Canine sort les crocs pour son premier album Dune

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Une voix androgyne, des productions « woodkidiennes », une esthétique post-apocalyptique dans ses clips/courts-métrages, un emblème mystérieux… Nous sommes allés à la rencontre de Magali, l’artiste qui se révèle derrière le projet Canine.

Il y a presque un an, le clip « Twin Shadows » émergeait dans les limbes de Youtube, mettant en scène une meute de jeunes femmes à vif… Au fil des clips, une silhouette émerge d’abord masquée. Aujourd’hui, Magali, l’artiste au masque de plumes s’apprête à dévoiler son premier album. Un projet fort, sombre et apaisant, tout comme l’est le film de David Lynch du même nom: la musique a trouvé son Dune de ce début d’année.

Manifesto XXI – Après plusieurs apparitions où tu étais masquée, tu as décidé de lever le voile sur ton visage pour la sortie de ce nouveau projet. Pourquoi ce changement?

Canine : Effectivement, à la base j’étais masquée car j’avais envie de présenter un projet porté par des valeurs plutôt que de montrer ma petite tête avec encore un énième projet de pop. Porter un masque m’a permis d’éviter de me représenter, et de mettre la musique plus en avant. Puis au bout d’un certain moment, je me suis sentie un peu enfermée. J’ai sentie que si je ne continuais qu’avec ce masque, j’allais me sentir encore plus enfermée.

Canine, c’est donc une chanteuse, mais qui est portée également par un collectif (des musiciens, un choeur…) sur scène. Le collectif a-t-il été également essentiel lors de l’enregistrement de l’album en studio?

Canine est avant tout un projet solo dans sa construction. J’ai travaillé principalement seule pendant des années, notamment sur la composition des morceaux au piano et à la voix. J’y ai incorporé ensuite des machines, des boites à rythme… Mais j’ai senti au bout d’un certain temps que j’avais besoin d’arrangements plus « intemporels » et acoustiques. C’est ainsi que Benjamin Lebeau (moitié de The Shoes) a co-produit l’album avec moi. Lors de cette phase, où nous avons vraiment travaillé en binôme dans un studio qu’il avait monté dans une usine désaffectée, un travail de composition « collectif » est né.

C’est important de ne plus travailler toute seule à un niveau d’avancement de projet musical, sinon tu deviens folle.

Nous avons également travaillé avec un arrangeur en Hollande qui s’occupait des enregistrements des cordes dans une église. Donc je dirais que toute cette partie a été faite à six mains, qui ne sont pas celles de la « meute » présente sur scène.

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Dune, photo: Goledzinowski

Les instrumentations de l’album ont des univers très variés : la musique électro-pop à la The Shoes avec “Dune”, la musique classique sur la première partie de « Temps », ou encore la pop avec « Twin Shadows ». C’était une volonté de ta part de mêler tous ces univers?

C’est tout ce que j’écoute. Quand je fais de la musique, je ne mets pas en tête de faire de la musique « cérébrale », mais plutôt quelque chose de très spontané, très instinctif, sans réfléchir. Et une fois que c’est sorti, c’est à ce moment-là où je me dis qu’en effet, ça ressemble à telle ou telle chose que je connais déjà. Après, je me suis rendue compte que ce que j’aimais dans l’Art (voir même dans la vie en générale), ce sont les contrastes. C’est pourquoi, dans la production de l’album, j’ai voulu amener quelque chose de très élégant avec des cordes, et quelque chose de plus « brut » avec tous les arrangements faits avec Benjamin. La composition est vraiment importante pour moi: avant de chanter, j’ai commencé par le piano classique, puis la musique électronique.

Je me sens plus proche de la musique Jazz dans le chant que le R&B.

La vraie question que je me suis alors posée lors de cette construction était : comment lier le tout? Et pour moi c’est la voix, qui est au coeur de toutes les compostions de l’album, comme un véritable fil conducteur. Pour prendre un parallèle : c’est comme une femme qui est parfois habillée en jupe ou en pantalon. Même si la silhouette est différente, on parle de la même femme.

Dans le morceau d’introduction de l’album « Laughing », tu nous dévoiles une voix grave et très Soul Music à la Nina Simone. La Soul et l’univers du Jazz t’ont-ils influencée sur l’interprétation des morceaux de Dune?

J’ai beaucoup travaillé le chant en faisant du Jazz. Donc mes techniques sont très proches de ce genre musical. Ce qui m’intéresse également dans la voix, c’est son côté très direct, sans effets, et c’est pourquoi je me sens plus proche de la musique Jazz dans le chant que le R&B. Ensuite, quand j’ai travaillé sur la voix de Canine, je n’ai pas réfléchi à comment je dois chanter. Le seul objectif était de représenter une voix qui n’a ni âge, ni sexe, et telle une énergie qui nous conduit vers une émotion.

Tu chantes aussi bien en anglais qu’en français, or depuis quelques années la chanson française est beaucoup plus décomplexée qu’avant. Si tu avais sorti cet album dix ans auparavant, tu aurais quand même assumés ces choix de langue?

Pas du tout. Sinon j’aurais fait un autre style de musique [rires]. Ce qui m’intéresse dans le chant, et dans le choix de chanter en français ou en anglais, c’est la musicalité de la langue. Je n’écoute pas du tout de chanson française. En revanche, quand j’écris mes morceaux, si le message où l’ambiance est très ouveret, je vais écrire en anglais. Il y a quelque chose qui marche mieux, car c’est une langue ouverte. Et lorsque je chante en français, je suis toujours en retenue.

Mes morceaux où je chante en français sont très intimistes.

Avec ce changement d’image, peut-on s’attendre également à quelque chose de complètement nouveau pour Canine sur scène?

C’est une excellente question car oui, on s’oriente toujours vers du nouveau lorsque l’on fait une scène. Au mois de novembre on a joué au théâtre de Marigny, on était 14 sur scène. Mais dès qu’on a une nouvelle date, on essaie de recréer un nouvel objet scénique particulier. La prochaine date se passera au Centre Beaubourg, on ne va pas venir à 14, non. On va venir à 7, et on va proposer quelque chose de différent. Et comme on ne peut pas envisager toute une tournée à 14 pour des raisons économiques, on essaie de s’orienter sur quelque chose de plus chorégraphié, plus visuel.

L’idée c’est de réinventer quelque chose à chaque live. Si je fais un festival de Jazz, peut-être que je ne viendrais qu’avec une seule contrebassiste. Alors que si je fais un gros festival, on partira plus sur une installation avec des machines et des chanteuses.

Enfin, Canine c’est un univers qui a sa propre identité avec son dernier single « Jardin ». Si tu devais définir Canine en choisissant un jardin célèbre, lequel serait-ce?

Il y a jardin à Singapour que j’ai découvert cet été, qui est le jardin botanique de Singapour. C’est une énorme serre, complètement mise en scène avec des orchidées, des fontaines, des cascades, des plantes carnivores.. et en même temps un univers qui me fait penser au sud de la France. Un univers Tropicalo-Provençal avec une armature métallique futuriste. Je pense que ce jardin définit bien Canine.

Dune le premier album de Canine, sortira le 22 février.

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