63ème Salon de Montrouge. 5 artistes à ne pas manquer.

©Ariane Loze MANIFESTOXXI
Décor, 2016 ©Ariane Loze

Le 63ème Salon de Montrouge commençait la semaine dernière ! Rendez-vous incontournable de la jeune création, l’immense espace du Beffroi rend toujours aussi difficile de mettre en valeur tous les artistes. Mais l’expo cette année a tout pour plaire (merci aux commissaires !) et sur les 52 artistes présentés, voici notre sélection.

Du 28 avril au 23 mai

RDV performances : Jeudi 17 mai – soirée 6.03 avec le Palais de Tokyo

JULIA GAULT

Bien que le monde se renverse nous cueille juste passées les portes du Salon. L’installation de Julia Gault, bâche imprimée chue sur six tubes de cuivre, donne au paysage qu’il représente, désolé, une pesanteur sculpturale. Sur cette bâche, le résultat d’un éboulement au sein d’une favela de Rio, ayant entrainé sous lui plusieurs logis. Julia Gault, qui a vécu lors d’un voyage ce sinistre, a voulu en retranscrire la fragilité de l’habitat, là plutôt qu’ici, et fait des tubes de cuivre, canalisations coupables de l’explosion, les garants de la tenue de l’œuvre. Et y grave ces vers de Roberto Juarroz, tirés de Poésie Verticale :

Une voûte pareille à une eau qui ne s’écoule pas
bien que le verre se renverse,
       bien que le monde se renverse. 
Et soudain l’on sent que si cela s’écoulait
on pourrait être face à la première pluie
       ou du moins à un bras qui se plie jusqu’au sommeil.

Œuvre remarquable, et remarquée cette année, Bien que… est une clef de lecture de la pratique de Julia Gault, variations autour de la délicate harmonie des structures verticales – comme le plus explicite Kairos, pilier de terre, également présenté cette année au Salon. Cette tension, et le rendu brut, terrestre, de ses compositions, évoquent une lutte incessante de la matière à s’élever, s’édifier ; portant, dans la certitude de son devenir-poussière, sa troublante grandeur.

Samuel Belfond

©Julia Gault Manifesto XXI
Bien que le monde se renverse, 2018 ©Julia Gault

PAULINE TOYER

Quelques tuyaux émergent d’une structure carrée, blanche, circulant d’une solution aqueuse à l’autre avant de s’arrêter contre le sol. Comme un vieil appareil électroménager, cette première sculpture de Pauline Toyer fait écho à une seconde, quelques mètres plus loin. Rampant contre le mur et le sol, deux tuyaux de cuivre se dédoublent et plongent dans une solution de vinaigre et de sel, créant une émulsion de rouille bleu-vert.

Pauline Toyer travaille la matière à travers sa temporalité, et la technique en tant que symbole du progrès. Elle les expose comme lieu de mémoire, de fiction et de renouvellement. Comme lieu de vie et d’histoire. Ici, l’artiste crée donc une fiction : plomberie imaginaire, transformation de la rouille en œuvre d’art, technologie datée à la fonction énigmatique. Presque alchimique.

Ana Bordenave

©Pauline Toyer ManifestoXXI
Espace insécable, 2017 ©Pauline Toyer

GARUSH MELKONYAN

Sur quatre écrans, quatre personnages s’échangent les mêmes répliques, les mêmes rires, la même chanson. De dos, puis de face, hommes ou femmes, il semble qu’on se soit parfois trompé de caractère ! Dans Just the four of us, Garush Melkonyan nous méconduit sur le physique et le sexe des personnages. Il joue avec le montage vidéo et audio dans l’espace. Nous fait entrer dans une installation où nous ne trouvons pas tout à fait notre place. Une mise en scène en miroir : Tous les écrans racontent une même histoire, même s’ils ne la racontent pas de la même façon.

Artistes vidéastes, Garush Melkonyan met en scène des caractères comme issus de notre société de consommation. Ses installations dressent leurs scènes, et l’artiste interroge ainsi la force du langage et des images dans la construction de l’individu.

Ana Bordenave

Un artiste que vous pouvez retrouver également pour Collection Croisière à La Panacée du 17 au 19 mai, au programme du festival Si Cinéma à Caen les 24 et 25 mai, et à l’exposition des diplômé-e-s des Beaux-Arts de Paris à partir du 28 juin.

©Garush Melkonyan MANIFESTOXXI
Just the four of us, 2018 ©Garush Melkonyan

ARIANE LOZE

« C’est dans la répétition et même la redite que la qualité apparaît. » C’est en tout cas ce que dit Ariane Loze en défendant son propre travail dans sa vidéo Profitability (2017). Ariane Loze conçoit des vidéos, qu’elle réalise seule, et où elle incarne tous les rôles. Exercice de style, mais pas seulement. Ici, plus qu’un grand jeu d’actrice, la répétition questionne les capacités du montage vidéo à nous faire imaginer les situations et les personnages. Qu’est-ce qui permet de mettre en scène une discussion ? Que faut-il pour nous faire entrer dans la fiction ?

Issue d’études en théâtre, Ariane Loze double ses vidéos de performances sur elle-même en train de tourner ses vidéos… Elle décortique le médium avec les plus simples moyens, et elle y prend visiblement du plaisir !

Ana Bordenave

Pour voir son travail cet été, allez à la Moscow International Biennale for Young Art, à la 1ère biennale de Riga pour l’art contemporain, et à Kanal – Centre Pompidou à Bruxelles pour les treize mois d’exposition d’ouverture dès cette semaine.

©Ariane Loze MANIFESTOXXI
Profitability, 2017 ©Ariane Loze

YANN LACROIX

L’allée centrale, un peu plus avant. Deux huiles du jeune peintre freinent le pas, puis saisissent l’œil. Les deux paysages, Tennis court et Silent pool, l’attirent d’abord par la chatoyance estivale de leurs thèmes et tons – bleus cérulé et outremer, ocre, nuances de vert végétal. Elles le retiennent ensuite par l’étrangeté qui en émane. Pourquoi cette piscine est-elle vide ? Ce court est-il encore marqué des glissades des joueurs du jour, ou seulement griffé de l’artiste qui s’amuse des plans et de la touche ?

Partant d’une pratique lié à la mémoire, Yann Lacroix recrée et rejoue ces paysages déserts, face auxquels le visiteur se trouve seul, et presque garant. Comme l’incipit sibyllin d’une nouvelle, dont l’auteur aurait volontairement laissé la chute inachevée, ces œuvres nous invitent à les prolonger dans le temps et l’espace. Nous y voyons un resort tropical, au petit matin d’une basse saison, lorsque le vide de ces grands ensembles en révèle la poétique, et que seuls l’habitent les personnels affairés, et qui jouissent seuls de ces lieux.

Samuel Belfond

©Yann Lacroix MANIFESTOXXI
Silent Pool, 2017 ©Yann Lacroix
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