Lecture en cours
Heimat : folklores bricolés pour imaginaires post-industriels

Heimat : folklores bricolés pour imaginaires post-industriels

Après un premier album où l’on découvrait un assemblage post-punk inédit de bourdons et de polyrythmies mystiques, ainsi qu’un penchant certain pour les machines rafistolées, le duo Heimat revient avec un second opus sobrement intitulé Zwei (deux en allemand).

Si l’on en suit la définition donnée par le Larousse, « Heimat » signifie littéralement la patrie ou le pays d’origine. Mais le terme a aussi un sens moins conservateur, celui de se sentir chez soi, qu’il s’agisse du lieu où l’on a grandi, celui où l’on a choisi de vivre, ou même d’un lieu de passage.

Ce petit aparté sémantique fait, il faut bien reconnaître que le duo composé d’Armelle et d’Olivier Demeaux sonde des territoires sonores non balisés. Au fil de boucles étranges et de récits chantés dans un idiome mêlant l’italien, l’allemand et l’espagnol que je serais bien incapable de vous traduire, les 11 morceaux qui composent l’album tracent leur chemin à rebours de toute pulsion cartographique. Des lieux qui ne se trouvent sur aucune carte donc et pourtant étrangement familiers à l’image des paysages rougeoyants peuplés de cuirassés animés par Valfret pour le clip d’ « Ita ».

Heimat s’est forgé un son bricolé à partir de matériaux épars que l’on imagine piochés dans les entrailles de la discothèque mondiale et qui emprunte autant aux expérimentations dub, industrielles et post-punk qu’aux musiques cérémonielles et folkloriques de divers horizons.

Oscillant entre des sonorités sombres à l’intensité dramatique – à laquelle participe la voix sépulcrale d’Armelle – et des mélodies plus légères, presque bouffonnes, qui confèrent à l’ensemble une saveur tragi-comique, Zwei sonne comme une épopée à travers des mondes chimériques jamais tout à fait hostiles.

Défilent ainsi, au fil de saynètes qui se jouent entre nos deux oreilles, les cadences motorik, presque martiales, d’une troupe mystérieuse, des plages de synthés tristes à mourir, les entrelacs métalliques de machines organiques carillonnantes, ou encore un groupe de hip-hop oldschool en goguette dans une fête foraine en Alsace-Lorraine.

Voir Aussi

On ne peut que vous conseiller de vous laisser imprégner de ces folklores ésotériques pour mieux conjurer les imaginaires réactionnaires.

Image à la une : © Puree Pure et Geoffrey Kayser

© 2019 Manifesto XXI. Tous droits réservés.

Défiler vers le haut