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Route du Rock : retour au bercail pour les 30 ans

Route du Rock : retour au bercail pour les 30 ans

La Route du Rock investit Saint-Malo depuis trente ans maintenant. Après une année annulée et une édition éparpillée dans la région, c’est sur le mythique site du Fort Saint-Père que le festival rock remuera les foules cet été. Un retour au bercail pour une édition anniversaire. Avant d’aller souffler les bougies du 17 au 20 août, on a discuté avec Alban Coutoux, programmateur du festival. 

Connu pour sa capacité à assortir têtes d’affiches et joyaux de l’émergence, ce rendez-vous immanquable de l’été a traversé les années avec brio grâce à sa programmation toujours pointue et authentique. Cette année, on retrouvera entre autres Aldous Harding, Baxter Dury, Fontaines D.C. et Working Men’s Club (qui étaient dans notre top 2020), Ty Segall , les Liminanas, Beak>,  ou encore Yard Act, Tess Parks, Wet Leg…  (programmation complète ici). Une belle affiche pour cet épisode que François Floret, directeur du festival, imagine comme « une Route du Rock pur jus » et dont Alban a accepté de nous parler. 

Comment est pensée la programmation de la Route du Rock ? 

Alban : La particularité de ce festival, c’est sa personnalité un peu forte. Son esthétique, c’est le rock indépendant au sens large. Préparer cette programmation est un travail qui se fait toute l’année, en découvrant de nouveaux disques et de nouveaux labels, en discutant avec des managers, ou des programmateurs, ce sont des échanges constants avec le milieu de la musique. Et comme nous sommes très attachés à l’actualité musicale, il s’agit aussi de choisir le bon moment. Il arrive que l’on aime beaucoup un ou une artiste mais que l’on se dise « l’album sort l’année prochaine, ce sera plus pertinent de le.la programmer à ce moment-là ».

Ensuite, il faut élaborer le programme des trois jours. On est sur trois lieux très différents. La Nouvelle Vague, la salle de concert qui accueille la soirée d’ouverture, offre un cadre plus intimiste. Cette année, c’est Aldous Harding et King Hannah qui y joueront. Ce sont des univers assez calmes qui nécessitent une certaine proximité avec le public. Il était plus intéressant pour les artistes et les festivalier.ères de vivre ce moment en salle. 

Il y a la plage Arte Concert (La plage du Bon-Secours à Saint Malo, où les concerts sont gratuits, nldr). Les concerts sont l’après-midi, en extérieur. Là aussi il faut choisir des artistes adaptés à l’endroit, à l’ambiance.

Et enfin le fort Saint-Père. C’est un très beau lieu, qui peut accueillir beaucoup de monde. Là, ce n’est pas seulement la notoriété mais aussi l’esthétique de l’artiste qui doit être prise en compte. Le programme doit être évolutif, monter en puissance tout au long de la soirée. Et puis il faut jouer avec les plannings, dealer avec les horaires des artistes, jongler avec toutes ces contraintes pour que la programmation puisse tenir. 

Une programmation se fait donc sur toute l’année. 

Alban : Oui, on est constamment à l’affût de tout ce qu’il se passe. Et il y a aussi les artistes qu’on met plusieurs années à inviter. Patti Smith, par exemple. Cela faisait très longtemps qu’on voulait l’accueillir, mais les calendriers ne correspondaient pas. Il y a ces artistes mythiques, et ceux qu’on découvre en restant connecté à l’actualité. En 2020, quand on a été contraint d’annuler le festival, on a évoqué la possibilité de faire un report. Mais il nous a paru évident que cela n’aurait eu aucun sens. Proposer la même programmation un an après serait revenu à dire qu’il ne s’était rien passé pendant un an, ce qui n’était pas vrai ! 

Nous, ce qu’on aime, c’est les correspondances entre les artistes mythiques et ceux qui sont tout nouveaux. Quand on pense aux artistes qu’on a reçu, comme Patti Smith mais aussi Nick Cave, Sonic Youth ou encore My Bloody Valentine, on constate que leur musique inspire encore les groupes aujourd’hui. On souhaite montrer que cet ensemble est cohérent et que tout ça s’inscrit dans une histoire commune de la musique. 

Vous aviez un objectif en particulier avec cette édition ? 

