Lecture en cours
Baltimore beats, scènes noise, pionnières de l’électro : 5 films à voir au FAME 2021

Baltimore beats, scènes noise, pionnières de l’électro : 5 films à voir au FAME 2021

FAME, le Festival international de films sur la musique organisé par la Gaîté Lyrique est de retour du 18 au 25 février ! Contrainte sanitaire oblige, cette édition se déroulera cette année en ligne grâce à la plateforme mk2 Curiosity. Sur les 15 films inédits de la très riche programmation de cette 7ème édition, voici les 5 œuvres qui ont fait vibrer la rédaction de Manifesto XXI.

Regarder des documentaires sur la musique et les scènes culturelles peut sembler un peu contre-intuitif, voire carrément masochiste, en cet hiver morose et semi-confiné. Pourtant, les films sélectionnés pour la 7ème édition du FAME nous rappellent aussi une chose essentielle : qu’importent les crises, les flux et les reflux des mouvements, la musique trouve toujours un moyen de nous rassembler.

Sisters with Transistors

Lisa Rovner (Grande-Bretagne, 2020, 84 min)

Mettre en lumière les femmes pionnières de la musique électroacoustique et électronique : c’est tout l’enjeu de Sisters with Transistors, documentaire de la réalisatrice Lisa Rovner. Ici les images d’archives côtoient les vibrations sonores et les bribes d’entretiens dans un montage soigné qui suit un mouvement chronologique assumé. On y entend sans cesse la voix de l’artiste expérimentale et figure nécessaire Laurie Anderson, narratrice toute trouvée pour ce sujet. Le film nous montre sans mal les tours et détours de ces femmes singulières pour découvrir, expérimenter, créer, innover et produire ce fascinant son du futur. Le film revient sur les parcours méconnus de Suzanne Ciani, Clara Rockmore, Delia Derbyshire, Eliane Radigue ou encore Daphne Oram et sur l’environnement qui a entouré leur ouvrage : l’emprise des hommes, le désamour pour cette musique (alors considérée comme du simple « bruit »), mais aussi les évolutions sociétales comme l’essor du cinéma de science-fiction qui a grandement participé à la légitimation de ces sonorités.
C.F.

Dark City – Beneath the Beat

Tedra Wilson (Etats-Unis, 2020, 65 min)

Derrière la porte des clubs de Baltimore, il y a la rue de Baltimore, les habitant·es de cette ville traversée par la violence, le racisme structurel et la pauvreté. Derrière la porte des clubs de Baltimore, il y a des individus, des artistes, qui, comme sur un plateau des conjurations, résistent, créent, transforment, soignent et réparent. Derrière la porte des clubs de Baltimore se tissent des communautés, s’inventent et se transmettent des sons, des danses et des histoires saccadées par la puissance des beats. Tedra Wilson (aka TT The Artist) produit un film témoin, avec la direction musicale de Mighty Mike, qui pourrait presque être résumé par cette phrase que l’on attrape à l’ouverture : « You look alive when you catch the beat. » Qu’est-ce qu’être en vie et qu’est-ce que témoigner du vivant ? Chaque prise de parole intervient comme témoignage d’un talent, d’une histoire, d’une colère.

Ici la rage se danse et les injustices se dénoncent dans une parole qui s’accorde à la musique et aux mouvements. Les rues de Baltimore et ses clubs s’inspirent mutuellement pour former autant de brèches d’émancipation, des tableaux saisissants de couleurs lumineuses et saturées. On assiste à la puissance d’une reconstruction du sentiment d’appartenance, des processus de réappropriation et de transformation du réel. Ce film prend racine dans une parole justement située à l’endroit des témoins, en créant un espace de soin et de résistance. Il vient poser la question de ce qui traverse ces corps et de ce qui est transformé, tout en faisant honneur à l’archéologie d’une musique, à l’histoire des mouvements. Ode à la musique, à la danse, aux auteur·ices de ces œuvres, aux créateur·ices et porteur·ses de cette culture et à des histoires qui se rencontrent, ouvrant en filigrane plusieurs espaces de transmission.
T.C. 

