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Born Again, Raised By You : une expo pour penser la renaissance

Born Again, Raised By You : une expo pour penser la renaissance

Organisée par le collectif Eaux Fortes, Born Again, Raised By You est une exposition pensée comme un parcours initiatique au cœur de la notion de renaissance. Rassemblant une vingtaine d’artistes de générations, origines et pratiques diverses, elle est visible à Poush Manifesto (Clichy) jusqu’au 23 janvier. Rendez-vous cet après-midi à partir de 15h pour le vernissage, rythmé par trois performances inédites.

Un peu plus d’un an après « Maison de Force », exposition qui décortiquait et redéfinissait la notion de force, le collectif Eaux Fortes présente Born Again, Raised By You, qui explore cette fois-ci le processus de renaissance en s’intéressant à l’interaction des corps avec leur environnement sensible. Parmi les artistes invité·es, on retrouve des personnes qui nous sont chères, parce qu’on les suit depuis longtemps (Silina Syan), qu’on les a exposées au Take Care festival en septembre dernier (Chloé Sassi, Cléophée Moser, Tabita Rézaire), ou qu’on guette de près leurs actualités (Céline Fantino, Mehdi-Georges Lahlou, Macha Pangilinan…)

Beya Gille Gacha, Autel des gratitudes, 2021. Installation, plâtre, cire, dimension variables.

Défini par le Larousse comme l’« aptitude d’un individu à se construire et à vivre de manière satisfaisante en dépit de circonstances traumatiques », le mot « résilience » a été largement (et outrancièrement) récupéré par la rhétorique gouvernementale depuis deux ans. Devenue dans le discours politique et médiatique une injonction aliénante, la résilience peut – et devrait – être envisagée comme un processus de renaissance, comme une ressource que l’on puise en soi ou que l’on acquiert collectivement. Il s’agit, avec cette exposition, d’ « interroger les conditions dans lesquelles “renaître“ peut signifier une émancipation, une libération sensible, comme politique et une quête d’harmonie avec l’environnement. » Le fil que l’exposition tire part d’une citation issue du roman de science-fiction La Parabole du semeur écrit par l’autrice afro-américaine Octavia Butler, pour tendre vers une autre, du poète mystique persan Djalâl ad-Dîn Rûmî, maitre à penser du soufisme.

Collectif Eaux Fortes, Performance collective : le partage des forces, Morpho 2021

Peut-on rationnellement enlever au phœnix qui renaît de ses cendres la douleur d’avoir dû brûler ?

Octavia Butler

Pour ce faire, des œuvres réalisées par une vingtaine d’artistes engagé·es dans les luttes écologiques, féministes, décoloniales et queers sont rassemblées. Interdisciplinaire et intersectionnelle, cette exposition a été conçue comme un « voyage initiatique fait de passages ritualisés, d’expériences sensorielles et de rencontres troublantes ». Une véritable immersion à la fois artistique, spirituelle et politique. La renaissance peut être douce et fluide, ou au contraire, et bien plus souvent, difficile et violente. Les expériences personnelles peuvent se muer en outils de résistance par leur force évocatrice et libératrice.

En témoignent les œuvres présentées dans l’exposition, certaines issues de collaborations inédites, car la co-création et la sororité sont au cœur de la démarche du collectif Eaux Fortes. Ainsi, Myriam Mihindou a réalisé dimanche dernier la performance, « Ensemencement », auprès des artistes et de quelques invité·es pour préparer l’espace à recevoir les œuvres et lancer le projet. Pendant le vernissage, Chloé Sassi activera le parcours avec une performance inaugurale pensée comme une caresse. Suivront un bain de guérison collective proposé Cléophée Moser puis une performance sonore et visuelle de Low Lov.

J’étais cru, je fus cuit, je brûle désormais.

Voir Aussi
Manifesto XXI - TRATENWALD

Djâlal ad-Dîn Rûmî
Cecilia Granara, Crying in the chiottes, 2021. Huile sur toile, 14 x 18 cm. Galerie Exo Exo
Juan Ferrari, braveneWWWorld, chapter 1: The Seed, 2021. Video interactive et installation inédite, avec Brandy Butler, Tarek Lakhrissi, Carlos Laviña, Juan Goyret.

L’exposition se traverse à la découverte de différents milieux et environnements immersifs. Ainsi, une des salles clés du parcours, intitulée « Reflets de nuit » propose un dialogue entre trois installations traitant de la quête de soi. Trois dispositifs, comme autant de manières de rechercher la puissance du sacré à l’intérieur de son corps : Cléophée Moser réinterprète les rituels de soins de l’Islam mystique, Beya Gille Gacha fait de la pratique du moulage un processus de divination, tandis qu’Emmanuelle Ducrocq présente un autoportrait sous forme de porte. Il s’agit, dans cette salle plongée dans l’obscurité, de créer des échos entre ces trois installations, l’environnement et les visiteurices de l’exposition.

Ailleurs, nous sommes invité·es à penser la maternité et la filiation avec une installation 3D réalisée par Oxanna Bertrand et Andrea Jankovic, tandis que des œuvres de Juan Ferrari ou Michel Jocaille affirment la possibilité d’une masculinité réformée.

Cléophée R. Fall Moser, Mbëggel : Comme nous brûlons, 2021. Série 1/4. Impression pigmentaire sur papier, aluminium. Réalisée avec Mour Fall.

Born Again, Raised By You
A Poush Manifesto (Clichy)
Exposition jusqu’au 23 janvier
Inauguration publique le 15 janvier à partir de 15h, déambulation jusqu’à Morpho (Saint-Ouen)

Image à la Une : Chloé Sassi, Untitled, 2021. Video inédite.

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