Entretien avec La Fleur, la DJ qui brise les barrières des musiques électroniques

La Fleur, DJ touche-à-tout (photo : Patrice Brylla)

La Fleur est une artiste complète : DJ, productrice, directrice du label Power Plant… et elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Détermination et créativité sont ses meilleurs atouts.  À l’occasion de son passage remarqué aux Transmusicales de Rennes 2018, nous sommes allés à sa rencontre dans sa loge, une heure avant de monter sur la scène principal du festival.

Manifesto XXI : House, techno, breakbeat… Tes DJ sets ne sont jamais cantonnés à un style musical, et tous les morceaux s’assemblent en un ensemble cohérent. Comment définirais-tu ton univers musical ?

La Fleur : Je suis contente que t’aies compris ça. Quand j’ai commencé à jouer, je voulais juste passer la musique que j’aime. Je voulais pas me figer sur un style de musique en particulier. Quand j’ai commencé à jouer en Suède, tout le monde passait du hip-hop ou du R&B. J’aurais pu me mettre à ça pour être bookée rapidement, mais j’en avais pas l’envie : je voulais jouer ce que je préfère et j’espère garder cet état d’esprit le plus longtemps possible. J’ai donc passé pas mal de house. Mais comme je suis aussi une dingue de techno – surtout les débuts de la scène suédoise –, j’ai été influencée par les deux. J’aime les deux.  C’est important pour moi de jouer les deux. Je ne te cache pas que c’est compliqué pour les tourneurs et pour les festivals de me caler sur une programmation. Mais bon, ça a l’air de fonctionner si je suis là ce soir. Après, je m’adapte : si la timetable est techno, je vais passer plus de techno.

Du coup ce soir on va définitivement partir sur de la techno (vu les subs du hall 9 depuis plus de deux heures) ?

 Je pense que oui. Ça va être techno, mais pas comme ce qu’on entend maintenant. Même si j’adore. (rires) Je vais quand même varier les plaisirs  : mes DJ sets ont des hauts, des bas… J’aime faire avant tout voyager le public.

On te sent très attachée à la ville de Berlin, où tu es résidente au Watergate. Est-ce que cette ville est une source d’inspiration pour toi ?

La raison pour laquelle je suis partie à Berlin au début (en 2007), c’est en effet pour l’inspiration. Vivre là-bas, avec toutes ces vibes, c’était une nécessité je pense. Après, beaucoup de choses ont changé durant ces quelques années. Mais je continue d’aimer cette ville. Et, en effet, avec ma résidence au Watergate, ça fait un point d’ancrage dans ma vie. Je vais aussi très régulièrement en Suède : ce pays me ressource.

En tant que Suédoise, quel est ton regard sur la scène électronique suédoise EDM, son explosion dans les années 2000, ainsi que sa scène underground ?

La Suède est un pays assez petit en fait, par son nombre d’habitants. Et il y a énormément d’artistes issus du pays qui jouent dans tous les styles imaginables. La vague EDM dont tu parles – avec notamment la Swedish House Mafia et Avicii –, a amené les gens à se tourner vers ce pays. Mais il y a une très bonne scène underground suédoise également, comme Axel Boman par exemple. L’EDM restera bien évidemment toujours plus populaire que notre scène indépendante. Néanmoins, c’est important de garder ce “savoir faire” underground et de continuer à le faire exister.

À la tête d’un label, productrice, DJ, résidente au Watergate… Comment arrives-tu à t’impliquer sur tous ces tableaux?

J’aime mon travail. Et je travaille énormément. Comme tout ça me plaît, j’arrive à tout gérer. Tous ces univers sont liés par ma passion de la musique, et j’aime les faire vivre en symbiose. C’est aussi ça qui m’a donné envie de monter mon label Power Plants Records. J’aime être impliquée dans la construction de projets, surtout dans la partie de l’artwork à laquelle je suis très attachée. Donc oui, j’arrive à faire tout ça, car j’aime tous ces projets.

