Un café avec Fantomes

© Lou Beauchard

Toute dernière signature du label Pan European Recording, le duo Paul&Mus, enjolive le début de l’été avec une ossature batterie-guitare névrotique, dont l’acmé se résout à l’entrée des choeurs. Leur release-party déboule cette semaine, au  Pop-Up du Label, ce Jeudi 31 mai.

Manifesto XXI – Je vous ai découvert avec Moutain dans Voyage III- Beyond Darkness. Votre morceau s’écoute à quel moment du trajet ? Au début ? Celui où l’on regarde par le hublot ou la fin, lorsque l’on a hâte d’arriver?

Paul : Je sais pas, je dirais que c’est une bonne transition, au milieu étand donné qu’elle prend la forme refrain/couplet, c’est une bonne transition entre un truc hard et un truc cool.

Mus : Au-delà de sa naïveté, c’est un truc du genre t’es un peu perdu mais tu fais tout pour que ça aille mieux. Je me dis qu’au milieu ça doit le faire, t’es pas sûr du résultat mais tu y crois.

J’en profite pour me faire de l’auto-publicité (rires): dans ma dernière interview avec Pan European, Arthur vous décrit comme ça :

« Avec Fantomes c’est, encore une fois, une histoire de rencontres. (…) Sa musique fait resurgir un sentiment oublié, de disques que l’on écoutait à une autre époque. »

Vous répondez quoi à ça ?

Mus : Je pense qu’il y a du vrai, on a écouté tout les deux le rock des années 90′. Dans ces années-là le rock était très présent. Cependant moi je ne ressens pas tellement le sentiment de scène oubliée, de musique que l’on entend plus aujourd’hui, c’est plutôt une musique qui est présente, mais on ne la voit pas trop.

En vrai le rock, il y en a qui disent qu’il est mort, mais pour moi c’est qu’il s’est précisé

Il fait pas parti des merdes que l’on te met – je vais loin quand je dis ça – dans le grand marché qu’est celui de la musique.

Le rock s’est précisé c’est ça ?

Mus : Oui c’est une mode, c’est comme la plupart des styles musicaux qui sont en tête aujourd’hui, ça tournera dans quelques années. En résumé c’est en partie dû aux groupes que l’on écoutait .

Paul : Moi je dirais aussi que ça a toujours été mes influences depuis que je suis gamin, c’est vrai que j’ai jamais trop changé, je me vois pas trop faire autre chose que ça comme délire.

Mus : Au même titre que la rencontre avec Elodie et Arthur de Pan European, avec Paul on s’est connus, on bossait ensemble à la Méca’ (ndlr : Mécanique ondulatoire).

Paul : Bar plutôt rock.

Mus : On était barmen, c’est cool on se marrait bien, mais au bout d’un moment vendredi des bières et taper les mêmes habitués et les gens bourrés tu en as vite ras-le-cul. Du coup on s’est retrouvés autour d’influences musicales et de groupes que l’on kiffait, liés par une envie de reprendre la musique car on avait tout les deux arrêtés.

  Mountain comment on la joue sur scène ? Avec mon collectif on imaginait une structure hélicoïdale, qui monte…

Paul : Tu sais que j’ai dû regarder sur Internet ce que ça signifiait.

Mus : Ouais moi aussi ! (rires)

Paul : Alors à deux c’est toujours vachement compliqué de faire ressortir ça…

Mus : En scénographie on n’a rien parce qu’on a pas les moyens (rires)

Paul : Quand on joue on kiffe le mood un peu sombre, genre nos gueules on s’en fout vraiment, vraiment, avec lumières de dernière, qui donnent un côté mystérieux et naïf.

C’est plus épuré, plutot intimiste…

Mus : Ouais exactement, c’est ça.

J’ai remarqué que vous faisiez la première partie d’Hanni el Kahtib, sur scène ça donnait quoi ? 

Mus : Déjà c’était mortel, c’était la première fois qu’on faisait une tournée.

Paul : On a fait quatre dates avec lui, dont une à la Cigale !

Mus : On était hyper contents de jouer, de jouer devant autant de monde, on était des enfants quoi !

Paul : Hanni il avait un énorme projecteur qui diffusait pleins d’images c’était vachement étudié. Et nous on enchaînait nos tracks. Il n’y avait pas vraiment de transitions ; ça faisait vachement plus instinctif. Ça rendait bien car ça donnait les prémisses du gros live américain vachement bien calibré…

Mus : C’est rock’n’roll. Il a une esthétique qu’il cache dans son truc à l’arrache, que l’on a pas encore.

Comment le processus de création se forme ? Vous êtes tous les deux ?

Mus : En vrai c’est souvent Paul qui arrive avec de la grosse matière et on l’a fait évoluer tous les deux. C’est un kiff de dire on joue et on voit ce qu’il se passe quoi. « Back in the Sun » on a commencé à la jouer en mode répète du dimanche, et puis à un moment on avait pas le temps de se capter, on bossait comme des chiens au bar, on était souvent ronchons et en gueule de bois, etc… On a arrêté de faire du son, puis à un moment on s’est dit que c’était débile, on s’est retrouvé et on s’est mis à jammer — je déteste ce mot, on a fait un bœuf (rires) et c’est arrivé naturellement et instinctivement. On trouve pas mal de trucs en jouant ensemble

Paul : C’est vrai que souvent j’arrive avec un riff, une ébauche du morceau, on le joue ensemble et après Mus à des trucs qu’il apporte que moi j’ai pas, à savoir les lignes de voix.

On se complète, c’est mon copain.

