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Opale. Une nouvelle définition de la Nostalgie

Avec la sortie de leur dernier EP Eternelle Nostalgie, Rocío et Sophia continuent d’imaginer de nouvelles nuances pour leur duo Opale.

Grâce à un savant mélange de nappes et de synthétiseurs, elles nous font découvrir une nouvelle facette de la musique électronique. Rencontre avec les deux artistes qui ont crée leur label dans la foulée de ce dernier EP : Contemplative Recordings est né avec comme devise music for various moments and emotions. Elles ont annoncé un premier album pour 2019, rencontre.

Avant la sortie d’Eternelle Nostalgie en décembre dernier, le dernier projet studio d’Opale remonte à 2015. Vous aviez besoin d’une pause après la tournée outre-Atlantique de L’Incandescent ou juste plus de temps pour composer cet EP?

Sophia : Il y a deux raisons à cette pause. Tout d’abord, nous avions besoin de temps pour le composer. Et puis, nous étions en train de finir nos études avec Rocío durant cette période. Je sais que pour ma part, faire de la musique et étudier en même temps, c’est impossible. Je bâclais totalement mes cours et pour Rocío, la musique prenait le dessus. Donc on s’est dit que nous allions d’abord finir nos études, puis enfin faire de la musique. Cet EP a donc pris plus de temps. Et il y a des morceaux sur Eternelle Nostalgie qui ont été faits il y a trois, voire quatre ans. On se retrouvait pendant deux semaines à composer non-stop. Puis à la fin, nous avons pioché dans ce bouquet de démos pour définir l’identité de l’EP.

Il y avait une identité visuelle à recréer. Les personnages en 3D étaient la définition de nous-mêmes à ce moment là.

Eternelle Nostalgie est donc un « patchwork » de ces dernières années plutôt qu’un concept bien défini?

S : La ligne directrice de l’EP a été définie à partir du moment où nous avons décidé de faire le clip d’ « Eternelle Nostalgie ». Avant cela, l’idée était en effet de piocher dans nos morceaux, mais d’y instaurer tout de même une cohérence sur l’ensemble. Nous n’avons pas pris tous les morceaux car il y en avait des supers, mais qui ne se ressemblaient pas entre eux. Et au delà d’une cohérence musicale, lorsque nous avons décidé de faire le clip avec Valentin Gillet, il y avait une identité visuelle à recréer, chose que nous avions peu travaillé auparavant.

Dans le clip d’ « Eternelle Nostalgie », nous vous retrouvons toutes les deux en 3D. Ces deux personnages sont également présents sur la cover de l’EP. Est-ce que ces personnages sont la nouvelle identité d’Opale?

Rocío : A l’époque, j’étais dans une école de graphisme, et c’est là-bas que j’ai rencontré Valentin qui apprenait toutes les techniques de la 3D. On a toujours eu envie de collaborer ensemble. Quand on a commencé à faire l’EP, je lui ai proposé de faire un clip d’un des morceaux. Il a accepté avec plaisir, puis nous sommes partis alors sur la création d’un véritable univers autour du projet. Et donc comme le disait Sophia, sur une nouvelle identité d’Opale également. Comme nous étions peu présentes sur la scène à ce période, l’idée était de nous représenter de façon digitale. Les personnages en 3D étaient la définition de nous-mêmes à ce moment.

Avec ces deux personnages en 3D, est-ce que vous nous présentez une version 2.0 d’Opale en vous cachant, à la Daft Punk?

R : Je pense que nous avons eu l’idée en effet. Mais il s’agit plus d’une phase. Nous allons avoir envie de retourner à quelque chose de plus matériel et de moins digital. Et puis, ce clip a pris deux ans à être fait. Donc si nous devons à chaque fois réintégrer ces personnages dans tous nos clips ou sur scène, ça risque de prendre beaucoup de temps…

S : Mais pourquoi pas réintégrer ces personnages dans un nouveau clip en revanche.

Pour accompagner ce clip ultra lumineux, vous avez choisi de l’accompagner d’une musique mélancolique. Pourquoi ce choix alors que la plupart des artistes auraient choisi un clip plus « froid »?

R : Ça a toujours été le cas. Oui la mélancolie a toujours été présente dans notre musique. Mais on se considère quand même comme des personnes vraiment positives. Tout comme la métaphore de la lumière dans ce clip qui est importante pour nous. On aime beaucoup la nature aussi. Faire de la musique à la campagne, on adore ça. D’où son importance dans le clip également.

S : Je ne le trouve pas joyeux ce clip en revanche. Nos visages sont assez froids tout de même. Pour revenir sur la mélancolie, oui, nous faisons de la musique mélancolique.

