S’exporter sinon rien, un échange avec Léa Sen

Associant habilement les sons de sa guitare à sa voix, Léa Sen touche par sa douceur et son honnêteté sur scène. Elle revient le temps d’un concert sur Paris pour une prestation aux envolées sublimes, touchant autant à la folk qu’aux sonorités intenses de la musique électronique.

Depuis l’île britannique et en particulier Londres, la compositrice française Léa Sen touche le cœur de cette scène art pop française qui a souvent besoin de s’exporter pour être enfin comprise et acceptée. Avec un premier EP délicat sorti cette année et des collaborations bien choisies, la chanteuse/compositrice pousse progressivement sa musique dans une scène qui la comprend entièrement. Nous avons pu échanger délicatement avec elle avant son concert au Café de la Danse dans les backstages du Pitchfork Festival Paris.

Manifesto XXI – Peux-tu te présenter pour celle·ux qui ne te connaîtraient pas ?

Léa Sen : Je m’appelle Léa Sen. J’ai 23 ans. Je viens de Cergy dans le 95. Mais je vis à Londres, en Angleterre, depuis maintenant trois ans. J’ai déménagé juste avant la quarantaine. C’était un peu un moment bizarre pour bouger à Londres ! Je fais de la musique, je chante, je produis, j’écris. Et aujourd’hui, je rentre à Paris pour faire mon deuxième concert dans la capitale. La première fois je faisais la première partie de Nilüfer Yanya, c’était en mars au Trabendo. 

Qu’est-ce qui t’a poussée à aller en Angleterre et à Londres ? T’y plais-tu ?

Parfois Paris c’est un peu fermé artistiquement. C’est un peu difficile d’y faire de la musique déjà : je chante en anglais, je ne me sentais pas forcément représentée ici, ou pas complètement comprise. Je voulais aller dans un pays où tout le monde va dans des sens complètement différents, où tout le monde chante, dans une grande variété de langues. Avec plein de styles un peu bizarres, une place pour ces styles-là avec un budget dédié, etc. À Londres il y a vraiment des gens qui sont investis. Quand je suis arrivée, dès la première semaine, je me directement retrouvée avec des personnes qui comprennent vraiment ce que je fais artistiquement.

© Alex Waespi


Ta performance ce soir reprend-elle ce que tu as fait en tournée en mars avec Nilüfer Yanya ou tu y incorpores de nouveaux éléments ?

Cette année je me suis surtout penchée sur mon premier EP sorti en mai et les nouveaux morceaux de mon deuxième, qui arrivent bientôt. Du coup le live ne sera pas vraiment différent, mais les morceaux oui. Quand le confinement se terminait, tout le monde était en « précipitation » pour faire des scènes, Il fallait absolument accepter toutes les dates. C’était beaucoup de pression, je me suis dit alors que j’allais aller dans l’autre sens, afin d’être vraiment à l’aise sur scène. Pouvoir juste improviser, chanter mes morceaux de la façon dont j’ai envie. Et puis aussi à cause de cette période, il y a moins de budget pour les lives. Donc je suis toujours toute seule pour l’instant.

J’allais te le demander, tu n’as pas encore toute une team de musicien·nes qui te suivent ?

J’adorerais, mais non pas encore ! J’aimerais trop, je discute pour ça avec plein de musicien·nes. J’ai fait des sessions de répétitions, mais c’est vraiment une question de budget. C’est aussi une question de temps, pour construire réellement un beau show, tu vois ? J’ai vraiment pas du tout envie de transmettre quelque chose de bâclé. Je sais qu’il faut tester, tenter, faire des erreurs et accepter que ça ne soit pas forcément parfait au début. Mais j’essaye de mettre ça en place pour l’année prochaine et de construire quelque chose de vrai. 

Toujours guitare et voix sur scène, tu ne joues pas d’autres instruments sur ce live ?

Oui ! Alors j’ai aussi mon SP404, un sampler, avec lequel je lance des petits morceaux des prods que j’ai faites. Par exemple, j’ai un nouveau morceau qui s’appelle « No », avec un drone en fond sonore que j’ai enregistré avec ma Microcosm, une pédale d’effet qui a plein de delay [des échos, ndlr], des petits trucs un peu modulaires, elle est trop bien et très bizarre, j’aime beaucoup, ça part dans tous les sens. 

