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Louisahhh : « Avoir une vie incroyable et faire ce travail sobre est totalement possible »

Louisahhh : « Avoir une vie incroyable et faire ce travail sobre est totalement possible »

Louisahhh hante le paysage français et international de l’électro depuis plus de 7 ans maintenant. Pour son nouvel album The Practice of Freedom, elle range ses chuchotements pour hausser la voix et sort de ses rails proposant un projet nettement plus empreint d’influences punk. 

Du premier au dernier titre, The Practice of Freedom ne laisse pas une seconde de répit. Beats nerveux, mélodies tendineuses et production acérée et cavalante, Louisahhh défend une férocité contagieuse et enfonce toutes les portes sans détour. De la musique pour les clubs, oui, mais pas que. Accompagnée par le producteur Vice Cooler, l’Américaine, désormais installée à Paris, élargit son spectre, proposant des morceaux hybrides comme « Master », dont la guitare pleine et vibrante en fait le morceau le plus à part et peut-être aussi l’un des plus réussis. Honnête et direct, cet album, en plus d’être une réussite musicale, porte et partage une énorme dose de liberté. Son énergie pure et ses textes bruts éclatent tous les plafonds de verre. Abordant avec sincérité des vérités qui lui secouent les entrailles, Louisahhh fait trembler nos certitudes. Un projet à cœur ouvert, qui laisse les genoux chancelants et la tête pleine de rêves de musique live. En attendant de pouvoir retrouver les fosses, on a rencontré cette artiste inlassablement punk.

Louisahhh - Manifesto21
© Ella Herme

Manifesto XXI – Comment as-tu rencontré la techno ? 

Louisahhh : Je ne suis pas sûre de m’être connectée à la techno à un moment spécifique. J’ai grandi dans un foyer où la musique occupait une place très importante. Je joue de la musique et suis une grande fan de rock alternatif et d’electronica depuis que je suis vraiment jeune. J’ai commencé à être totalement obsédée par Garbage et Nine Inch Nails à partir de mes onze ans environ. Au moment où j’ai commencé à être DJ – vers 2004 – le « dance rock » comme LCD Soundsystem, Tiga et Soulwax, gagnait en popularité et donc représentait un accès facile aux musiques destinées au dancefloor. Mais je suis américaine et la techno ne fait pas réellement partie de notre culture mainstream, c’est quelque chose que j’ai dû découvrir par moi-même. Et même si j’ai pu me forger avec un son techno plus brut, mes sets réunissent un peu de tout. De l’industriel à l’EDM, jusqu’à du moderne, plus hard ou rave, ou bien de l’électro classique. La techno est infiltrée partout, mais n’est pas forcément la règle absolue. 

En déménageant à Paris, tu as trouvé un bouillonnement dans la scène électro et techno que tu ne trouvais pas aux États-Unis ? 

Totalement. Comme je l’ai dit, même si l’électro et la techno ont de fortes racines à Detroit, la musique moderne américaine est globalement plus concentrée autour de la grosse EDM ou du dubstep, donc une musique électronique très intense et grandiose. Pour comprendre totalement le paysage européen, pour être capable de faire une tournée et de jouer dans de bons « techno clubs », pour gagner ma vie et me connecter à un public pointu et averti dont les goûts sont exigeants – même dans les plus petites villes ou les festivals ruraux – il était nécessaire que j’emménage ici. Aucun regret ! 

« Si quelqu’un affronte actuellement des problèmes d’addiction et d’abus d’alcool ou de drogue, sentez-vous libre de venir me parler en DM »

Louisahhh

Plusieurs médias musicaux français te désignent comme le nouvel espoir de la techno. Et tu n’as même pas encore sorti ton premier long projet que tu as déjà une fanbase internationale. Comment as-tu envisagé la réalisation de cet album ? « No pressure » ?

Ça me fait plaisir d’entendre ça, et c’est un peu marrant, parce que cet album n’est vraiment pas un album techno. The Practice of Freedom est bien plus un album teinté de rock industriel que mes travaux précédents, mais il a cette énergie qui peut fonctionner sur les dancefloors autant que dans les pogos. « De la techno pour les punks, du punk pour les féru·es de techno » a été notre credo. 