Au studio qui s’occupe des arrangements ? Du mastering ?

Mus : L’EP on l’a enregistré avec un pote à nous,  qui a un studio qui s’appelle Delta Studio à Parmentier. Il nous a filé un gros coup de mains sur les prises. C’est super chaud on est un jeune groupe, et trouver ton son ça met du temps, et c’est vrai qu’à deux c’est beaucoup plus compliqué que dans un groupe où tu es plus nombreux, t’as beaucoup plus d’avis. Du coup c’est cool d’avoir des points de vue objectifs qui t’aident un peu à trouver tes marques au fur et à mesure.

Le mix on l’a fait faire par un mec qui s’appelle Jonny Bell, qui a un studio en Californie, et qui joue notamment avec Hanni El Khatib, il est à la basse, et qui a produit aussi son dernier album. Avec lui on s’entendait bien, et pour nous c’est hyper important de bosser avec des gens avec qui on a un bon feeling.

Paul : C’est vrai qu’on privilégie beaucoup plus l’aspect humain que l’aspect… purement…

Technique ?

Paul : Ouais voilà, technique.

Mus : Et au-delà de ça tout ce qui est name-dropping, même si on a les thunes on ira jamais les placer dedans…
Enfin je te dis ça maintenant peut être que l’on changera après, mais en tout cas on ira toujours vers les gens avec lesquels on s’entend bien et dont on aime bien le taf.

Paul : Et pour revenir à la base de la question, les arrangements et tout ça, le studio où on enregistrait, là on a eu la chance que notre pote ait une quantité de matos, une palette de sons hors-norme, qui nous a permis de trouver nos propres sons, que l’on aurait pas pu faire seuls. On s’est entouré de beaucoup de gens que l’on aiment bien.

Notamment Pan European, comment vous le vivez ?

Mus : C’est hyper mortel, en vrai on était hyper touchés. Pour être honnête à la base on a pas fait un groupe pour signer sur un label, et pour avoir tout le circuit… On faisait ça naïvement… On a beaucoup été touchés, d’autant plus que signer un groupe de rock aujourd’hui c’est clairement pas pour faire des tunes quoi.

Paul : Moi je ne connaissais pas très bien Pan European, c’est plutôt Mus qui les connaissait, je les ai écoutés, et je me suis dit que ça n’avait rien à voir avec nous ! Et c’est ça qui était cool aussi de voir qu’il y avait un intérêt de la part de ces gens pour une musique qui n’est pas… Enfin si un peu avec Aqua Nebula

Il faut reconnaître que c’est psyché quand même ?

Mus : Oui un peu.. Pour être honnête moi j’aime pas du tout le psyché, c’est pas un truc qui me tient à cœur particulièrement. Le point commun que l’on a , c’est l’idée d’expérimenter de confectionner ta musique de manière un petit peu particulière. C’est spécial dans la démarche de faire la musique qu’ils font et dans la musique que l’on fait. Le point commun c’est que c’est chelou ce qu’on fait tous.

Mus, une seule question sur Bagarre : pourquoi proposes-tu un autre groupe que celui qui fonctionne déjà ? Aurais-tu envie de proposer un autre style musical, pour t’affranchir d’un genre ? 

Mus : Non pas du tout, c’est aussi bête et simple que le fait de juste vouloir faire de la musique. Dans Bagarre j’y suis rentré il y a 4 ans, et on se connaissait déjà avec Paul. Pour résumer c’est juste le fait d’avoir besoin de faire de la musique et d’extérioriser le sentiment d’avoir besoin de faire quelque chose. Au-delà du style Bagarre et Fantôme ça n’a rien à voir, mais je pense que c’est assez similaire dans ce besoin de faire des choses, de créer.

C’est deux histoires d’amour de potes distinctes mais aussi fortes l’une que l’autre.

Il se trouve que l’on fait du rock mais ça aurait pu être autre chose, de la techno, ouvrir un bar…

L’idée c’est de proposer quelque chose et de l’ordonner dans ce monde. J’ai envie de proposer un jeu de mots, ta démarche consiste à vivre plus que de survivre. Survivre comme réponse aux besoins vitaux, tandis que vivre en arrachant à la matière le besoin de création.

Mus : Exactement oui c’est un gros kiff, la vie est suffisamment chiante et relou pour ne pas essayer de trouver du kiff quelque part. Il se trouve que là c’est la musique et c’est avec mon pote Paul et c’est chanmé.

Paul toi tu viens d’où en formation ? Tu as eu des groupes ? 

Paul : (rires) Heureusement ! Sinon je vais te ressortir tous les groupes de garage… Avant j’ai commencé par faire de la musique avec des potes quand on était kids. On a fait des chansons de garage au lycée, et après en arrivant à Paris (ndlr : Paul vient de Limoges) ça m’a saoulé de retrouver des gens pour faire de la musique, et du coup j’ai fait de la musique dans mon coin, j’avais plus envie de faire des répètes pour faire des répètes et faire un concert dans le bar du coin. Et quand j’ai rencontré Mus, et vu que j’avais des morceaux qui traînaient, on a commencé à kiffer tous les deux en même temps.

Mus : On est les enfants dans le garage de Maman, sauf qu’on a pas de garage !

Hall SNCF, ou sous un pont dans ce cas !

Mus : (rires) Grave! Sous un pont avec une guitare à deux cordes et une boite en plastique pour taper dessus.

Pour conclure, le mot que vous utilisez le plus pour vous comprendre tout les deux à trois ? Pas le droit de vous regarder, ou d’échanger des signes!

 3… 2… 1…

FANTOMES : de OUF !

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