Est-ce que tu vas beaucoup utiliser cette pédale ce soir ?

Je l’ai utilisée en live avec Nilüfer Yanya, et cette année dans plusieurs festivals. Mais là je vais moins l’utiliser, j’ai envie de pouvoir me concentrer un peu plus sur ma prestation acoustique. Sinon, je passe un peu trop de temps sur la pédale comme une scientifique. Mais c’est pour ça que la prochaine étape, ce serait d’avoir quelqu’un qui m’aide avec. 

Tu as déjà joué au Pitchfork Festival à Londres la semaine dernière, comment s’est passée ta performance ?

Ça s’est super bien passé ! J’ai joué au Roundhouse, j’étais allée voir la chanteuse anaiis là-bas, quand j’ai déménagé à Londres.

Tu es entourée d’excellent·es artistes de la scène art pop ce soir, y a-t-il un·e artiste avec qui tu souhaiterais t’associer ?

À Pitchfork Paris oui, Astrønne. C’est une inspiration depuis des années. Quand je l’ai découverte – j’avais peut-être 18 ans – sur Instagram, on s’est vite connectées. On a commencé à s’envoyer des messages et à discuter de musique. Elle chante en français et en anglais, mais la plupart de ses morceaux sont en anglais, ils ne sont pas encore sortis. On a fini par se dire qu’il fallait qu’on se voie. Alors j’ai pris un bus pour aller la voir à Rennes et on a fait des morceaux, des covers qu’on a mises sur Youtube ! On les a sorties quand on avait 18 ans en scred, personne ne savait. Le fait qu’on soit sur la même scène l’une après l’autre, c’est génial, ça m’inspire de ouf. Beaucoup de gens ne savent pas du tout qu’on se connaît.

© Alex Waespi


Je t’ai découverte via la playlist de Vegyn, qui a récemment réalisé un remix d’une de tes tracks, comptes-tu pousser les remixes plus loin ?

Totalement ! Avec les remixes, je veux vraiment prendre mon temps pour que ça ait du sens, pas juste musicalement mais aussi humainement entre artistes. Mais oui, Vegyn je n’oublierai jamais : je ne sais pas pourquoi, un jour je me réveille à 4 heures du matin, je regarde mon téléphone et je vois un message de Vegyn. J’avais 20 ans et je n’avais pas de label, pas de manager, rien du tout. À cette époque, personne ne savait que j’avais fait des tracks avec Joy Orbison, ce n’était pas encore sorti. Il m’a juste envoyé un message sur Instagram. Je lui ai demandé comment il m’avait trouvée, il m’a répondu qu’il cherchait de nouveaux·lles artistes, de nouveaux sons. Mais c’est vraiment fou. Il a fait le remix quelques mois après. 

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Comment se passe ta nouvelle signature avec Partisan Records, sachant que tu étais en indépendant avant ça ?

J’ai signé avec elleux l’année dernière en octobre, je vais peut-être re-signer avec elleux sur le long terme parce que c’était juste pour un EP. Je les adore, iels sont trop cool. Avant je faisais tout, toute seule. Du coup c’est ma première team, iels sont basé·es à New York, mais certain·es sont à Londres.

Qu’est-ce qu’on peut attendre de toi dans les prochains mois ?

Alors, j’ai fini mon deuxième EP. Le premier est sorti en mai, You of Now, Pt. 1. J’ai vraiment pris mon temps. La deuxième partie, faut qu’elle ait du sens pour moi. Je l’ai finie en septembre, j’avais commencé à composer sur la tournée avec Nilüfer Yanya. Il y a beaucoup de morceaux que j’ai enregistrés dans des pays différents. J’en faisais même dans le van de la tournée !

Testais-tu les morceaux que tu créais en chemin sur scène ?

Oui ! À tous les concerts, il y a un morceau qui s’appelle « Again » qui sera sur le deuxième EP, c’était un processus trop cool et nouveau pour moi, j’étais vraiment en train de le produire et de l’écrire en même temps, tout en étant dans le van ou à l’hôtel. Du coup je donnais une version différente tous les soirs. Ça me permettait de poser ma guitare sur le côté et de danser.


En attendant ses prochaines sorties, le premier EP de Léa Sen You Of Now Pt. 1 est disponible sur toutes les plateformes.

Relecture et édition : Pier-Paolo Gault

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