Alban : Non, mais il y avait beaucoup d’envie. Le premier groupe à avoir été confirmé, ce sont les King Gizzard, têtes d’affiche du samedi soir (depuis, le concert a été annulé pour des raisons de santé d’un des membres du groupe, et remplacé par Fat White Family, ndlr). On essaye de les recevoir depuis quelques années et les contraintes de tournée et de calendrier avaient toujours empêché ça. Donc on est vraiment ravis. C’est un des groupes les plus emblématiques de cette scène psyché-garage, avec Ty Segall également, c’est très important pour nous de les avoir. C’est la journée la plus sonique et bruyante. C’est une esthétique très post-punk ce soir là. 

Une révélation cette année ? 

Alban : C’est toujours très difficile de choisir parmi la trentaine de groupes à l’affiche, mais je dirais peut-être Wet Leg, qui a été une réelle révélation. L’album est sorti à l’automne et a explosé depuis. On avait prévu de les faire jouer sur la deuxième scène mais il y a eu un tel engouement autour de ce groupe qu’on a décidé qu’elles seraient sur la grande scène. Elles joueront juste avant Fontaines D.C. le 18 août, ce sera un beau moment du festival. 

Après ces deux années au ralenti, les festivals ont repris de plus belle ? 

Alban : Oui, mais la situation est tout de même contrastée. Certains festivals marchent très bien, d’autres un peu moins. Ce n’est pas non plus l’euphorie partout. Il faut rester assez prudent, les comportements du public ont beaucoup changé en deux ans. Depuis que les restrictions sanitaires sont tombées, il se passe beaucoup de choses d’un coup. Il y a beaucoup de monde sur les routes et c’est normal, personne n’a tourné pendant deux ans. Ça fait qu’il y a une très forte concurrence.

Hormis les Limiñanas, il n’y a pas de groupes français cette année…

Alban : Oui mais ce n’est pas un choix assumé. Sur l’édition capsule de l’été dernier, la programmation était 100% française ! La nationalité n’est pas du tout un critère de programmation pour nous. C’est aussi que les artistes français tournent beaucoup en France, et on est assez attaché à l’idée de programmer des groupes qu’on ne voit pas trop ailleurs. 

Ce n’est pas symptomatique d’un manque d’effervescence sur la scène rock française ? 

Alban : Non, je ne pense pas, il s’y passe beaucoup de choses. C’est une scène très riche et très intéressante. 

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En revanche, il y a beaucoup d’artistes de Londres. C’est une scène qui vous intéresse particulièrement ? 

Alban : Oui, on trouve là-bas une réelle effervescence. La scène anglaise est très excitante et produit beaucoup de nouveaux groupes qui portent cette esthétique post-punk qui nous tient à cœur. Depuis cinq ou six ans, avec Idles par exemple, on retrouve beaucoup chez les groupes anglais un côté très punk et revendicatif, qui correspondait à une situation sociale et économique tendue en Angleterre. Cette année par exemple, Yard Act (qui jouera le jeudi 18 août, ndlr) en est un bel exemple. Le chanteur décrit avec humour et une certaine méchanceté ses compatriotes, avec ce cynisme très anglais, très pince- sans-rire. 

Avez-vous la sensation que le punk et le post-punk ont pris beaucoup de place dans la scène rock actuelle ?

Alban : Oui peut-être, mais la grande famille indé reste assez variée. On le voit sur des choses beaucoup plus calmes, on va par exemple accueillir Tess Park sur la plage (le samedi 20 août ndlr). C’est plus psyché, plus calme. La Route du Rock n’a pas vocation à ne représenter qu’un seul style de musique. Nous programmons ce qu’on écoute, ce serait vraiment triste de n’écouter qu’un seul genre. On essaie de montrer la scène indépendante dans toute sa diversité. 

Les petits plus de la Route du Rock : 

-En plus de ses lieux de concerts divers, la Route du Rock organise chaque année des expositions photographiques gratuites à la Tour Bidouane de Saint-Malo, dans les remparts. Cette année, la ville fortifiée reçoit le portraitiste Richard Dumas, passionné de musique à l’origine d’un certain nombre de pochettes de disque (Bashung, Daho, Miossec, Dominique A…).

Exposition RICHARD DUMAS 36 SHOTS, du 23 juillet au 21 août à la Tour Bidouane, passage de la Poudrière 35400 Saint-Malo. Entrée libre chaque jour de 10h à 12h et de 14h à 18h. 

-Chaque année, le festival ajoute à sa programmation la mythique chenille. Moment qui consiste à tenter de battre le record du monde de la plus longue chenille. Cette année ce sera le samedi 20 août, juste après Ty Segall & Freedom Band.

– Les galettes saucisses. 

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