T’es une hyperactive en fait?

Yes ! (rires) Mais chill aussi quand il le faut.

La Fleur (Crédits : Patrice Brylla)

Power Plant est un projet extrêmement ambitieux (un label Power Plant Records, des œuvres visuelles avec Power Plant Art, et Power Plant Elements pour la mode). As-tu une vision de la direction que doit prendre ce projet dans le futur ?

Je pense que la musique est le plus important pour moi : c’est elle qui a m’a amenée à faire toutes ces choses ensuite. L’année dernière j’ai fait une pause avec le label car j’avais besoin de me recentrer sur moi en tant qu’artiste. Savoir où je voulais aller musicalement. Tout cela me prenait vraiment du temps et, entretemps, je suis devenue mère. Mais j’aimerais vraiment relancer le le label l’année prochaine. Je trouve cela hyper excitant. La prochaine release sera mon nouvel EP. Je ne peux pas vous en dire plus aujourd’hui. Power Plant a toujours été le carrefour de plusieurs projets. Il permet également de faire passer des messages sur l’environnement, qui me fascine. J’ai envie de connecter ça avec l’univers d’un label. L’art aussi me fascine : je travaille avec un directeur artistique, qui est un ami. Pour la mode, j’a du mal à dégager du temps… Quelques produits vont arriver, mais rien de précis pour le moment.

Tu restes tout de même attachée aux projets que tu mets de côté pour l’instant ?

Bien sûr ! Et, si je veux que ça continue, ce ne sera pas juste en proposant de simples T-shirts. Je veux savoir comment cela est produit, d’où viennent les matières… J’y reste toujours attachée. Je ne sais juste pas encore sous quelle forme cette partie du projet va s’orienter la prochaine fois.

Ce soir, c’est ta première participation aux Transmusicales. Avec un nom comme La Fleur, tu dois sûrement être super heureuse de jouer face à un public français ?

Alors d’abord, La Fleur c’est mon deuxième prénom. Donc je n’ai pas pris ce nom juste pour évoquer “la fleur” en français. (rires) Mais, en effet, j’adore le public français. Il est très réactif. Je pense d’ailleurs que ce soir c’est la plus grosse scène française de ma carrière. Je suis un peu nerveuse, mais j’ai surtout très hâte de jouer pour ce public.

Les Trans est un grand festival, mais tu es très attachée également aux petites scènes clubs : où prends-tu le plus de plaisir ?

Je ne peux pas choisir. Les deux sont des scènes incroyables. Chacune a sa particularité. Mais, quitte à jouer en festival, je préfère jouer en plein air en journée puis enchaîner dans un club obscur. C’est le contraste qui me fascine. J’adore les deux, donc je ne ne peux pas choisir.

J’ai avec moi une sélection extraordinaire de tracks que tu avais choisies pour le magazine Tsugi cette année (Les Rubans). Parmi tous les DJ sets de ta carrière (sur scène ou enregistrés), lequel t’a le plus marquée ?

Oh génial ! Je peux la voir ? C’était une super expérience… Alors je pense qu’en format enregistré, je retiendrai l’Essential Mix que j’ai fait  pour la BBC Radio 1. En live il y en a eu tellement. Et de nombreux très bons DJ sets… le set que j’ai fait pour le Cercle était fun. Cet été il y a aussi eu le festival Fusion, un festival que je voulais faire depuis plusieurs années.

Y-a-t-il un morceau que tu adores jouer en ce moment ?

Il y en a un que je pense jouer ce soir, car c’est vraiment mon top 1 en ce moment. C’est un morceau de Steve Bug, “What’s Happened”, le remix de Rode. Il est punchy et en même temps il a de super mélodies.

On dit que la musique favorise la croissance des fleurs : tu leur conseille d’écouter quoi ?

L’un de mes morceaux : “Flowerhead” ! (rires). C’est un de mes premiers morceaux et toujours l’un de mes préférés.

 

 

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