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Des soleils encore verts : une exposition, cinq lieux, douze commissaires

Des soleils encore verts : une exposition, cinq lieux, douze commissaires

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Organisée par le collectif curatorial Champs magnétiques, Des soleils encore verts est une exposition « en mouvement » rassemblant neuf artistes tout juste diplômé·es. Elle se déploie en cinq moments et dans cinq lieux différents de la région parisienne cet été. Rendez-vous ce soir pour le vernissage de la première occurrence à Mains d’Œuvres (Saint-Ouen).

Formé par les étudiant·es du master 2 « L’art contemporain et son exposition » de Sorbonne-Université, le collectif Champs magnétiques réunit douze jeunes commissaires d’exposition. L’enjeu de cette formation est d’initier les étudiant·es aux différentes étapes de la mise en place d’une exposition, de la recherche de financement au montage d’exposition, en passant par l’édition d’un catalogue ou encore la communication. L’aboutissement de cet apprentissage se déploie cette année avec Des soleils encore verts, une exposition mouvante, en plusieurs occurrences courtes, dont une des forces est l’adaptabilité à différents lieux et publics.

Elle rassemble neuf artistes tout juste diplômé·es, issu·es de la filière « Art Espace » de Sarah Tritz à École nationale supérieure des Arts Décoratifs (Léonore Camus-Govoroff, Louis Chaumier et Jérôme Girard) et de l’atelier de Dominique Figarella à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris (Ninon Hivert, Konstantinos Kyriakopoulos, Maïa Lacoustille, Lucille Léger, Masha Silchenko et Chloé Vanderstraeten). À partir de pratiques artistiques diverses et souvent protéiformes, Des soleils encore verts s’intéresse aux interstices et explore les modalités et les formes que peut prendre la résistance. Il s’agit, en proposant une réflexion ouverte, d’explorer une infinité de possibles pour penser un avenir commun. Le collectif propose un lexique évolutif permettant d’appréhender leur démarche curatoriale expérimentale.

Nous avons rencontré trois membres de Champs magnétiques afin d’en savoir un peu plus sur leur projet, le travail en collectif, et discuter de l’enjeu de la collaboration à différents niveaux.

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Maïa Lacoustille, Des Gueux, 2020. Vue d’accrochage Champs magnétiques, 2021 © Louis Lallier

Manifesto XXI – Qu’est-ce que vous entendez par expérimentation curatoriale ?

Champs magnétiques : Le fait que l’on s’inscrive dans des temps courts et dans différents lieux, c’est un format un peu spécial, inattendu, qui sort du format magistral d’une exposition qui dure des mois et qui est pensée longtemps en amont. On doit avoir une capacité d’adaptation dans les lieux, avec les équipes des publics, des programmations. Notre exposition se transforme, apprend de ce qui la précède et de ce qui peut advenir dans chaque occurrence.

Et comment en êtes-vous arrivé·es à ce choix ?

À la suite d’une longue discussion collective sur notre difficulté à entrer en contact avec les lieux, on a envisagé d’autres perspectives, d’autres formats, on s’est dit qu’il fallait penser à quelque chose de différent. L’idée de l’errance nous a tout de suite plu et on a été soutenu·es par nos professeur·es dans cette idée. On a réussi à trouver des lieux qu’on n’aurait pas pu investir sur un format long. On avait vraiment le désir de construire quelque chose de collectif qui s’inscrive dans des lieux qui ne soient pas uniquement institutionnels. On voulait avoir des publics diversifiés, pouvoir travailler l’inscription dans un territoire spécifique même si nos temps d’exposition sont courts. Chaque lieu a des enjeux différents donc on a adapté des sous-thématiques pour chacun. On essaye de s’intégrer soit dans l’identité, soit dans la programmation. Cette exposition en mouvement est un format qui nous a permis de mettre les pratiques des neuf artistes en valeur. La difficulté est qu’on est un collectif qui ne s’est pas choisi et qu’on travaille avec des artistes de seulement deux ateliers donc il s’agissait de ne pas tirer les pratiques vers une idée trop restreinte. Le format en plusieurs occurrences a permis de respecter leur travail et de créer des expositions à voir comme quelque chose de vivant, de mouvant, et en dialogue avec les publics de chacun des lieux.

Comment avez-vous articulé ce travail ?

Il y a eu un dialogue avec les lieux, aussi avec les artistes qu’on a choisi·es pour chaque espace et avec les professeur·es qui nous accompagnent. On voulait une cohérence sur l’ordre des occurrences, il fallait que les thématiques soient liées sans qu’elles soient les mêmes. L’idée n’était pas de faire une exposition itinérante mais une exposition en mouvement qui s’adapte à chaque lieu. Par exemple, à Bétonsalon on expose des œuvres qui traitent des différentes manières de rêver en et au commun et de penser des refuges, pour ralentir le rythme et pour accueillir l’autre. Émilie Renard et la nouvelle direction ont proposé une programmation autour d’Une chambre à soi de Virginia Woolf, on s’est adapté·es à ça.