Je voulais faire un album depuis très longtemps et l’opportunité s’est présentée d’elle-même alors que je travaillais avec le producteur Vice Cooler. On a simplement continué à travailler sur nos chansons ensemble, jusqu’à ce qu’elles s’agencent en cette pièce dont je suis vraiment fière. L’album est cohérent et raconte une histoire qui me semble authentique et pertinente. Et la partie la plus excitante du travail a été de se préparer à jouer ces chansons en live, en groupe – avec Maelstrom aux machines et Bertrand James de Totorro à la batterie. Cette pression que l’on peut ressentir, c’est notre espoir enragé de finalement pouvoir jouer ces morceaux face à de véritables foules de corps suants et dansants. 

La musique de club est très souvent associée à la drogue et à l’alcool. Et toi, tu es sobre depuis plusieurs années. De l’intérieur, à quel point cette idée reçue est-elle loin de la réalité ? 

Je travaille dur pour rester sobre, pour pouvoir faire mon travail dans des clubs, entourée d’alcool et de drogues sans être tentée. Pour ma part, quand je bois ou me drogue, c’est tout le reste de ma vie qui ne peut plus fonctionner. Je peux faire beaucoup de mal autour de moi, à moi-même autant qu’à mes relations. Donc c’est par nécessité, non par vertu, que je suis sobre. Mais quoi qu’il en soit, je pense qu’il est important de rappeler qu’avoir une vie incroyable et faire ce travail sobre est totalement possible. En revanche, cela nécessite de prioriser son rétablissement de façon significative. Si quelqu’un lit ça et affronte actuellement des problèmes d’addiction et d’abus d’alcool ou de drogue, sentez-vous libre de venir en DM, je pourrais vous en parler. 

La sexualité et les relations amoureuses sont deux grands thèmes de ton album, et c’est aussi un sujet que tu abordes plus en profondeur dans ton podcast « Sober Sex ». Penses-tu que notre époque assiste à une ré-évaluation des idées préconçues autour du couple et de la sexualité ? 

Je l’espère. Je ne pense pas que cela se fera du jour au lendemain, mais en parlant à des gens qui entrent dans leur vingtaine de leurs idées du sexe et de leur sexualité, voir cette prise de conscience, sur l’importance du consentement et de la communication, qui s’opère, c’est très encourageant. Il y a tellement d’informations incroyables, d’outils et de communautés à portée de main ! 

J’espère que dans le futur, les gens pourront librement nommer et affirmer le genre de relation dont iels ont réellement envie, sans tomber dans les idées hétéro-normatives limitées ou dans une monogamie fleur bleue. Je ne dis pas qu’être héréto, fleur bleue ou monogame est mal, d’aucune façon, mais ces formes de relations ne fonctionnent pas pour tout le monde. Et c’est très excitant de voir les jeunes générations explorer leurs options avec communication, grâce, curiosité et respect pour elleux-mêmes et pour leurs partenaires. C’est une chose dont on doit s’inspirer. 

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« J’espère que dans le futur, les gens pourront librement nommer et affirmer le genre de relation dont iels ont réellement envie »

Louisahhh

Tout au long de ton album, il y a un sentiment d’urgence. Et puis des sons très froids, comme si on se trouvait dans une grosse machine. 

Yes, I am an urgent machine.

Ta musique peut être vraiment sombre, pourtant je lis partout que tu es quelqu’un de très joyeux dans la vie. D’où te vient cette obscurité ? 

Je ne saurais pas vraiment dire d’où elle vient, mais il y en a beaucoup, c’est sûr. Cette obscurité ressort dans ma musique pour que je n’aie pas à la porter dans mon cœur.

Une dernière question : j’ai vu que tu avais un second compte instagram sur lequel tu postes toutes sortes de memes, avec beaucoup de chiens. Est-ce que tu penses que les chiens sont en train de prendre leur revanche sur les chats sur internet ? 

Mais enfin, pourquoi choisir ?

Image mise en avant : Louisahhh par Ella Herme

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