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Hyd, l’ange volcanique

Hyd, l’ange volcanique

Le 11 novembre dernier, Hyd a sorti son premier album, Clearing, sur le label anglais PC Music. Il succède à l’EP éponyme Hyd sorti l’an passé sur le même label. L’artiste y poursuit son exploration de la pop dans des sonorités shoegaze et éthérées. Ensemble, nous avons discuté des cycles de l’eau, du feu, de la terre et d’émotions.

Hyd est le projet musical de Hayden Dunham, artiste plasticien•ne pluridisciplinaire résident•e à Los Angeles. La première fois que j’ai entendu parler d’iel c’était avec « Hey QT » : une chanson présentant une boisson énergisante pop et pétillante. Le clip qui accompagne la track met en scène Hayden aka QT qui met au point la boisson dans son laboratoire futuriste. Il a marqué pour beaucoup le début de l’ère PC Music et d’une rencontre artistique incroyable, celle de SOPHIE et A.G. Cook qui ont co-produit la track avec Harriet Pittard aux vocals. Depuis, Hayden expose régulièrement ses sculptures à New-York. En 2019 iel réalise, avec de nombreuxses collaborateurices, une performance audiovisuelle au MoMa intitulée « 7 Sisters ». Deux années plus tard sort son premier EP sur le label PC Music, une référence en matière de musiques pop expérimentales. 

À 17 ans, Hayden a réalisé son rêve et quitté sa terre natale du Texas – ancienne terre volcanique, connue pour ses figures de cowboys et rangers – pour voyager en Islande afin de rencontrer les volcans de l’île (qui en recense pas moins de 130 actifs!). C’est le paysage qui sera choisi pour les visuels et clips de son précédent EP. La palette est minérale, du vert, du noir, du blanc, aux couleurs du territoire. Hayden n’a pas peur de s’engouffrer dans les rochers de cette terre glaciale et brûlante pour performer dans les montagnes et la boue. L’artiste porte le traditionnel pantalon de garçon vacher, en souvenir du Texas, et s’enduit de terre dans un enclos ou au bord du ruisseau.

Clearing, Hyd (© Michael Bailey Gates)

Avec les visuels de Clearing, Hyd élargit sa palette de couleurs. Le trinôme ancestral – rouge, blanc, noir – reste récurrent. Hyd m’explique la symbolique derrière ces choix: « Le rouge vient du pigment de l’argile broyée, il est aussi la couleur du feu et du sang. Le noir est le résultat de la transformation du feu en charbon et en cendres. Il se trouve aussi dans la terre. Enfin le blanc, la couleur du lait. La couleur change avec les éléments, c’est une sensation. » Une sensation mais aussi une transformation : « Une forêt qui brûle refroidit si vite quand l’incendie s’arrête. Le vert des arbres, transformé en fumée rouge, devient charbon et cendres. Dans celles-ci se trouvent les graines de la future forêt ». Hyd me confie se sentir comme une de ces graines prise dans le cycle de la vie: « Quelques fois nous ressentons des émotions si fortes que nous croyons qu’elles vont demeurer ainsi pour toujours. » Mais non, la graine reçoit de l’eau, du soleil, elle change d’état, et éclot. Comme la vie, la lune, l’eau, les émotions ont leur cycle.

Être sur terre c’est comme être dans un câlin géant entre le soleil et les roches internes en fusion.

Hyd

Hayden se sent particulièrement connecté avec le magma, les volcans lui procurent de l’énergie et c’est pour cette raison qu’iel les visite régulièrement « avec son cœur ». Sa fascination découle de la puissance de cette matière : « Le magma est un bout de soleil qui sort de terre et envoie des rayons UV puissants. Il faut mettre des lunettes de soleil pour ne pas se brûler. Être sur terre c’est comme être dans un câlin géant entre le soleil et les roches internes en fusion.» Cette image me réchauffe, j’imagine un câlin perpétuel, ainsi nous serions toujours entouré•es. Un symbole représente cette relation: deux cercles collés en miroir de part et d’autre d’une ligne. Hyd me le mime avec son doigt, les cercles sont les planètes et la ligne droite nous représente. De quoi se sentir moins seul•e.

