Atoem : les nouveaux scientifiques de la musique électronique rennaise

Atoem, les deux machinistes qui ont fait sensation aux 40ème Trans Musicales de Rennes

Adoubés par Jean-Louis Brossard (co-fondateur des Transmusicales de Rennes), Gabriel Renault et Antoine Talon réinventent la musique électronique avec leur duo Atoem. Au lendemain de leur live aux Transmusicales de Rennes, qui aura marqué les esprits du Hall 9, rencontre avec un de nos coups de cœurs de cette 40è édition du festival.

Manifesto XXI : Vous êtes tous les deux de grands mordus de sciences et cela se ressent dans la construction de vos morceaux : est-ce que vous envisagez la musique comme une science, ou utilisez-vous les sciences pour faire de la musique?

Gabriel : Haha, les deux ! On se sert forcément de la science pour faire de la musique, c’est sûr.

Antoine : Disons que l’une diffère de l’autre, mais elles ne s’opposent pas vraiment. Elles se complètent et se nourrissent. Et puis la science est une source d’inspiration inépuisable pour l’artiste. D’une autre manière, les scientifiques peuvent faire de l’art… Mais Étienne Klein et Aurélien Barrau en parleront bien que moi. (rires) Ils en parlent tellement bien, en même temps…

G : Il y a des ponts évidents, en fait. Toute la science derrière les synthétiseurs ce sont des ondes, des modulations, du traitement du signal…

Vous avez d’ailleurs construits un synthétiseur modulaire de vos propres mains. Vous l’avez fait pour le plaisir ou construire vos sons était une volonté nécessaire pour qu’Atoem existe ?

A :  C’était un rêve de gosse de pouvoir construire ses propres machines. Et, comme lorsqu’on était étudiants on n’avait pas beaucoup de tunes, le seul moyen d’avoir une machine, c’était d’en fabriquer une. D’autant plus que j’ai fait des études d’ingénieur en électronique et, étant passionné de machines, c’était une évidence. J’en ai fabriqué un énorme. J’avais vu les choses en grand, mais aujourd’hui je le trouve minuscule.

G : Sur une scène comme hier en plus, il faut se faire un mur de machines.

A : On va en faire trois de plus, quatre fois plus gros. (rires)

Vous venez du rock, et vous êtes admiratifs de Pink Floyds, qui avaient eux aussi cette approche expérimentale et scientifique de la musique. Mais, dans vos morceaux, vous avez un aspect plus électronique brut et technique à la Moderat… Vers quelle direction souhaiteriez-vous aller entre ces deux inspirations ?

G : On gardera toujours ces ambiances « floydiennes » je pense. Bien que maintenant on produit des sons qui « tabassent » aussi… Mais, si on retire ces mélodies planantes et atmosphériques, ça devient de la techno comme il en existe déjà. C’est le mélange des deux qui fonctionne trop bien : électronique x organique. C’est pour ça qu’on a aussi de la guitare dans nos morceaux.

G : En même temps on va pas mettre de la guitare partout ou des kicks tout le temps. Toujours les apporter par « petites touches ».

Vous avez sorti un EP cette année, Voltage Controlled Time. Cela vous a pris combien de temps ?

G : Un peu plus de six mois, je pense… De la production à l’édition en passant par le mixage.

A : Et en même temps ces quatre morceaux, on les gardait sous le coude depuis un bout de temps. C’est plutôt dans les démarches pour aboutir au projet fini que nous avons un peu plus trainés. En production pure, on est assez rapides en fait.

Vous avez un processus particulier pour composer un morceau ?

A : Il n’y a pas de méthodes.

G :  En effet, soit on arrive chacun avec une structure de composition, comme des croquis que l’on passe dans nos machines, afin de réaliser un traitement du son pour les mettre en forme ; soit l’un de nous arrive avec une sonorité perchée, et on l’habille pour le transformer en morceau. Il y a une autre méthode qui consiste à découvrir des sonorités qui marchent super bien en live ou lorsqu’on travaille ensemble, et on les exploite le plus possible car ça sonne.

A : Il n’y a pas de vérité ou de recette miracle. On peut passer trois ou quatre heures sur un simple kick en le modulant.

G: Et parfois, les synthés s’expriment tous seuls aussi. Et ça devient intéressant.

Les Transmusicales, c’est un aboutissement pour des artistes rennais ?

G : La fucking consécration tu veux dire !

A : Je crois que j’en reviens toujours pas trop en fait. Ça fait dix ans qu’on fait les Transmusicales, on a jamais rien loupé. Être sur cette scène, ça fait quelque chose…

Votre show a eu lieu hier : les retours ont été excellents. Notamment sur la mise en scène (les lights, l’installation) : concevoir un live, est-ce que c’est concevoir une nouvelle création pour vous ?

A : C’est un travail de plus longue haleine qu’un travail en studio, je trouve.

G : Les morceaux du live ne sont pas tous sortis. La moitié du live a été composée pour celui-ci, voire pendant. Et pour les morceaux que l’on a déjà sortis, nous les réadaptons complètement. C’est un travail qui nous prends énormément de temps. On est presque sur de la chirurgie du son.

A : Les retours sont importants également. Peut-être qu’un morceau va nous faire danser, mais si le public ne réagit pas beaucoup, on va le retravailler pour le suivant.

G : C’est un renouvellement constant. D’une date à l’autre on change la moitié des trucs. Et puis ça me ferait chier de faire toujours le même live à chaque fois. Sinon tu fais un DJ set, c’est comme ça que je conçois le live.

Pour finir, quand on a fait un show d’exception la veille, on écoute quoi le lendemain au réveil ?

A : Je pense que je vais aller écouter du silence, car le live d’hier m’a probablement rendu sourd. (rires)

G : Je pense que je vais rentrer chez moi écouter un peu de disco. J’adore ça. Et puis ça va me rebooster pour ce soir comme ça.

Voltage Controlled Time est disponible sur Spotify et toutes les plateformes de streaming.

 

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