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Babouchka Babouche, la drag queen qu’on veut élire Présidente en 2027

Babouchka Babouche, la drag queen qu’on veut élire Présidente en 2027

Candidate malheureuse de l’élection 2022, Babouchka Babouche est déjà dans la course pour la prochaine élection présidentielle. En plus de ses shows, elle met en scène ses combats dans une série de six épisodes.

Elle va vous en mettre plein la vue promet une affiche de campagne. C’est peu dire. Celle qui se présente comme drag queen, femme politique et mannequin, détonne dans le paysage politique et culturel français. Bouche rouge XXL, mèche platine et verbe haut, Babouchka Babouche est résolument « politcheap ». Depuis quatre ans, elle agite la scène drag, avec notamment les soirées qu’elle a cofondé, Ze nice show, La Nanarchie et Screen Queens. Si elle n’a pas réussi à réunir les 500 parrainages nécessaires à la validation de sa candidature cette année, Babouche a tout de même su se faire remarquer par Ouest France et Konbini qui lui ont accordé une interview. Femme de réseaux (sociaux), fine communicante, Babouche a même crée une websérie sur ses aventures, Babouche Présidente ! Comme elle l’affirme dans le premier épisode, « la qualité numéro un d’une femme politique, c’est l’audace. » Dans le climat politique moribond, cet activisme qui se moque des codes (très à droite) de la politique française est plus que bienvenu. Derrière la queen, il y a Samy André Ali, 25 ans, étudiant scénariste à La Fémis. A travers son art il donne un sens bien réel au terme de « communauté ». Portrait. 

La présidence, ambition intime d’une jeune drag queen 

« J’ai toujours voulu raconter des histoires, ça a toujours été ma passion. Que ce soit en faisant des films, ou en faisant mon personnage drag. » Son nom fait sourire et évoque une multitude de références. C’est d’abord un hommage à la babouche et au Maroc, mais aussi à Chérifa Babouche, « le vrai nom de Sheryfa Luna qui est devenue une star alors qu’elle a grandi avec ce nom à Evreux ». Babouche/Samy a pour sa part grandi à Puteaux, comme le duo de Tout ce qui brille. Viennent ensuite les iconiques initiales BB, « que je tiens à reprendre à l’extrême droite », Brigitte Bardot ayant viré réac. Il évoque aussi Kate Bush mais précise que « c’est elle qui m’a plagié, même si je n’ai pas de moyen de le prouver ». Le tout « reste bien en bouche », sans sous-entendu sexuel s’il vous plaît. Avec l’humour en étendard, les queens Divine et Alaska comme Saintes Patronnes, Samy revendique : « J’aime bien faire des bêtises. Babouche n’assume pas, mais moi en tant que scénariste derrière je pense que c’est marrant. Elle est un clown pour adulte. »

Babouchka Babouche
Photo : Jean Ranobrac

Avant de débarquer à La Fémis, le jeune homme est passé par Sciences Po, pour un master en affaires publiques culturelles qu’il a quitté au bout de… 2 semaines. Explication ? « C’était vraiment nul. » Qu’à cela ne tienne, la politique se fera sur scène et en talons. Sa toute première performance a eu lieu au son de « J’aime mon pays » de Sexy Sushi, avec un look « Brigitte Macron si elle avait vécu à la ZAD ». Dès ses débuts, Babouchka Babouche est candidate à la Présidentielle : « Les drag queens qui veulent être mannequin ou star de la chanson, il y en a déjà beaucoup » explique Samy. Plus qu’un choix stratégique pour se distinguer sur la scène drag, ce choix de carrière est bien un parti pris révélateur : « Une grande partie des productions audio visuelles qui sont faites sur le drag m’ennuient. La dimension du drag comme moyen d’explorer son genre et découvrir une partie de soi, sa vérité… ça ne m’intéresse pas du tout. » expose le scénariste. Il ajoute : « Jean-Luc Godard a dit que tout est politique mais je ne sais pas si faire un lip-synch de Beyoncé est nécessairement politique. Tout est politique mais tout ne peut pas être un statement. »

A l’heure où le drag connaît une forme de reconnaissance grand public et de standardisation, Samy assume très bien d’avoir développé son personnage par le DIY : « Je ne suis pas très scolaire. J’aime bien faire. Ce qui fait que parfois je ne suis pas super organisé. Je préfère faire, quitte à mal faire. » Sans renier la période punk de ses débuts, l’artiste a tout de même fini par apprendre l’art du maquillage pour donner du corps au personnage de Babouche : « La parodie a besoin d’un peu de vraisemblance. » 

La vie politique française, un terrain de jeu camp

Côté look, Babouchka Babouche navigue naturellement entre un panel de tenues bleu-blanc-rouge, qui, le hasard fait bien les choses, est avant tout l’association de couleurs préférée de Samy. Son caractère bravache, Babouche le doit sans équivoque aux femmes politiques françaises : « Depuis tout petit, je regarde beaucoup la télé parce que mes parents travaillaient tard. J’ai été vraiment élevé par la télé et j’ai toujours été très intéressé par les interviews, la mise en scène… tout ce côté purement camp de la politique française. » Fan des séries Baron Noir et Mrs. America, Samy poursuit : « J’adore les gens qui en font des caisses. La vision très personnelle qu’ont les personnages politiques de la sincérité m’intéresse. Ils s’en servent comme d’une arme. » C’est dans cette lignée que le projet de “mockumentary”, Babouche Présidente ! se situe. Les aventures de la drag queen font ressortir le grotesque des rituels de la vie politique, comme son premier meeting raté sur un marché parisien.

