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Foutone. L’avenir radieux du bijou fantaisie

Foutone. L’avenir radieux du bijou fantaisie

Unisexe et moderne, la marque Foutone incarne l’engouement actuel pour l’objet-bijou. Considéré comme trop complexe à mettre en œuvre, le savoir-faire joaillier a longtemps été délaissé par les jeunes artistes et designers. Ce temps paraît enfin révolu grâce aux nouvelles technologies qui semblent bel et bien pouvoir redonner à cette discipline ses lettres de noblesse…

Anne-Fleur Vicarini est une touche-à-tout. Artiste-peintre à ses heures perdues, elle décide en décembre 2019 de monter sa marque, Foutone, qu’elle qualifie de « bijoux de haute fantaisie ». Autodidacte, elle apprend à manier la matière, à jouer avec les rendus, et signe deux collections colorées et punk où se mêlent corps et bijoux. Totalement unisexe, Foutone marque par son originalité esthétique mais aussi par son accessibilité. En effet, ce type de pièces sculpturales est longtemps resté hors de portée financière et réservé à une certaine élite. Anne-Fleur s’approprie les nouvelles technologies 3D pour proposer un objet de créateur·ice à un prix abordable… Nous avons discuté avec la jeune femme de son travail, de l’apparition des marques de bijoux à la croisée entre mode et art, et du changement de fond de l’industrie induit par les nouvelles techniques.

© Charlotte Haulot

Manifesto XXI – Comment as-tu commencé à faire du bijou ?

Anne-Fleur Vicarini : J’ai commencé à travailler dans les ateliers de chez Chloé où je m’occupais, à l’époque, des dossiers techniques. Mais j’ai rapidement compris que je voulais être indépendante sur le plan créatif, c’est pourquoi j’ai décidé de monter mon entreprise. Le bijou est venu comme une évidence : j’en avais déjà fait au moment de ma collection de fin d’études, c’est une discipline à la fois praticable seule et permettant d’expérimenter de nombreuses matières. C’est aussi le bon compromis pour faire quelque chose de très créatif à un prix accessible. Ce qui facilite le lancement d’une entreprise autodidacte.

Quels matériaux travailles-tu et pourquoi ?

Pour la première collection, j’ai fait le choix de lancer quelque chose d’un peu « commercial », pour remplir le site et « tester » ma clientèle.  L’idée était de développer une esthétique « classico-punk » avec de l’acier inoxydable et de l’argent pour les bagues. L’argent amène la durabilité. Pour les colliers j’ai décidé de rester sur de l’acier, parce que je veux proposer un produit de qualité, une pièce de créateur·ice, mais toujours à prix accessible. Ma volonté est de créer des pièces que l’on on puisse s’offrir, qui normalement coûteraient beaucoup plus cher. Alors je fais des concessions et j’essaie de trouver des solutions pour allier esthétique, qualité et accessibilité-prix. Depuis, avec la deuxième collection, je m’amuse un peu plus, je travaille le métal, la résine, avec des pièces plus colorées et plus sculpturales. Une fois que la forme me plaît, il y a plusieurs étapes de pigments, puis de résine pour augmenter la durabilité du produit.

© Charlotte Haulot

Tu as tout appris sur le tas ? En bidouillant ?

Oui ! Au départ, j’avais de l’aide d’un ami qui fait de la 3D. Puis j’ai voulu apprendre à mouler les pièces en polymère moi-même en leur ajoutant un petit côté punk pour innover. J’aime ne pas prendre le dessus sur la matière mais plutôt la laisser travailler, et m’adapter à ce qu’elle fait naturellement. C’est un peu l’idée que j’avais en lançant Foutone : celle de développer chaque collection autour d’une nouvelle matière, et d’apprendre à chaque fois à la manier. Il ne s’agit pas de devenir experte mais de tester et d’apprendre de chaque matériau.

Lancer sa marque pendant le confinement… bon choix ou galère ?

Galère ! Le photoshoot a été repoussé de presque deux mois, du coup je n’avais aucun contenu disponible. J’ai dû me débrouiller pour prendre toutes les photos de chez moi avec mon téléphone… Je n’ai pas pu faire d’évènement de lancement. C’était un peu frustrant. Aussi quand on lance sa marque seul·e, et isolé·e, on a tendance à faire toutes les erreurs de débutant·e.

C’est important pour moi en tant qu’artiste et entrepreneuse de faire un petit geste pour améliorer le monde, car si chacun·e donnait ne serait-ce que 10%, les associations auraient beaucoup plus de soutien.

Anne-Fleur Vicarini
© Charlotte Haulot

Qu’est-ce qui t’a poussée à faire don d’une partie de tes bénéfices à l’association Rainbow Solidarité ?

Au départ, j’avais fait des imprimés aux motifs animaliers sur soie. Je voulais donc reverser une partie des fonds à une association qui lutte contre la disparition des espèces. Mais avec mes nouveaux bijoux, j’ai rapidement pensé à la défense du monde LGBT qui avait du sens avec mon esthétique ainsi qu’avec les personnes qui représentent Foutone. C’est important pour moi en tant qu’artiste et entrepreneuse de faire un petit geste pour améliorer le monde, car si chacun·e donnait ne serait-ce que 10%, les associations auraient beaucoup plus de soutien. J’aime aussi l’idée qu’en achetant Foutone, on fasse un geste indirect.

Rainbow Solidarité aide à la prévention contre le sida dans les pays en voie de développement, surtout en Afrique et en Asie. Je pense que chaque saison, je changerai d’association.

On note récemment l’apparition de plus en plus de marques de bijoux indépendantes, à quoi cela est-il dû selon toi ?

Devenir créateur·ice de bijoux est de plus en plus accessible, notamment grâce à l’avancée des impressions 3D. On le voit d’ailleurs sur TikTok. On peut facilement apprendre à imprimer sur acier inoxydable ou argent. Il devient plus simple de faire des pièces de qualité au rendu professionnel sans avoir forcément un atelier chez soi. Il faut avoir de l’inspiration certes, avec des vues dessinées, mais le passage entre l’idée et l’objet est plus simple qu’à une époque.

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© Amina Dalos

Je pense aussi que monter une marque de vêtements devient, à l’inverse, complexe. D’abord car c’est un métier très saturé, mais surtout parce qu’il est presque impossible de monter une marque seul·e. Il y a trop de travail et de savoir-faire différents. La question de l’écologie complique encore plus les choses. Aujourd’hui, impossible de ne pas monter une marque « sustainable », il faut se poser beaucoup de questions de stratégie et de logistique que l’on ne se posait tout simplement pas avant.

En tant que jeune créateur·ice, il faut produire des vêtements avec des textiles recyclés ou faire des démarches pour aller chiner et faire de l’upcycling, mais cela veut dire accepter de ne pas pouvoir faire beaucoup de modèles ou de tailles… Bref, la mode devient plus compliquée. Alors que les nouvelles technologies facilitent l’accès aux bijoux et aux accessoires. Le bijou a aussi l’avantage d’être une pièce que l’on transmet de génération en génération… avec donc une forte valeur symbolique. C’est peut-être maintenant son heure de gloire !


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Image à la Une : © Amina Dalos

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