Ninon Hivert, Vue d’accrochage avec _ Allitère action, 2019 _ Veste Tige, 2019 manifesto 21
Ninon Hivert, vue d’accrochage avec Allitère action, 2019 et Veste Tige, 2019

Quelle est la progression thématique entre les lieux ?

À Mains d’Œuvres, on parle de la résistance. Après on a eu envie d’explorer les formes de spiritualités contemporaines, ce qui fait partie de l’occulte et des savoirs alternatifs, qui prend aussi la forme de la résistance, parce que ça pouvait s’allier avec la programmation du CAC Brétigny. Après, à Bétonsalon, c’est aussi un peu l’aboutissement de tout ça – rêver au commun, construire des architectures collectives. Il y a davantage une dimension d’espoir, de renouveau. C’est en ce sens que ça évolue : après une première occurrence assez froide, les spiritualités amènent ensuite un contrepoint, d’autres formes de résistance qui s’expriment autrement. Plastiquement, c’est pensé différemment, ça confère une polysémie à notre propos général d’exposition. Il y a une dimension évolutive à la réflexion plutôt qu’une progression. Ce sont surtout les points d’accroche qui diffèrent. Les choses se sont passées de diverses manières dans le dialogue avec chaque lieu, en fonction de leurs statuts et leurs spécificités.

Avez-vous eu carte blanche dans les lieux ?

Oui, la force du projet est son adaptabilité. La plus grosse contrainte a été le temps : on fait des expositions courtes, avec seulement un ou deux jours de montage, parfois seulement quelques heures de démontage. Ce sont des lieux qui accueillent les jeunes artistes donc les équipes font aussi le pari de soutenir un projet sans tout encadrer, avec une vraie volonté de nous laisser libres dans la manière dont on peut exprimer notre projet. C’est vraiment une chance, et c’est très intéressant et formateur pour nous en tant que jeunes commissaires. On a seulement discuté de la manière de mettre en place les projets avec les lieux, il n’y a eu aucune orientation au niveau de la curation.

Et le choix des lieux fait aussi partie de votre curation.

Oui, on a cherché des typologies de lieux en fonction d’une variété de territoires, de publics que l’on voulait les plus divers possible. Finalement, on se retrouve avec un large spectre d’endroits, allant du centre d’art plus institutionnel à un espace géré par des artistes comme DOC!.

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Accrochage Champs magnétiques, 2021 © Louis Lallier

Comment s’est déroulé le travail en collectif de douze commissaires-étudiant·es ? Il y a même plus de commissaires que d’artistes ! Le travail collectif et collaboratif est un enjeu important pour les travailleur·euse·s de l’art en ce moment.

On est douze avec des parcours très différents. On s’est beaucoup interrogé·es sur ce que ça voulait dire d’être un collectif qui ne s’est pas choisi. Le nom « champs magnétiques » renvoie aux forces qui poussent dans différentes directions, avec un réel désir de faire des choses ensemble. La figure de commissaire-star, seul·e, est questionnée aujourd’hui. Chez nous, il n’y a pas eu de volonté en soi de faire collectif mais ça a été très formateur, et très important dans la manière dont on a construit le projet. En fait, le collectif a été choisi par les professeur·es : chaque année, iels sélectionnent les élèves en constituant un groupe, avec des profils différents qui peuvent être complémentaires. Il y a des personnes avec un parcours académique d’histoire de l’art assez classique, une scénographe, un artiste… On est aussi un collectif international : sur douze personnes, sept sont françaises, il y a une polonaise, une mexicaine, une américaine, un espagnol et un britannique !

Vous avez-donc dû faire de vos différences une richesse pour mener à bien le projet.

C’est difficile, voire impossible, de mettre douze personnes complètement d’accord mais c’est toute la richesse de la dynamique d’un collectif. Par rapport aux langues étrangères, c’est un vrai plus aussi, on a des textes en différentes langues dans le catalogue, on va faire des visites guidées en anglais et en espagnol… Ça permet de toucher différents publics. On a bien su tirer parti des compétences de chacun et chacune. L’idée était de ne pas lisser les individualités mais de laisser place à chacun·e dans une démarche de collaboration. On a essayé de faire émerger une certaine polyphonie à partir de nos différences.

