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Good Morning TV : la belle insomnie

Good Morning TV : la belle insomnie

Good Morning TV - Manifesto 21
Good Morning TV dévoile Small Talk, premier album qui précise et épaissi l’univers de la formation parisienne, signé sur le label Geographie. Mené par Berenice Deloire au chant et à la composition, le groupe tangue entre indie pop et psyché aux élans de shoegaze pour un album apaisant, bien qu’angoissé. 

Deux ans d’écritures auront été nécessaires pour accoucher enfin de Small Talk. Contrairement à son titre, traduction de potin, babillages et conversations futiles, l’album est le fruit d’un véritable travail, réfléchi et pointilleux. S’y mélangent des influences multiples, de Stereolab à Deerhunter en passant par Lush ou Ride, qui se croisent et se répondent en échos subtils, références cachées sous une couche de synthés vaporeux ou derrière la vibration d’une corde acerbe. Depuis son premier EP éponyme de quatre titres sorti en 2016, le quatuor, sans s’être assagi, s’est rassemblé, a mis de l’ordre dans ses compositions pour proposer un son plus clair et bien plus fourni. On ne s’y perd plus, si ce n’est pour s’y abandonner, beigné.es de sons grisonnant et grinçants, relevés d’une pop mélodique et lunaire. 

© Antoine Magnien

Malgré un sentiment d’homogénéité qui tendrait à opacifier les compositions et les rendre plus ternes, la précision et la richesse de la production apportent une forme de maturité que l’on penserait plutôt voir fleurir sur un deuxième ou troisième LP. Cette impression de voir enfin naître un son, une identité précise et affinée. Et cet équilibre trouvé dans l’alliage d’extrême volubilité et de finesse qui ne déborde jamais de trop. Même couplées à quelques machines, le gros de leur travail se base toujours sur les assortiments de guitares qui gagnent toujours en ampleur et en audace et, étirant encore les jeux de distorsion, de réverbération et d’échos, Good Morning TV donne à sa pop des airs de shoegaze. Les guitares, curieuses et hyperactives, prennent à mesure que l’album avance, plus d’aisance et de liberté, créant des brouhaha maîtrisés, vibrants et des séquences mélodiques très intéressantes.  

La pop, elle, est maintenue entre autre par la voix de Bérénice. Elle avance à tâtons, de cette voix cotonneuse, cette voix qui n’ose pas, qui a l’air de se demander ce qu’elle fiche dans ce gros bouillon de cordes électriques. Cette voix qui se dédouble et joue à prendre en revers ses propres litanies. Cette voix qui trimballe avec elle l’inspiration des nuits blanches et sans lune. Car Small Talk est une éternelle insomnie. Les premières notes d’ »Insomniac » qui ouvre l’album, feignent la berceuse, initient une ambiance somnolente qui se trouve démentie très rapidement. On ne trouve pas, caché entre les tracks, la langueur du sommeil, mais le caprice de l’esprit embrouillé, des pensées qui défilent trop vite à mesure que les heures s’entassent sous les yeux fatigués. Dans le brouillard de ce rêve éveillé, Berenice raconte sa déprime ou sa résilience, son désir de tout envoyer valser ou son inclinaison à l’abandon.  

Good Morning TV signe finalement un album réussi, épatant de précision, et alléchant de propositions. S’agite au fond du crâne une envie impatiente : les voir jouer live. Et pour celleux qui ne tiendraient plus, iels seront sur la scène du Supersonic hors les murs au Trabendo le 08 Juillet 2021. Et c’est gratuit ! 

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Crédits Photo : © Antoine Magnien

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