Cette fascination pour le magma, lumineux, coloré et dangereux contraste avec le climat glacial de l’île. L’hiver est rude, la neige abondante, les températures négatives, en décembre, le soleil est présent seulement quatre heures par jour. Le froid contre le chaud, la douceur contre la rugosité, deux contrastes que nous retrouvons dans la musique de Hyd. Jónsi, originaire d’Islande, et Alex Somers, qui y a vécu, ont collaboré sur cet album. Leur chanson « Oil + honey » est un véritable onguent. La voix feutrée crée le rythme, celui d’une berceuse. Accompagnée d’une chorale de chœurs doux en canon et du son du carillon, elle procure un véritable sentiment d’apaisement. La magie opère et elle peut éclairer chaque chambre de douces lumières semblables à des aurores boréales.

Le magma est aussi créateur de sources d’eau chaude et l’eau c’est la « number one girlfriend » de Hayden. Iel l’adore et la consomme tous les jours sous des formes différentes en fonction de ses humeurs : Il y a d’abord l’eau de source, pour les moments de fatigue ou citadins (la magie fonctionne en visualisant l’eau sortir toute claire de la montagne avec ses minéraux). Puis, l’eau de pluie commercialisée aux Etats-Unis par Richards’s rainwater a un goût spécial car elle vient des nuages. L’eau volcanique redonne de la chaleur et de la vigueur. Et enfin il y a l’eau du robinet ! Hyd les aime toutes. Nous retrouvons l’eau sur la couverture de l’album. Un bain pour se nettoyer, de l’eau pour régénérer nos cellules. Dans les paroles aussi les liquides sont omniprésents. Du miel pour cicatriser, du lait pour fortifier une dent grâce au calcium, de l’huile pour nourrir notre peau. Clearing diffuse ses doux fluides sonores à nos oreilles et nos corps, c’est un album pour se renforcer et guérir.


La musique est un moyen de communication essentiel pour Hyd. Elle était au centre de sa relation avec son ex-amoureuse. Le couple avait un studio à la maison, et c’est comme ça que tout a commencé, un dialogue s’est créé entre le chant et la parole. La musique est également présente dans toutes ses relations amicales. C’est en traînant avec A.G Cook que de nombreuses idées d’Hayden émergent, pareil avec Caroline Polachek qu’iel connaît depuis ses 18 ans. La musique est une partie naturelle et précieuse de leur amitié, et évidemment, ces deux artistes ont collaboré sur son premier album.

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Contrairement aux sculptures qui sont exposées à un endroit précis, pendant un moment donné, la musique est une sculpture d’air qui traverse les espaces. Hyd imagine comment l’air peut tenir dans un corps et comment un paysage de 2 minutes peut devenir une chanson. « La musique est un outil de connexion universel qui peut se révéler catalyseur. » Quand Hyd ressent un sentiment, iel entend un son. C’est-à-dire qu’au cours d’une conversation les mots de l’autre s’accompagnent de musique, déjà existante ou non. C’est une forme de synesthésie sonore. 

Pour la tournée qui suit la sortie de l’album, Hyd se prépare à éclore. Hydratation et randonnées sont au programme. Ses tenues de scène sont pensées comme un cycle, il y a les tenues d’eau, d’air, de fumée, et de feu. Au fil de la tournée et en fonction de ses émotions, son style évolue. C’est une manière de s’augmenter, qui se retrouve même dans son merch: des graines de poche pyrotechniques et une gourde extincteur.

Les trois fois où j’ai vu Hyd en concerts, j’ai ressenti une présence émotionnelle intense. Son regard est direct et profond. Sa manière de se tenir sur scène est unique et totale. Tel•le un•e capitaine du navire, iel regarde au loin la marée humaine avec prestance. Iel me confie que : « c’est une manière d’être présent•e, ne pas dissocier. Il faut accepter ses émotions, même quand la tristesse est là, avant de monter sur scène. Assumer et sentir la musique se diffuser au travers de son corps vers celui des autres. » Tel un cinquième élément, Hyd est honoré•e d’être sur scène et de partager cet espace avec le public, l’air circule autrement. Iel donne tout dans le moment présent, pour une traversée des émotions épique. 
« Je sens la musique se diffuser au travers de mon corps vers celui des autres présents dans la salle, mais aussi aux autres non présents ». SOPHIE, qui a collaboré à l’album, est décédée avant sa sortie. « Only living for you » est une de leur collaboration. C’est une merveilleuse lettre d’amour. Les paroles sont intenses. Hyd s’adresse à son amoureuse « Fille, je ne vis que pour toi, je ne jouerais que si tu joues avec moi, je ne tomberais que si tu tombes avec moi, je ne m’envolerais que si tu t’envoles avec moi». C’est le climax de l’album. Avec toutes les autres chansons, elles s’élèvent vers SOPHIE comme des offrandes.

Image à la Une : Fire © Michael Bailey Gates

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