Camille Cottin, « Le divertissement est fédérateur ». Rencontre

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Crédits photo : Christophe BRACHET - MONVOISIN PRODUCTIONS / MOTHER PRODUCTIONS /FTV

Depuis son rôle dans Connasse, Camille Cottin fait partie de ces personnalités de la culture populaire française qui ont l’incroyable don de mettre beaucoup de monde d’accord. C’est que la comédie, l’humour, le rire et, tout compte fait, le divertissement, sont un terrain fertile à la cohésion. Physique atypique et personnalité iconoclaste, souvent éloignée de l’image immaculée et distante que l’on se fait d’une diva de l’écran, Camille Cottin rassemble. Le fait est que quand le divertissement est intelligemment construit, sa force de frappe en sort décuplée. Tout message peut alors passer, avec légèreté, y compris sur le créneau de 20h50. Proche de son public par ses rôles à la fois délurés et engagés, Camille Cottin fait du bien. Elle fait du bien à la télévision et au monde contrasté de la série, elle fait du bien à l’humour, mais surtout elle fait du bien aux femmes et à leur présence au cinéma.

Au mois de mars je vous ai écoutée sur l’émission de France Inter, Boomerang d’Augustin Trapenard. Une question vous a été posée à laquelle vous n’avez pas vraiment répondu. Alors j’aimerais vous la reposer maintenant, qui est votre muse ? 

J’en ai beaucoup. Ce sont des femmes inspirantes, pas uniquement des actrices d’ailleurs. Ce sont des femmes aux propos forts. Une fille que je trouve inspirante est Virginie Despentes par exemple. J’aime beaucoup Imany aussi, et Leïla Slimani, qui tient un discours très important pour les femmes. J’aime l’écouter. Dernièrement j’ai entamé un livre qui s’appelle Americanah, de Chimamanda Adichie. L’auteure est nigérienne et relate son arrivée aux États-Unis et sa prise de conscience de la fausse mixité de la société américaine. Elle réalise son « africanité » en arrivant aux USA.
Parmi les actrices, j’aime celles qui sortent de l’ordinaire. Tilda Swinton, Helena Bonham-Carter, Cate Blanchett, et puis dans les filles qui arrivent, Brie Larson qui a eu un Oscar, elle est très engagée.

Et parmi les actrices françaises ?

Marion Cotillard, qui est une grande actrice mais aussi une personne très engagée en écologie, entre autres.

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Êtes-vous consciente de l’importance du personnage d’Andréa dans Dix pour cent pour le milieu homosexuel féminin ? Ce milieu très peu visible qui a tant besoin d’idoles et de représentantes ? Vous êtes probablement devenue une icône lesbienne par cette série…

Si c’est le cas, j’en suis ravie. Je ne suis pas, pour l’instant, une actrice de films d’auteurs. Cela peut changer mais la série c’est du divertissement grand public. Il est important, je pense, de rester dans l’air de son temps et d’aborder des thématiques sociales actuelles plus ou moins cruciales. Ce qui m’a intéressée dans ce personnage, à la lecture, c’était que son homosexualité était avérée, assumée, et que ce ne soit presque pas un sujet. Le vrai problème d’Andréa c’est que l’amour lui provoque une angoisse terrible et qu’elle est partagée entre sa carrière et ses sentiments. Sa sexualité n’est pas un enjeu. Je trouvais cela moderne.

Qu’est-ce qui vous conduit à choisir souvent des rôles de femme très consciente de sa force ?

On me les propose en fait. Je pense que c’est dû aussi à mon physique un peu atypique, un peu nerveux.

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Dix pour cent

Y a-t-il une forme de militantisme chez vous ?

Oui, absolument. D’une part, cela est plus intéressant de défendre quelque chose à travers un rôle. Et d’autre part, par la fiction, et surtout par la télé, sur un créneau de début de soirée, avec des enfants qui regardent, c’est quelque chose de fort. Les enfants comprennent tout, dans la cours de récré ils se disent « Ah j’espère qu’Andréa va rester avec Colette parce que Hicham il est trop méchant ». Par la fiction on peut travailler sur les consciences. Je sais que cela peut faire avancer les choses.

