Pourquoi on voudrait claquer les gars de FAIRE

FAIRE _ C'EST L'ÉTÉ _ 7 _ Raffaele Cariou & Lou Benesch
Raffaele Cariou & Lou Benesch

De nombreuses tentatives se succèdent avant qu’un son correct ne se mette en place, une bonne demi-heure d’attente sous une pluie fine, le public est en ébullition devant les trois joyeux énergumènes sur scène.

Lunettes en travers en mode décontracté-maîtrisé, des looks volontairement criards, une dégaine de beau gosse insolent mais à la cool parfaitement étudiée : c’est le trio FAIRE que les festivaliers attendent avec beaucoup d’impatience. En quelques mois, le groupe a réussi à faire parler de lui à coups de clips totalement dans l’air du temps, mélangeant mauvais goût assumé et provocation on ne peut moins subtile. De quoi faire exploser les feeds Instagram.

Image dégueu, fausses bagarres, culs en l’air, quelques bouts de glands, chez ces méchants garçons tout paraît concocté pour vendre du rock’n’roll, voire du « do it yourself ». Demander à un groupe de rock « Que cherchez-vous à dire avec votre musique ? » serait d’une naïveté accablante, pourtant on en brûle d’envie.

Crédits : Raffaele Cariou & Lou Benesch

Alors, il vaudra mieux poser la question autrement. Pensent-ils être des provocateurs ? La réponse sera bien sûr un fou rire, on s’y attend, c’est comme ça quand on essaie d’introduire du sérieux dans un boys band. Et pourtant, la douce moquerie passée, la réponse est finalement intéressante : « Est-ce que montrer des culs est provocateur, aujourd’hui ? » Pendant un instant, on se sent pris de haut, comme si un cul nous choquait vraiment. Non, un cul n’est pas choquant aujourd’hui, parce que notre société est de toute manière hyper-sexualisée. De la pub au cinéma, on devrait être à l’aise avec la nudité, peut-être même en rire.

Dans un élan de féminisme de la première heure, on a envie de leur demander si trois culs de meufs courant dans un champ auraient suscité la même réaction amusée et la même empathie respectueuse de la part du public. Ici, on s’attend à ce que le machisme sans voile du rockeur sentimental s’empare de nos trois interlocuteurs. Surprise : évidemment que non, évidemment qu’une fille se serait fait traiter de petite traînée, c’est injuste quand on voit le nombre de pubs misogynes autour de nous. Les trois cowboys affichant leurs derrières toniques (EP C’est l’été) étaient un prétexte pour dédramatiser pas mal de choses.

Crédits : Raffaele Cariou & Lou Benesch

Chez FAIRE, on dirait, de manière étonnante, que la provocation n’est pas préméditée, que tout se fait dans la spontanéité d’actions quotidiennes. Soit, mais revenons-en aux femmes : omniprésentes, elles sont le titre de la plupart de leurs chansons et, souvent, elles sont tout sauf chuchotées. Mettre cher aux meufs fait-il partie du package ? Figurez-vous que non, puisque ces bourreaux des cœurs à l’allure plus hétéronormée que jamais aiment simplement raconter des histoires au féminin, de femmes marquantes et toujours puissantes : de la prostituée à la bombasse de la fac, elles sont toutes des personnages névrosés et indépendants, héroïnes d’un monde ultra-coloré. Probablement qu’Almodóvar aimerait écrire un scénario sur l’impossible Sisi (notre commentaire de clip ici) ou l’irrésistible Mireille.

FAIRE seraient-ils des mâles d’un nouveau genre ? Seraient-ils une parodie involontaire du musicien à la virilité obsessionnelle ? Il semblerait que ce trio explosif de couleurs et de sons ait bien plus à dire sur ce qu’est un homme que ce que l’on pourrait croire au départ. Oui, parce que FAIRE, c’est aussi la culture gay du Marais, les clubs pour hommes où la masculinité est revendiquée dans sa forme la plus pure et la plus décomplexée. Grandir dans le quartier homosexuel de Paris signifie intégrer des images qui dédramatisent et subliment le sexe et l’exposition de sa sexualité. La pochette de C’est l’été nous semble alors presque la prometteuse affiche d’un beau porno gay. Il fallait oser.

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Pochette de l’EP « C’est l’été »

Le sexe, l’excitation brute et sincère, l’énergie d’un pénis ou d’un vagin prêts à l’acte, c’est la « gaule wave », mouvement dont le groupe se revendique. Terme un tantinet énervant au début, il est en réalité une description très exacte de la fougue animale qui anime le groupe.

Les branleurs qui tapent la pose ne sont jamais très consensuels. Il est difficile de savoir où l’art s’arrête pour laisser place au maquillage. FAIRE disposent tout de même d’une bonne argumentation, et si le propos sur le genre est véridique, cela ne peut que générer de l’adhésion. Après tout, un boys band se définissant de « genre neutre » n’est pas chose commune.

Crédits : Raffaele Cariou & Lou Benesch

Rassembleurs, FAIRE arrivent à faire vibrer une foule à l’unisson et à donner à tout un festival une gaule inattendue. C’est plutôt agréable.

Nourrie d’influences outre-Atlantique, notamment mexicaines, la musique de FAIRE est un joyeux voyage auquel on s’abandonne malgré les possibles réticences initiales. Malgré les a priori, le son est excitant et un poil énervant, à l’image de ces trois sales gosses à qui on voudrait bien mettre des claques, même s’ils prônent, sans surprise, l’amour universel.


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