Jérôme Girard, Bourdons (rhiz’o’matiques), 2021. Vue d_accrochage Champs Magnétiques © Louis Lallier 3 manifesto 21
Jérôme Girard, Bourdons (rhiz’o’matiques), 2021. Vue d’accrochage Champs magnétiques, 2021 © Louis Lallier

Dans votre projet, la collaboration se passe à différents niveaux : entre vous, avec les lieux, avec vos profs, avec les artistes. Comment avez-vous réussi à conserver cette approche horizontale tout au long du projet ? Comment s’est articulé le choix des artistes ?

Notre master a un partenariat avec l’atelier de Dominique Figarella aux Beaux-Arts de Paris et « Art Espace » aux Arts Déco, dirigé par Sarah Tritz. On a rencontré une vingtaine d’artistes issu·es de ces deux ateliers. Puis ça s’est passé par étapes : iels nous ont parlé de leur travail puis iels nous ont montré leurs œuvres en situation. Aux Beaux-Arts, ça s’est fait sur zoom, c’était une expérience assez particulière. Le choix des artistes a été l’étape la plus difficile dans le travail en collectif, parce que c’est tellement subjectif ! Au début, on voulait l’unanimité donc on avait instauré une sorte de « droit de véto ». Ça n’a pas été possible, il y a eu des désaccords, donc on a dû se remettre en question et mettre en place des nouveaux dispositifs. On a fait le choix de ne pas faire de couples commissaire-artiste pour ne pas retomber dans le schéma classique. On a fait des groupes pour rencontrer les artistes en essayant que chaque commissaire ait des relations avec chacun·e des artistes. On se mélange tout le temps. L’idée était que chacun·e ouvre son champ et puisse comprendre en profondeur les différentes démarches artistiques. Une fois les artistes sélectionné·es, on a fait des accrochages tests pendant trois jours. C’est à ce moment-là qu’on a choisi les œuvres. Il s’est avéré que plein d’artistes nous ont donné des idées. On a pu voir quelles œuvres dialoguaient bien ensemble. Puis, quand on est allé·es dans les différents lieux pour rencontrer les équipes, on a convié les artistes qui allaient exposer à venir pour réfléchir tous·tes ensemble à l’accrochage. Il y a eu un vrai dialogue, on ne voulait pas avoir de démarche autoritaire.

Ce n’était pas trop difficile de travailler avec des artistes-étudiant·es, qui ont des pratiques encore en évolution ?

On a choisi peu d’artistes parce qu’on ne voulait pas établir des relations inégales avec chacun·e. L’idée était d’avoir un petit groupe pour pouvoir bien travailler avec tous·tes. Ça nous a permis d’avoir une relation plus personnelle avec elleux même si on ne les a pas tant vu·es que ça à cause de la situation sanitaire. Il y a eu une énorme évolution dans leurs pratiques par rapport à la première fois qu’on les a rencontré·es. On a vu leurs diplômes et c’était incroyable de découvrir tout ce qu’iels avaient accompli en un an ! En discutant de ce qu’on avait écrit dans le catalogue avec certain·es artistes, on sent qu’on leur a apporté des choses, qu’on a pu les aider dans la maturation de leurs œuvres, dans le fait de mettre des mots dessus. Certain·es nous ont demandé d’écrire des textes pour leurs diplômes par exemple. On avait la volonté de continuer le dialogue même avec celleux qu’on n’a pas sélectionné·es. On a été voir les diplômes de tout le monde. Le cadre du master est très riche pour ça aussi, il permet de créer de vraies rencontres, de nouer des liens au-delà du cadre de l’exposition. Les artistes nous ont aussi beaucoup apporté à notre réflexion et dans notre apprentissage du métier de commissaire.

Léonore Camus-Govoroff, OpenSource_, 2021 © Léonore Camus-Govoroff manifesto 21
Léonore Camus-Govoroff, OpenSource_, 2021 © Léonore Camus-Govoroff

Pouvez-vous me parler du titre de l’exposition ?

Le titre est extrait d’un court poème d’Andrée Chedid (1920-2011). On avait envie de quelque chose d’assez accessible et d’assez ouvert pour englober la diversité des pratiques et les différentes occurrences. Le choix s’est fait de manière assez drôle. C’était le troisième jour de l’accrochage-test, on était fatigué·es, on n’avait pas de chaises, pas de tables, on était assis·es par terre. On a commencé à tous·tes chercher de manière aléatoire dans nos souvenirs, nos téléphones et on s’est mis·es à se lire des poèmes dans cette ambiance particulière. Un·e de nous a lu ce poème, et au-delà de la beauté du titre, le contenu résonne bien avec notre démarche. Il y a une vraie dimension d’espoir, de renouvellement. Après la sélection des artistes, le choix du titre a été l’autre moment le plus difficile en collectif, parce que c’est tellement subjectif !