FAME_2021_darkcity

Don’t Go Gentle 

Mark Archer (Grande-Bretagne, 2020, 75 min)

Derrière la folie furieuse de la musique d’Idles, se cachent quatre mecs à la gentillesse et à la sensibilité surprenantes. Dans le cadre pop et coloré de Bristol, Don’t Go Gentle trace le portrait de ces punks qui braillent des messages d’espoirs, loin de la vie de déglingue du « sexe, drogues et rock’n roll ». Cœur ouvert sur le deuil, les addictions, et la vie de tournée, les musiciens vivent un rock sain dans un corps sain. La caméra de Mark Archer déambule dans de petites salles transpirantes, des locaux de répétitions bordéliques ou de grands festivals américains, suivant le succès croissant de ce petit groupe devenu grand. Parallèlement, elle nous emmène à la rencontre du AF Gang, la fanbase la plus assidue et organisée qui soit. Chronologiquement, album après album, étape après étape, la rencontre avec Idles nous laisse ému·es et foutrement nostalgiques des salles secouées de riffs déchaînés.
L.S.

À qui veut bien l’entendre

Jérôme Florenville (France, 90 min)

La scène noise résiste. En dehors d’une industrie, en dehors du confort, refusant tout compromis ou enfermement. Dans À qui veut bien l’entendre, le réalisateur Jérôme Florenville réunit des artistes européens ou sud-américains, travaillant avec leur voix, leurs corps, avec des boîtes à rythmes, des pièces détachées, des guitares, des vis, des fils de fer ou juste un sac poubelle. Le documentaire alterne performances live à la violence méditative et table-ronde sur ce qu’est la musique bruitiste, la place des femmes dans les musiques extrêmes ou l’importance de l’imprévu, de l’aléatoire. La démarche pédagogique du réalisateur ne se fait jamais au détriment des moments de live, tous en plans-séquences, qui constituent la majeure partie du film. Evil Moisture, Mariachi, Deeat Palace, • • • alias Nikola H. Mounoud ont toutes et tous des parcours différents, mais ont en commun un désir organique de détourner, brûler, agresser, lacérer et repenser un rapport à la musique devenu passif et obéissant. Les performances bouleversent d’intensité.

Les artistes sont habité·es, leur musique est pulsionnelle, vitale, et offre un langage physique subversif.  Le son pénètre les os, sitôt émise la musique devient autonome, faisant fi de tout ce qui peut être considéré comme établi. Le déchaînement de fureur sourde protège du monde extérieur, les pensées parasites sont détruites, ne restent que des ondes découpant des corps indifférenciés et indifférenciables. Joachim Montessuis, artiste pluridisciplinaire, poète et musicien, emploie dans le film un célèbre slogan soixante-huitard « tout est politique ». Et rien ne l’est plus que la musique bruitiste.
L-P.G.

Voir Aussi
MEANS/END, l’ascension depuis l’abîme par Metawave

FAME_2021_noise

Thunderdome Never Dies

Ted Alkemade (Pays-Bas, 85 min)

En 1990 aux Pays-Bas, deux jeunes mecs se passionnent pour les musiques extrêmes et les raves. Après avoir organisé quelques nouvel ans très réussis, ils en veulent plus. Avec des numéros de téléphone, des flyers, du street-marketing et quelques potes, ils réussissent à remplir une première fois une halle du Parc des Expos de Jaarbeurs à Utrecht : l’épique aventure Thunderdome peut alors commencer. Ted Alkemade raconte l’histoire d’un mouvement hardstyle d’une popularité folle, et qui se danse en survet’. Toutes les facettes de la fête sont documentées, de l’expression graphique aux questions de productions, en passant par le label, l’euphorie… et les redescentes. Les organisateurs et DJ fondateurs de la soirée hardcore et (happy) gabber de référence évoquent aussi bien les coulisses de leurs nombreuses réussites, que leurs échecs et les moments de profonde remise en question. En 2012, après trente ans de teufs folles, l’organisation annonce tirer sa référence… avant de revenir en 2017 et de réaliser son plus gros événement (40 000 personnes) en 2019. Furieusement vivant, Thunderdome Never Dies brosse le portrait d’une bande de jeunes teuffeurs devenus entrepreneurs culturels. Il raconte aussi le caractère vital des liens qui se nouent dans la sous-culture qu’ils ont créée, leur capacité à unir et devenir une référence intergénérationnelle, éternelle.
A.B.

FAME_2021_thunderdrome

FAME, en ligne sur mk2 Curiosity du 18 au 25 février 2021 : toute la programmation à retrouver sur le site de la Gaîté Lyrique

Image à la Une : © Dark City – Beneath the Beat

Sélection et rédaction : Apolline Bazin, Caroline Fauvel, Léa Simonnet, Louis-Pierre Grolier, Théo Cazedebat

Voir les commentaires (0)

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

© 2019 Manifesto XXI. Tous droits réservés.

Défiler vers le haut