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Boum boum : Avec le collectif Gamine, la sororité se danse
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C’est un cocktail à base de paillettes, de sueur, de sons guilty pleasure et de convictions. Le collectif Gamine, une petite dernière de la fête parisienne, s’agite pas mal et organise sa troisième boum féministe dans le bar le So What pour la Pride parisienne. A la tête du collectif trois drôles de dames (ou le pouvoir des trois, ref au choix) : Anastasia aka Soeur, Serena aka CocoDisko et Joanna ont répondu à quelques questions avant la joyeuse célébration de ce samedi 30 juin.

Manifesto XXI – Pour vous une boum ça a quoi de spécial (ou pas) par rapport à une autre fête ?

Joanna : La boum c’est forcément une soirée spéciale ! C’est l’ambiance libre de quand on était petites : passer de «Are you gonna be my girl» à «I’m Outta Love», minauder devant ses premiers love, mettre des culottes sur la tête pour faire des spectacles de danse, venir maquillées avec des couettes et jouer au twister, mettre ses toutes dernières créoles rose fluo, ses mitaines et son ras du cou… Voilà, nous ce que l’on veut c’est que chacun-e retrouve cette part de liberté, de bienveillance et de fun. Une boum Gamine c’est donc une soirée où vous pouvez venir avec votre personnalité, votre grain de folie et votre look pour vous déhancher et vous amuser !

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Guess who’s who ? / © Tristan Prospescu

Vous insistez beaucoup sur le look et les paillettes, en quoi est-ce si important de marquer vos célébrations militantes ?

Anastasia : A la Gamine, on a envie de créer un espace de fête safe où chacun-e vient habillé-e comme iel le souhaite. Que ce soit pour être soi-même ou pour se créer un alter-ego. Pour moi la nuit et la fête sont des espaces qui devraient permettre de s’exprimer et de se sentir libre, de remettre en question les normes de genre, ce qui passe notamment par la manière de s’habiller.

C’est difficile de se sentir libre dans ses vêtements et dans son corps, il y a tellement d’injonctions (contradictoires, en plus). Alors à la Gamine, on voudrait permettre à toutes et à tous de se libérer un peu et de se dire : « Ok ce soir je m’habille comme je n’ai jamais osé le faire ».

Et justement, le côté paillettes c’est aussi pour se réapproprier des trucs considérés comme girly, comme on se réapproprie le terme péjoratif de « gamine ». Ces trucs-là peuvent justement être un symbole de puissance. Par exemple, les drag queens se réapproprient les codes de la féminité et il y a une véritable puissance qui émane de ces personnes.

Les LGBTI+ ont le rainbow flag, mais il n’existe pas de symbole féministe aussi connu. Est-ce qu’on aurait besoin d’en inventer ? Si oui quelles seraient vos propositions / symboles préférés ?

Anastasia : Je suis partagée. D’un côté, je me dis que ça pourrait être utile d’avoir un symbole féministe largement partagé pour développer le concept de sororité qui me tient beaucoup à coeur. Mais d’un autre côté, j’ai l’impresssion qu’il y a plusieurs formes de féminismes qui sont incompatibles politiquement, et ça ne me paraît pas vraiment possible de les rassembler sous un même symbole. Et puis par ailleurs, en tant qu’alliée de la cause LGBTI j’ai aussi le sentiment que leur drapeau défend le féminisme.

Serena : Je ne suis pas sûre qu’il n’existe pas de symbole féministe aussi fort. Le « poing levé » dans le symbole « féminin », apparu durant la fin des années 60/début des années 70 aux USA a par exemple marqué durablement l’imaginaire collectif. Le sexisme est toutefois la base des LGBT+ phobies. Et beaucoup de personnes LGBTI sont féministes ou « alliés ».

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Sinon, j’aime bien ce petit autocollant que j’ai croisé au « Centre des Archives, Recherches, Cultures Lesbienne » de Paris (ARCL). Malheureusement je n’ai pas le copyright.

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C’est quoi votre mot d’ordre à vous pour cette Pride 2018 ? 

Serena : Au regard de la polémique autour du mot d’ordre de la Pride 2018 de l’Inter-LGBT, je me demande si ce ne serait pas mieux qu’il n’y ait plus de mot d’ordre décidé par une seule « instance », et qui ne représente pas la diversité des groupes LGBTI+. Je pense que la Pride doit évoluer (après je n’ai jamais organisé de Pride et ce n’est qu’un avis), mais ça pourrait être une solution que les cortèges soient plus autonomes, et qu’un collectif qui tourne régulièrement s’occupe uniquement des questions logistiques d’organisation avec des bénévoles. 

Et évacuer la question financière… Un des arguments concernant le bon placement du char Mastercard dans la marche est que contrairement aux assos, « Mastercard peut payer pour faire vivre la marche ». Nous n’avons pas besoin de millions d’euros pour manifester, pas besoin d’un gros podium à la fin, on sait organiser de bonnes soirées en club… Petit détail qui tue, pour certaines personnes hétéro et LGBT+, la Pride n’est qu’un défilé festif comme un autre, à l’image du carnaval ou de la Techno Parade. Et ça c’est triste, quelque chose a clairement été éludé. Enfin, personnellement, « mon mot d’ordre » rejoindrait les multiples revendications du char gouine trans !

Samedi 30 juin, 20h-00h

Quelques guilty pleasures pour se mettre dans l’ambiance…



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