Photo : Charlotte & Mila Olivier

Entre Roselyne Bachelot et Anne Hidalgo, Rachida Dati occupe une place de choix au panthéon des femmes politiques « problematic fav » et role models pour Babouchka Babouche. Celle qui excelle dans l’art de la pique sur les plateaux télé représente quelque chose de particulier aux yeux de Samy : « Pour moi, quand Rachida Dati pense à ses intérêts, elle pense à ceux de sa famille, ceux de sa communauté… Elle ne pense pas qu’à elle-même, mais aussi à son cercle proche. » Il poursuit : « Ce qui me touche chez elle, c’est ça : cette femme d’origine algérienne, aurait-elle pu réussir comme ça à gauche à l’époque ? Je ne pense sincèrement pas. » Néanmoins, il tient à préciser que son admiration pour l’ancienne garde des Sceaux encartée chez LR garde un sens bien spécifique : « comme Margaret Thatcher ou encore Dark Vador avant elle, ces personnalités controversées sont fascinantes, iconiques mais également dangereuses en cela qu’elles ne peuvent s’empêcher de piétiner nos droits et les luttes sociales pour lesquelles nous combattons. Je conclurais en m’adressant à la première concernée: Rachida, je peux te sauver. »

Pouvoir aux communautés

C’est que le cœur de Babouchka Babouche bat fermement à gauche. Elle se prononce en faveur de la VIème République « comme certains candidats » et annonce « un gros déblayage à faire » en cas d’élection, avec pour première mesure phare, « augmenter les salaires ». Le programme de Babouchka repose sur 3 grands axes : la justice sociale, l’écologie et « Rendez l’argent ». Sur ce point, tous les riches sont concernés, sans distinction : « En ce moment on parle beaucoup de McKinsey, les cabinets de consulting… Tout ça, ben ça dégage. Je connais des gens qui ont travaillé dans ce genre de boîtes et même eux savent que leur travail ne sert à rien. » explique Samy, qui se dit globalement assez aligné avec les idées de son personnage. « La priorité c’est que les gens arrêtent de dormir à la rue et de mourir. » 

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Babouchka Babouche
Photo : Jean Ranobrac

La vision critique de Samy concernant les productions drag se retrouve dans sa vision de l’actualité des luttes LGBTQIA+ et l’importance accordée à la visibilité ces dernières années : « Au final qu’est-ce que la représentation face aux droits sociaux ? » Il détaille : « Je suis persuadée que les problématiques LGBT n’ont de sens que s’il y a du social, de l’éducation, de la santé mentale, sexuelle avec… Le social c’est le nerf de la guerre. Le gay du FN te dirait qu’il faut mettre les noirs et les arabes dehors et tout serait résolu » Il poursuit : « Ce à quoi je crois c’est de permettre à chacun de vivre sa vie dans le respect et la liberté, sans verser dans le libéralisme.» C’est à cette condition que l’union fait la force, et aussi grâce à l’animation de communautés dynamiques : « Ce qui est le plus important c’est de réussir à tisser des liens communautaires – mot interdit dans ce pays –, que ce soit la communauté LGBT, ton quartier, les assos… Les gens les plus heureux de mon entourage sont ceux qui appartiennent le plus à différents groupes. Y a pas de meilleur moyen de tomber en dépression que d’être seul chez soi à faire des trucs nuls… et je crois que c’est le projet de la Macronie. » 

C’est dans cette ambition de réunir et mélanger les publics que repose sans doute le secret de l’énergie de Babouche, son arme politique secrète. Son amour du jeu, qui va jusqu’à créer le malaise parfois, exprime une ambition, celle de lutter contre l’entre-soi à l’échelle du grand tout social comme de la scène drag : « Ce n’est pas marrant de faire le même numéros devant les 3 mêmes personnes qui sortent à Paris. C’est élargir ce qu’on fait qui est marrant, c’est rencontrer des gens. » Bien qu’« attristée d’avoir à subir la moumoute de notre président 5 ans de plus », Babouche promet de ne pas abandonner son rêve. Avec 89 députés RN rentrés à l’Assemblée Nationale aux dernières législatives, Babouche le dit haut et fort: « Je vais rester bruyante, encourager les jeunes, les LGBTQI et la fRance à voter pour sauver le monde et bien sûr : rendre la fRance moins rance. »


Deux épisodes de Babouche Présidente ! sont déjà sortis, les 4 prochains arrivent à la rentrée !
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