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La bénédiction BLIST du collectif ParkingStone

La bénédiction BLIST du collectif ParkingStone

Collectif transdisciplinaire parisien à l’origine d’événements alliant musique, vidéo, performance artistique contemporaine et scénographie, ParkingStone officie aussi dans un label international éponyme, spécialisé dans la génération soundcloud post-label. ParkingStone dévoilait jeudi dernier BLIST, une compilation de 17 titres arrivée à point nommé.

De la fin 2019 au début 2020, le collectif ParkingStone dévoilait trois compilations musicales : Dandelion1 / Dandelion2 / Dandelion3. Chacune explore un univers musical particulier en 17 titres, produits par 17 artistes différent·es. Le collectif ParkingStone poursuivait donc, avec ces compilations, le projet amorcé lors des soirées du même nom de rendre visibles des artistes émergent·es. On retrouve notamment Ange Halliwell et Crystallmess sur Dandelion1, le duo canadien Fecal Matter sur Dandelion2 et Rebeka Warrior sur Dandelion3. Faisant appel à des artistes dont les esthétiques musicales et visuelles sont éloignées voire parfois même opposées, le collectif ParkingStone entend prouver que derrière l’appellation générique de « musique électronique », se cachent autant de possibilités sonores qu’il existe d’artistes. Et de rappeler par conséquent que le terme « musique électronique » désigne davantage une manière de faire plutôt que le produit terminé, l’objet musical.

ParkingStone dévoilait jeudi dernier une nouvelle compilation intitulée BLIST. D’emblée, le titre du projet interpelle en ce qu’il est intraduisible en français : il s’agit d’une sorte d’hybridation entre l’anglais et l’allemand, mélange qui ne renvoie à rien de précis dans notre imaginaire. Faute de repère langagier pour approcher cet objet, il ne nous reste plus qu’à nous accrocher aux sensations que le mot élève en nous. BLIST évoque une surface lisse, régulière, glissante et froide. Il pourrait s’agir d’une feuille en aluminium ou d’une table de lit médical en acier. À en juger par l’illustration du projet, sorte d’Elephant Man de David Lynch revisité par l’artiste Joe Pascale (à qui l’on doit notamment les artworks des albums Xen et Mutant d’Arca, et celui de LP1 d’FKA Twigs), ParkingStone continue de rassembler, de relier méticuleusement des esthétiques musicales diverses dans un même objet.

L’illustration montre un homme mutant dont les membres gangrénés se transforment en excroissances dégénératives, comme le corps d’une personne malade dont les maux ne seraient pas contenus à l’intérieur mais à l’extérieur. Par extension, il est évidemment question ici – et à point nommé – d’une société qui, ne parvenant plus à contenir son mal à l’intérieur, le laisse échapper et l’exhibe à la vue de tous.

L’esthétique musicale de la compilation confirme l’expression visible d’un mal invisible. Les morceaux rassemblés ont en commun de mélanger, à des degrés divers et avec des savoir-faire différents, des cris, des basses sourdes, des saturations d’instrumentations, des rythmiques qui ressemblent à des bruitages d’armes militaires accélérés. Faisant fi de la mélodie et de l’harmonie, il sera plutôt ici question de dysharmonie, d’arythmie. Pas de recherche de l’agréable donc, mais du désagréable, comme pour contraindre l’auditeur à éprouver cette gêne, à ressentir ce mal. Tout ce qui est habituellement contenu dans un cadre – la voix dans le corps, la rythmique répétitive d’un morceau pop, la belle mélodie d’une ballade – est ici décontenancé. Ainsi la voix ne s’exprime plus dans sa belle manière mais selon l’instinct, le cri traduisant la peur par exemple, et les instruments expriment la nervosité, l’angoisse irrémédiable. 

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Pour marquer cette sortie, le 20 novembre prochain, Underscope et La Gaîté Lyrique donneront une carte blanche en livestream au collectif ParkingStone.

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