Mais ce que l’on veut créer, c’est une mélancolie « heureuse ». Une nostalgie.

On voit que vous êtes plutôt attachées au décor de la prairie qui est présent sur la cover de vos deux EPs.

S : C’est un bon point. Mais c’est un hasard total.

R : Nous avons laissé à Valentin (qui a dessiné les deux covers) carte blanche pour créer un monde naturel, utopiste. Du coup, le fait de voir une prairie sur les deux covers n’est pas un pur hasard non plus.

Crédits Photo : Suffo Moncloa

Après cet EP, vous annoncez la sortie d’un nouvel album pour 2019. Entre la sortie de ce futur album et de ce dernier EP, vous avez sortis deux morceaux en Digital entre temps : « Hédoniste » et « Sleepless ». Ces morceaux sortent de l’univers de vos précédents EPs, pour quelque chose de plus électro. On retrouvera également ce style dans l’album?

S : En fait ces morceaux sont sortis bien avant sur un autre label (rires).  Quand on a sorti ces deux morceaux qui n’étaient pas ensemble à la base sur plusieurs compilations différentes, le label ne les avaient pas sortis sur « Spotify ». Une fois qu’on a commencé à s’auto-produire, on s’est dit que ça serait bien tout de même de les sortir en digital, car on les aime ces morceaux, et ils ne sont disponibles nulle part. Pour le futur album, je pense qu’on y retrouvera les deux styles.

R : Entre la sortie de ces deux morceaux et d’Eternelle Nostalgie, nous avons élargi notre palette. Je pense que nous nous situons pile entre les deux aujourd’hui.

La voix est purement un instrument comme un autre. Lorsqu’elle intervient, la structure du morceau est déjà établie.

Sur certains de vos morceaux, on peut vous entendre chanter, alors qu’ils ont une structure de morceaux purement instrumentaux. A quel moment vous demandez-vous si la composition nécessite des voix?

S : Dans la composition, nous mélangeons toujours l’analogique et le digital. On commence généralement par le digital pour le squelette des morceaux, puis on orne les morceaux avec des synthétiseurs analogiques, des basses et même des guitares parfois. En ce qui concerne nos voix que l’on peut entendre sur certains de nos morceaux, elles arrivent toujours à la fin du processus de création. Nous ne sommes pas dans la logique de construction traditionnelle d’un morceau avec couplets/refrain. Pour nous ce n’est pas naturel.

R : La voix est purement un instrument comme un autre. Lorsqu’elle intervient, la structure du morceau est déjà établie.

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Vous avez monté votre propre label Contemplative Records avec Barbara qui est également présente avec nous. En plus de l’Opale dans son catalogue, quelle est la ligne éditoriale de ce tout jeune label ?

S : Barbara en parlera sûrement mieux que nous (rires).

Barbara : Je pense qu’il n’y a pas réellement de ligne éditoriale pour le moment. Nous allons d’abord sortir des compilations plutôt que de nouveaux artistes en plus d’Opale dans un premier temps. On se concentre déjà pas mal sur le projet d’Opale, jusqu’à la sortie de leur premier album.

S : Le choix des artistes s’accompagnera de coups de cœur. Sur des découvertes en petits festivals ou en diggant sur Bandcamp. On ne veut pas être dans la logique de se dire que l’on va produire tous nos amis, ni de construire une sorte de famille comme le font d’autres labels. On est sur quelque chose de très ouvert.

B : Très ouvert et très collaboratif. Ce qui est intéressant en plus, c’est que nous n’avons pas toutes les mêmes goûts musicaux, mais on arrive à se mettre d’accord sur certains points toutes les trois. Je pense que les futurs artistes de Contemplative Records viendront de ce choix-là.

Crédits Photos : Suffo Moncloa

En parlant de vos goûts musicaux, quels sont vos derniers coups de coeur?

R : Yves Tumor. C’est l’artiste qui m’a vraiment marquée récemment. Par son éclectisme, sans gêne, sans étiquettes. Ça m’a réellement touchée.

S : Je rejoint tout ce qu’a dit Rocío. Le dernier album de Pye Corner Audio est génial également. C’est magnifique, et on adore depuis toujours. Des synthétiseurs analogiques un peu crades mais avec des textures sublimes. On y retrouve également cette fameuse « mélancolie heureuse ».

B : J’écoute beaucoup Boy Harsher en ce moment. Ils viennent de sortir leur nouvel album qui est très bien également.

Retrouvez en écoute le dernier EP d’Opale Eternelle Nostalgie en digital (Contemplative Records).

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