French 79, l’art français de faire vivre les synthétiseurs

Lors de son passage à Nantes, on a eu l’opportunité d’interviewer French 79 dans les studios de Prun’ Radio. Son premier album, Olympic, dévoilé le 21 octobre dernier, semble faire l’unanimité. Peu étonnant quand on sait que le marseillais Simon Henner est loin d’être un outsider.

Déjà connu de longue date pour ses talents de producteur (Kid Francescoli, Martin Mey…), il l’est aussi pour ses talents de guitariste et chanteur (Husbands, Nasser), remixeur (Black Devil Disco Club, NZCA/Lines, Les Gordon, Field Music…) ou encore compositeur pour l’image (dont le récent projet 3 Mots Pour Paris).

Manifesto XXI – Est-ce que tu peux présenter un peu ton parcours musical ?

French 79 : J’ai commencé la musique tout petit, mais en fait le premier groupe qui a vraiment fonctionné c’est Nasser, que j’ai fondé vers 2010. On a beaucoup tourné, on a fait un album, puis un deuxième. Ensuite, j’ai commencé à avoir un joli studio à Marseille où j’ai rencontré plein de gens. J’ai aussi commencé à travailler pour d’autres artistes, dont Kid Francescoli ou Oh!Tiger Mountain, et en travaillant avec eux, finalement on a décidé de monter un groupe, Husbands, avec lequel on a beaucoup tourné également.

En parallèle de ça, j’avais aussi beaucoup de productions qui étaient plus orientées électro, qui ne correspondaient à aucun de mes deux groupes. C’est pour ça que j’ai fondé French 79 il y a deux-trois ans. Et donc là, j’ai eu un créneau de six mois de temps, entre les tournées, les groupes… pour sortir cet album.

Qu’est-ce qui fait à tes yeux la cohérence de cet album ?

La cohérence se retrouve dans les sons que j’utilise, les suites d’accords, les mélodies… J’ai toujours un peu de mal à voir ça, mais mon entourage au studio me dit souvent « ah ben ça c’est toi, on reconnaît tout de suite ! ».

Après, quand je fais un album, j’essaie aussi de le composer dans un temps ramassé, pour qu’il reste cohérent. Je m’étais fixé une ligne directrice, que je n’ai pas du tout respectée au final, je voulais faire un album vraiment club, pensé par rapport aux contextes où je voulais tourner. Mais en fait je n’ai pas pu m’empêcher de mettre des lignes de chant, des mélodies à droite à gauche… Donc c’est beaucoup plus pop que ce que j’avais prévu.

Quelles ont été les influences autour de cet album ?

Il y a toujours toutes mes influences de quand j’étais ado, dans les années 1990. C’était la culture du film du dimanche soir, des films français, et les compositeurs de musiques de films de cette époque-là ont dû m’influencer ; François de Roubaix, Vladimir Cosma… Comme ils ont influencé plein de gens de ma génération, sans nécessairement le savoir.

Et à l’inverse des compositeurs de musique américaine, avec lesquels c’est toujours grandiloquent, avec des orchestrations classiques, etc., eux ils faisaient ça avec des synthés, et ils ont proposé autre chose. Je crois que c’est ça qui a créé la vraie French Touch en fait. Ces compositeurs arrivent à avoir un son de synthé qui est hyper élégant, hyper classe, comparé aux Américains, où si tu les mets devant un moog, en général ça fait un peu « pouet-pouet »… Les Français, ils arrivent à sortir des choses un peu classes. Je crois que c’est plus ou moins ce que nous envient les autres. Et ça découle pour moi de cette culture-là du film français. Ça s’est retrouvé dans tout, Daft Punk…

C’est souvent comme ça d’ailleurs, on revient à l’adolescence, où tu te forges une culture musicale, et toute ta vie tu es un peu nostalgique de cette adolescence-là, donc tu essaies de ressortir les sons qui t’évoquent ça.

Est-ce que tu te sens proche musicalement d’artistes comme Kavinsky ou M83 ?

Oui, ça me parle à fond, et eux ils sont complètement dans ce que je viens de décrire. Kavinsky, c’est le meilleur exemple, on dirait du Carpenter mélangé à du François de Roubaix.

Avec M83, les gens sont devenus fous aux États-Unis, car justement il a utilisé des sons que les Américains n’arrivent pas à utiliser, ou du moins quand ils le font ils nous copient nous.

Donc oui, je me retrouve complètement dans ce genre d’artistes. Après, pour cet album-là, j’ai aussi beaucoup été influencé par la musique électronique anglaise, son originalité. Ils arrivent à imposer des trucs, tu as l’impression que ce sont des ovnis, et en fait tout le monde en parle… L’exemple le plus connu serait Jamie xx.

J’aime aussi beaucoup le son de la musique électronique allemande.

Donc j’ai des influences à droite à gauche. C’est ce que j’ai essayé de faire dans cet album-là, d’être un peu original à l’anglaise, d’avoir un son style Apparat à l’allemande, mêlé à mes influences françaises.

Est-ce que ton blaze, French 79, est une dédicace à cet héritage français ? 

Non, pas vraiment… C’est surtout parce que j’étais fan d’un cocktail qui s’appelait le French 75, je voulais m’appeler comme ça, mais finalement c’était déjà pris… C’est venu pour plein de petites choses. Mais ce n’est pas spécialement un clin d’œil à la French Touch.

On trouve quelques morceaux avec ta voix sur l’album, et quelques featurings également, pourquoi une présence seulement ponctuelle de chant, et pourquoi ces featurings-là ?