Vous avez été prof. Est-ce qu’on défend les mêmes choses à l’intérieur d’une salle de cours et à l’écran ? Comment ces deux expériences vous nourrissent-elles ?

Il y a un rapport, c’est certain : on est au centre, face à une assemblée de personnes assises qui nous écoutent. On anime. On transmet. On essaye de capter l’attention, chez des adolescents ce n’est pas du tout évident en plus. Et puis dans la direction d’acteur, il faut adapter un discours et un comportement car chaque acteur est différent. Il faut trouver quel chemin emprunter pour que le comédien comprenne ce que le réalisateur veut dire. Avec les élèves c’est un peu la même chose, il faut se mettre à leur place. Moi j’aimais bien stimuler les élèves, je n’aimais pas parler seule pendant une heure.

Pensez-vous alors que vos rôles de femme qui en impose peuvent venir aussi d’une forme d’autorité naturelle ? Une autorité de prof, justement ?

Mais je n’ai aucune autorité moi (rires). Je fais des personnages autoritaires mais l’autorité, d’après moi, ne dérive pas du pouvoir. Elle vient plus de l’intelligence. Une forme d’intelligence qui fait qu’on écoute le prof de manière spontanée. Un respect naturel. L’autorité au sens primaire ne fait pas partie de ma personne je pense.

Mais alors, pour une personne engagée et sensible aux autres comme vous l’êtes, cela n’a t-il pas été difficile de jouer Connasse ?

Oui, cela a été très difficile. La première semaine j’ai pleuré. C’était mon rêve d’être sur Canal, c’était super de réussir ce casting. Pourtant, je n’y arrivais pas je me trouvais hyper méchante. J’ai donc regardé des vidéos de François Damiens. Lui, il dévoile ensuite que c’était une caméra cachée. Les gens passent alors d’un état de désarroi total à un éclat de rire. Alors dans Connasse, j’y suis allée à fond, de sorte à ce que les gens se disent que le problème ne venait pas d’eux mais de cette femme complètement tarée. Assumer mon rôle jusqu’au bout était une manière de les protéger.

On a l’impression que vous abordez votre métier d’actrice avec beaucoup de détachement. On perçoit une mise à distance, quelque chose qui vous empêcherait de vous comporter comme une diva.

C’est peut-être parce que j’ai fait beaucoup de théâtre. Il y a quelque chose d’artisanal dans le théâtre, beaucoup d’auto-production. Et puis un truc très collectif, il y a un accord tacite entre nous où on laisse tout de côté et on pense à l’équipe. Et puis aussi, la notoriété est arrivée tard me concernant.

Si on vous proposait un rôle de super héroïne, est-ce que vous l’accepteriez ? Un truc dans un blockbuster à l’américaine ?

Oui ça me plairait. Je suis une comédienne très physique, j’essaie d’être plus cérébrale mais j’aime trop bouger, je suis instinctive. Les pensées s’enchaînent dans le mouvement.
L’un des derniers chocs cinématographiques que j’ai eus, à part 120 battements par minute, a été Mad Max avec Charlize Theron. Cet univers punk, décadent, ultra rythmé, féministe à fond… J’ai adoré. Mais tu vois, même Game of Thrones est une super série féministe. Il paraît que c’est d’ailleurs la seule série où les femmes sont payées autant que les mecs. Dans cette série, les femmes gagnent et résolvent des situations. Ce sont des femmes qui surmontent, qui endurent, diplomates, rusées, courageuses, guerrières, il n’y a aucune victimisation. Ce sont des personnages merveilleux.

Encore une fois, je ne suis pas snob avec le divertissement car il est fédérateur et il a le pouvoir de construire un terrain d’entente commun. Imagine, des millions de gens sur cette planète reçoivent ce même message féministe et puissant et ce, grâce à une série télé.

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