu’on retrouve facilement dans les scènes d’agressions « classiques » puisque l’agresseur est inclus dans le cadre comme un figurant normal. Rien ne présage du viol à venir devant la caméra puisque rien ne présage jamais d’un viol en général. La quête d’Arabella est largement métaphorique. Son combat de victime rejoint celui de l’écrivaine. Les fins alternatives de son livre sont celles du dernier épisode où trois différentes rencontres avec l’agresseur sont possibles. Arabella s’efface pour mieux laisser entrer Michaela : entre vengeance, écoute, consentement et inversement des rôles, la réalisatrice nous dit qu’il est possible d’exiger que certains monstres quittent nos chambres et nos esprits.

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