Meg Hewitt présente « Tokyo is yours »

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"Tokyo Is Yours" ©Megan Hewitt

Sillonnons Tokyo. Tokyo de jour, Tokyo de nuit, Tokyo film noir, Tokyo manga. Meg Hewitt explore avec nous l’âme de la capitale japonaise : ses lignes, ses superpositions puis les profondeurs et les contrastes des personnages détonants. Le surréalisme et l’effroi survenant après un sentiment d’ironie font resurgir l’origine tragique de la série. L’artiste s’interroge sur l’après-tsunami survenu au Japon en 2011 : comment explorer une ville impossible à évacuer en cas de catastrophe naturelle?

« Tokyo is Yours », c’est un périple et des instants figés qui questionnent le rapport au monde, aux éléments et à l’au-delà de l’imaginaire, entretenu par les êtres humains. 

©Meg Hewitt « Tokyo is yours »

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Manifesto XXI – Les photos de ta dernière série « Tokyo is Yours » ressemblent à des dessins, avec ses imperfections. Une bonne photographie est-elle imparfaite ?

Oui j’aime l’imperfection, la perfection n’est pas assez stimulante pour mon regard.

Je pense qu’une bonne image te donne envie d’y retourner, de regarder plusieurs fois. Elle pousse à s’interroger. Tu peux passer du temps avec elle, avoir une relation avec elle, et même en tomber amoureux. L’enjeu est le même pour les personnes. Les gens parfaits ne sont pas si intéressants finalement.

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La ligne peut sembler centrale dans ton travail (les lignes multipliées des cheveux, la ligne des fissures sur un mur). Est-ce la première chose qui t’importe quand tu réalises l’image ?

Je viens de la peinture et du dessin à la base, pas de la photographie. Je suis souvent attirée par les vidéos qui ont des traits d’imperfection, donc oui je pense que je recherche les lignes, quelle que soit leur nature.

J’aime aussi la texture apportée par une encre épaisse sur le papier. Je suis une grande amatrice de l’odeur de l’encre et d’un livre de photos fraîchement ouvert.

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En parlant de « Tokyo is Yours », tu dis que « la série pose des questions parce que tu ne peux pas apporter de réponses évidentes« . L’intuition et le hasard sont les meilleurs outils ?

Je travaille intuitivement, c’est presque comme une danse dans l’espace avec les gens que je rencontre sur le chemin et qui m’inspirent pour bouger vers une direction particulière, pour les suivre et les rejoindre dans une aventure. Je ne sais pas où l’aventure nous mènera, j’ai besoin d’ouverture et de pouvoir bouger rapidement.

Je pense que la plupart des choses n’ont pas de réponses claires et qu’elles peuvent seulement interroger ce que je rencontre, sans jugement. Je pense qu’il faut laisser une certaine ouverture à l’interprétation pour qu’un dialogue se crée entre les gens.

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Est-ce que l’absurde est pour toi la meilleure manière de communiquer ?

Le monde est plutôt absurde, contrairement à la raison, il est plein de contradictions. Ce sont ces contradictions qui me parlent et créent des métaphores.

La vérité est plus étrange que la fiction. Les choses peuvent être bizarres bien qu’elles soient exactement comme tu les imagines, ou bizarres parce qu’elle sont totalement inattendues.

Je recherche des images qui ont une dimension intemporelle, où une chose ordinaire devient extraordinaire.

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Tu as dit que nous étions dangereux pour la planète mais encore plus pour nous-mêmes. Tu t’interroges sur le comportement de l’Homme auto-destructeur. Comment décrirais-tu ta propre relation au monde ?

Je suis juste comme tout le monde, j’essaie de dire que nous devons nous recentrer et nous interroger sur notre présence au monde et le soin que nous devons porter à tout l’écosystème. La planète et le cosmos existeront toujours d’une manière ou d’une autre, par contre, nous sommes en train de contribuer à l’extinction de toutes les espèces, y compris la nôtre. Elles, par contre, ne survivront pas.

Le futur nous réserve le sort déterminé par les sociétés qui font les bons choix, non de manière égoïste, mais en étant compatissant et empathique. Je ne suis pas sure que beaucoup de personnes soient capables d’agir comme tel.

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Nous avons évolué à un tel point que nous négligeons notre connexion à certaines choses et ignorons notre dépendance à celles-ci pour survivre.

Depuis les années 50, on pense qu’on peut tout faire, tout utiliser de manière déraisonnée, puisque la technologie trouvera une solution aux problèmes que ça engendre. Peut-être déménagerons-nous sur le lune ?

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Comment décrirais-tu l’atmosphère à Tokyo pendant que tu faisais ta série ? Les paysages, les sons, les odeurs…

Tokyo est bizarrement silencieux, bien qu’il y ait beaucoup de monde. Les gens ne s’imposent pas aux autres, personne ne parle extrêmement fort au téléphone dans le train par exemple. Les gens évitent le contact par le regard, ils sont rarement dans la confrontation. Même en pleine foule dans un train, c’est calme.

La densité de Tokyo m’a frappée : s’il y avait un désastre naturel, il serait très difficile d’évacuer la population et de fuir. Il y a beaucoup de superpositions, de couches de tunnels, des buildings immenses, des passages piétons, des gens entassés les uns sur les autres.

Il existe deux Tokyo, celui de jour et celui de nuit. Les habitants sont très différents la nuit, ils sont plus détendus, ils chantent avec des inconnus dans les bars, ils quittent leurs costumes de travail, ils deviennent plus fun et impertinents.

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