Comme je le disais, à la base je voulais un album club sans chant, puis je n’ai pas réussi à m’empêcher d’en mettre au final…

J’ai aussi fait appel à deux chanteuses que je connais bien, Julia, qui chante avec Kid Francescoli, dont c’est moi qui produis les albums, donc je la connais comme ça, et Sarah, qui chante dans le crew de Kill the DJ.

Finalement, il y a plus de chant que ce que j’avais prévu, car au début il ne devait pas y en avoir du tout, ce qui explique pourquoi il n’y en a pas beaucoup !

Comment se présente ton live, en lien avec cette sortie ?

En live, j’ai beaucoup plus axé ça sur le côté électro que pop justement, car je voulais changer un peu des créneaux dans lesquels je suis booké avec mes autres groupes. J’avais envie de jouer tard, dans des soirées électro… Je suis tout seul, entouré de synthés, d’un multipad… J’ai aussi beaucoup de visuels derrière moi.

Est-ce que tu projettes éventuellement d’inclure des instrumentistes ? 

J’ai envie de rester seul sur scène, sinon j’ai l’impression que ça va trop ressembler aux groupes que j’ai déjà. Après, pourquoi pas sur des one-shots, avec une chorale, un quatuor…

Tu te produis aussi en dj set ?

Pas souvent, mais ça m’arrive. Sur la tournée là par exemple, sur trente dates, j’ai dû en faire quatre ou cinq.

Qu’est-ce que tu passes en dj set ?

C’est ça que j’aime bien avec le dj set justement, pouvoir m’adapter en fonction de là où je joue.

Il y a quand même une fourchette stylistique, où ça peut être vraiment n’importe quoi ?

Ça peut être très très large quand même ! Ça peut aller de morceaux de rap moderne à de la quasi techno…

Tu es quelqu’un qui suit beaucoup l’actualité musicale ?

Je commence à le faire, parce que justement j’ai sorti l’album. Après, quand je produis, quand je compose, j’essaie de ne pas trop le faire, car ça augmente les risques de plagiat. Si tu tombes sur un truc que tu adores, tu l’écoutes trois fois dans la journée, et deux jours après tu te dis merde, je viens de composer exactement la même chose… Par contre quand je tourne, oui. Je lis, j’écoute la radio, j’essaie de découvrir de nouvelles choses.

Est-ce que tu as l’impression de faire partie d’une certaine mouvance en ce moment ? Notamment liée à cette passion des synthés, des sonorités rétro…  ?

Pas spécialement, parce que je ne sais pas s’il y a vraiment une vague comme ça… C’est vrai qu’en fait, la vague des vrais synthés a disparu dans les années 1980-1990, justement avec l’apparition de l’ordinateur, où tout le monde s’est dit que c’était la révolution. Puis il y a quelques années, on s’est dit que les vrais synthés, c’était quand même pas mal…

Après, je ne suis pas du tout un puriste, j’en ai plein, j’adore ça, mais je ne suis pas non plus par exemple un collectionneur, je ne garde que ce que j’utilise. J’essaie de mélanger tout ça, car il y a du bon dans tout, il y a des plugins géniaux, d’autres qui sont nuls, dans ce cas-là j’utilise le vrai synthé… Le plus important, c’est de se faire plaisir.

Tu trouves aussi que le synthé a beaucoup repris le devant de la scène ces dernières années, par rapport à la guitare et les formations rock notamment ?

C’est vrai que ce sont un peu des vieux synthés des années 1970, et moi aussi je suis retombé à fond dans cet âge-là. J’étais comme les autres à fond guitare, basse, batterie, et quand tu retombes sur un synthé, tu te dis que c’est quand même un instrument hyper intéressant. Donc c’est vrai que plein de groupes, même de rock, se sont retrouvés à faire des lignes de basse avec un synthé plutôt qu’avec une basse, parce que ça sonnait un peu différemment.

Je pense qu’on est sans arrêt, de toute manière, à rechercher quelque chose qui devient un peu original dans la musique, parce que c’est de plus en plus dur d’être novateur. Les synthétiseurs sont arrivés à saturation dans les années 1980, donc on a laissé ça de côté, on a fait de la guitare et du rock à fond, puis on est arrivés à saturation aussi, on est revenus aux synthés… Ce sont des boucles.

Là, tu te poses un peu défendre cet album, ou tu penses déjà à de futures sorties ? 

C’est vrai que je suis déjà en train de faire des trucs pour le prochain album, je sais ce que je veux faire. Après, pour l’instant je compose seulement des boucles, parce que l’album est sorti il y a un mois, je ne vais pas non plus en ressortir un dans six mois, donc si ça se trouve ça partira à la poubelle !

Mais là ça me fait plaisir, car je commence à repartir sur cette habitude de composer une boucle tous les matins, qui est ce que je préfère dans le processus de création, comparé au mixage, etc. La partie créative du début.

Après, j’ai aussi l’album de Nasser à sortir, là j’ai fini des albums pour d’autres artistes…

L’album est sorti sur Alter K, quelques mots pour finir sur pourquoi ce label ?

À la base, ce sont des éditeurs, qui ont toujours édité un peu ce que je faisais, et là ils ont relancé leur structure de label. Vu qu’en édition ils sont très bien, ils m’ont proposé, et j’ai dit oui tout de suite. Ils sont basés à Paris, très efficaces, et là ce qui est cool c’est qu’en label ils ont quatre groupes, donc ils s’en occupent pour de vrai. Je suis hyper content d’avoir signé avec eux.

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Et prochainement en live :

23.12 – Tribute to Carpenter (spécial live) – Marseille, La Dame Noir VII

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