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Rone et le collectif (La) Horde, porte-paroles d’une génération désenchantée

Rone et le collectif (La) Horde, porte-paroles d’une génération désenchantée

Manifesto 21 - Rone

Du 5 au 14 mars, Rone et le collectif (La) Horde – Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel -, prennent possession du Théâtre du Châtelet avec une pièce chorégraphique et musicale écrite à huit mains : Room With A View. En dressant le portrait d’une jeunesse en quête de sens, ces quatre artistes nous invitent à nous questionner sur la notion d’espoir et de beauté dans un monde en pleine renégociation. 

Jeudi 5 mars. Il est à peine 19h30 lorsque les premiers curieux pénètrent dans la Grande Salle du Théâtre du Châtelet. Sur scène, un décor atemporel attend les spectateurs : ruine bétonnée et carrière de marbre déstructurée se déploient comme autant d’indices d’un espace chaotique.

À l’étage, des corps agiles, pris dans une frénésie mouvante se dépensent sur la musique électrisante, tantôt nerveuse tantôt solaire d’un Rone tournant le dos au public. Un peu plus bas, un couple en suspension se cajole, se bouscule, semble jouer les dernières scènes de leur histoire sous le regard ébahi du public tout juste installé.

À 20h00, la messe orchestrée par le musicien parisien peut enfin débuter. Une heure de spectacle haletant attend l’auditoire, où la jeune troupe galvanisée par les pulsations électroniques tente de dépasser l’ombre pesante d’une société contemporaine en friche.

Manifesto 21 - La Horde
© Thierry Hauswald

Rone, figure messianique

Car pour Room With A View, Rone et le collectif — aujourd’hui à la tête du Ballet National de Marseille —, ont cherché à mettre en scène ce cri d’une nouvelle génération pris dans les rouages du chaos. Une jeunesse impuissante face au marasme climatique, mais qui garde au fond d’elle l’espoir d’un renouveau. Une nouvelle page, un nouveau cycle rendu possible par l’impulsion des corps à la vitalité sans faille. 

« La première étape de notre travail a été de voir à quel endroit nos univers se superposent,  de trouver la zone d’intersection à même de nous permettre de trouver la problématique. On a donc décidé de partir sur cette zone de convergence qui était le réchauffement climatique et les problématiques environnementales. » introduit Marine Brutti, membre du collectif (La) Horde avant de poursuivre : « Ce qui était intéressant dans cette collaboration, c’était de voir que nos conversations nous menaient vers cet ailleurs qui n’appartient plus à (La) Horde et ni à Rone. Il y a quelques choses qui dépassent nos identités dans ”Room With A View”. »

« Human », premier extrait de « Room With a View » dévoilé il y a quelques semaines

Ici, Rone se pose en guide, une figure messianique qui n’est pas sans rappeler le personnage de Vernon Subutex décrit dans l’ouvrage éponyme de Virginie Despentes. Un musicien apaisant les âmes et fédérant les troupes, mêmes lorsque plus rien ne semble avoir de sens. Pendant la majeure partie du spectacle, il surplombe l’assemblée, se fait parfois oublier des regards, mais maintient tout au long de la narration ce rôle stellaire. 

La force du collectif

Il parvient à porter ce groupe unique à l’énergie sans pareil. Une entité aux corps multiples, qui se jauge, se juge, se bat pour une seule et même cause. Une survie hypothétique qui ne sera possible que par l’union. Car c’est aussi la force du collectif qui est mise en lumière dans Room With A View, une problématique chère à (La) Horde et trouvant tout son sens dans ce récit post-apocalyptique.

 Il y a quelque chose de politique dans le collectif.

« C’est une approche qui permet de dépasser nos égos et d’effacer les rapports, les dynamiques de pouvoir » poursuit Arthur Harel avec véhémence. 

Sur scène, cette cohésion transparaît, éclate même au visage par endroit mais reste le fruit d’une réflexion menée en amont par Rone et le collectif (La Horde) sur la force de frappe du groupe et sur son identité. 

« Pour ce spectacle, on a du se poser la question de l’identité de ce groupe. Comment on fait pour ne pas avoir une identité synthétique, plaquée à un groupe qui vient de se rencontrer. On s’est donc questionnés sur ce rapport de communauté éphémère. Et petit à petit, nos danseurs devenaient un peu des corps pensants. (…) On a voulu construire un groupe de 18 danseurs hétérogène, on a voulu ouvrir à la fluidité, à la diversité des corps. » appuie Jonathan Debrouwer, troisième membre-fondateur du collectif. 

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Manifesto 21 - La Horde
© Thierry Hauswald

La beauté par-delà le chaos

Un groupe parvenant à transfigurer l’horreur, à dépasser cette première lucarne, à passer de l’ombre à la lumière comme pris dans un véritable éveil spirituel. Les corps tournoient sur le plateau, se constituent en ronde organique. Un Sacre du Printemps 3.0, une floraison nécessaire pour inscrire dans la chair le feu du combat à venir. 

« Tous les quatre, on s’est mis à réfléchir non pas à l’effondrement, mais aux effondrements. On avait du coup une vision moins défaitiste sur la situation.  On voulait parler des révoltes intimes de la jeunesse et donc petit à petit, on a décidé de prendre un angle particulier : mettre en lumière cette épiphanie, l’éveil d’une génération extrêmement consciente des enjeux environnementaux grâce aux réseaux sociaux. On est parti du postulat que ce n’était pas la fin de notre planète, mais la fin de l’environnement dans lequel nous vivons actuellement. (…) Cette crise climatique ouvre paradoxalement de nouveaux chemins réflexifs. Et c’est ce qu’on a voulu retranscrire ici.« 

Si nos sociétés semblent vivre leurs derniers jours, le ballet Room With A View nous rappelle que l’espoir réside dans les corps ivres et vibrants de la jeunesse. Alors laissez nous vivre, danser, crier, rêver à un monde meilleur.

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