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Plus loin plus loin que nous
Forgés d’autres mythes
Se hisseront des soleils
À face insoupçonnée!

Saignant de toutes nos plaies
Gonflés de nos racines
Se lèveront d’autres soleils

Des
Soleils encore verts!

Andrée Chédid, Textes pour un poème suivi de Poèmes pour un texte 1949-1991, Paris, Poésie/Gallimard, 2020

Quelles ont été les conditions financières du projet, votre budget ?

On part avec un budget initial : une partie dédiée à la production, qui provient des Beaux-Arts, tandis que les Arts Déco financent une bonne partie du catalogue. Ensuite, on a dû trouver des financements, principalement publics (la Ville de Paris, le CROUS, la Sorbonne). On a réussi à obtenir des subventions au-delà de nos espérances, mais on a quand même fait en sorte de réduire un maximum les coûts : trouver quelqu’un·e qui connait quelqu’un·e qui a une voiture pour le transport par exemple… Ce n’était pas forcément facile avec la multiplication des occurrences, parce que ça multiplie les transports, etc. Depuis le début, on a mis un point d’honneur à rémunérer tout le monde, les artistes mais aussi toutes les personnes avec qui on collabore. Les artistes sont rémunéré·es pour leur présence dans l’exposition, mais aussi si iels font des ateliers ou des performances. L’idée était vraiment de garder un maximum d’argent pour la rémunération des artistes, c’était un gros enjeu de nos demandes de financement. Plus on a obtenu de budget plus on a pu augmenter le cachet des artistes.

Lucille Leger, Vulnerability sinks into the closed doors, 2020 © Lucille Leger(1) manifesto 21
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Lucille Leger, Vulnerability sinks into the closed doors, 2020 © Lucille Leger

Vous avez évoqué tout à l’heure votre programmation en lien avec les spécificités de chacun des lieux. Pouvez-vous m’en parler ?

On a voulu conserver une dimension collaborative : on a proposé aux artistes de nous faire part de leurs envies pour construire une programmation en accord avec elleux. On n’a pas eu le temps de nouer des relations directes entre notre collectif et de nouveaux acteurs locaux pour chacun des lieux, donc on a fait appel aux équipes pour mettre en place une programmation avec les publics de leurs territoires, à travers des associations avec lesquelles ils travaillent régulièrement par exemple. À Mains d’Œuvres, Jérôme Girard va faire deux performances le jour du vernissage : il va venir activer ses pièces sonores dans l’espace puis il fera un djset. Il y aura aussi deux ateliers avec des centres de loisir. Pour cette première occurrence, notre exposition chevauche le festival SQFD, un festival de sons queers et féministes. Léonore Camus-Govoroff va faire des lectures publiques et collectives de textes féministes. Au CAC Brétigny, il y aura une table ronde avec Maïa Lacoustille et un atelier avec des enfants autistes mené par Masha Silchenko. On a aussi fait une collaboration avec le collectif Jeune Cinéma. Peu d’artistes de notre exposition travaillent l’art vidéo et on a voulu investir la Black Box qui est présente au CAC Brétigny avec une programmation filmique en continu, conçue en collaboration avec ce collectif. Il y aura aussi une occurrence à La Passerelle en septembre, qui sera plus axée sur la programmation. Ce sera plus discursif, comme une forme de restitution de nos recherches.

Un mot de fin ?

Oui, on aimerait parler de l’enjeu écologique, qui est au cœur de notre démarche curatoriale. C’est une réflexion qu’on a menée depuis le tout début du projet. On a beaucoup questionné l’impact écologique de nos activités. Notre site est low-tech, on a essayé qu’il soit le plus écologique possible : c’est un fond noir, un serveur qui consomme peu d’énergie, il n’y a pas beaucoup d’images. Notre catalogue est en bichromie, il n’y a pas beaucoup de visuels non plus et on l’imprime en riso. On n’a pas fait de flyers ou d’invitations papier, seulement des affiches et des feuilles de salle. L’exposition rassemble aussi des artistes souhaitant s’engager de manière significative dans les questions environnementales. Iels cherchent à développer de nouveaux modes de production et à repenser leur pratique artistique dans ce sens.

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Accrochage champs Magnétiques, 2021 © Louis Lallier

Des soleils encore verts :
Mains d’Œuvres, du 7 au 10 juillet 2021
CAC Brétigny, du 15 au 18 juillet 2021
Bétonsalon – Centre d’art et de recherche, du 30 juillet au 1er août 2021
DOC!, du 3 au 5 septembre 2021
Galerie La Passerelle, Sorbonne-Université, du 16 au 18 septembre 2021


Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site internet ou le compte Instagram de Champs magnétiques.

Image à la une : accrochage Champs magnétiques, 2021 © Louis Lallier

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