Benjamin Lépine : génie malin du futur.

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La première fois que j’ai vu Benjamin Lépine démonter une imprimante, c’était en décembre 2011, dans sa petite piaule étudiante pour sa première plaque. Depuis, sa petite piaule étudiante s’est transformée en atelier de névrosé de la pièce de métal. Il y en a eu des imprimantes, des disques durs, des scanners, des smartphones et des aspirateurs de démontés depuis cette année 2011. Ayant eu la chance de suivre, de loin, et parfois de plus près, le travail de ce bonhomme, je suis donc super heureuse de vous faire découvrir son univers et son travail, de vous narrer son évolution afin que vous découvriez qui est Benjamin Lépine et surtout, que vous vous en souveniez.

La graine de « génie ».

Pour le côté curriculum vitae, Benjamin Lépine a fait pas mal de choses variées dans sa vie. Curieux de nature, bosseur, il a commencé par se former dans l’univers de l’informatique avant de tenter sa chance à l’école des Beaux-Arts de Rouen. Actuellement, il étudie l’informatique au CESI de Mont-Saint-Aignan tout en continuant de travailler sur ses œuvres personnelles. Voilà, ça, c’était pour le côté purement technique.

Cela fait donc plusieurs dizaines de mois qu’il travaille autour d’un projet. Démonter des inventions de tous les jours, en récupérer les pièces et en faire des œuvres d’art. Dit comme ça, ça semble super abstrait. Et pourtant, quand on écoute Benjamin en parler, c’est tout un raisonnement (pas con du tout) qui apparaît.

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La pensée de « génie ».

Benjamin Lépine, il accumule des pièces qu’il trouve belles en elles-mêmes et surtout trop belles pour rester cachées dans le ventre des machines que l’on côtoie tous les jours. C’est un univers magnifique créé par les ingénieurs sans qu’ils s’en rendent compte, figés sur l’utilité de ces pièces plus que par leur forme et leur ressenti.

« A chaque fois que j’arrive à dévisser le capot d’un aspirateur Dyson ou bien les maudits écrous en étoiles taille 8 des disques durs d’ordinateur, je découvre un monde de merveilles en miniature, caché pour tous les autres humains, c’est pourtant cette merveille de précision qui fait vivre notre monde. »

Un émerveillement devant le génie humain qui nous rappellerait celui d’Arthur Weasley, ébahi devant les choses que les ingénieurs sont capables d’inventer s’ils ont décidé de faire rouler, marcher ou voler quelque chose.

Il est aussi hallucinant de réaliser que le commun des mortels ne cherche jamais à comprendre ce qui se cache sous les habitacles des machines qu’il utilise pourtant tous les jours, qui lui apportent confort et sécurité, qui lui rendent la vie plus facile.

« Les gens se plaignent qu’ils sont pauvres ou dans la misère alors qu’ils ont chez eux des machines miraculeuses qui leur confèrent des super pouvoirs et dont ils n’ont pas la moindre idée du fonctionnement. Ils devraient remercier intérieurement ces gens qui les gratifient chaque jour d’une vie meilleure, d’un confort encore inimaginable il y a tout juste 100 ans même pour l’homme le plus riche du monde. »

Son travail met en lumière toutes les entrailles de ces inventions, nous faisant découvrir un univers jusqu’alors incertain. L’ignorance des noms de tous ces « génies de l’ombre », ces inventeurs qui nous ont sortis de la préhistoire et des cavernes, de l’obscurantisme et de l’ignorance, reste pour lui quelque chose d’incompréhensible et qu’il n’accepte pas. C’est toute la raison de son travail.

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La technique de « génie ».

Benjamin Lépine utilise donc tous ces matériaux comme des pinceaux afin de retranscrire sur ses plaques la beauté des choses qu’il voit. Adaptant ses outils de travail à son époque, son atelier est un véritable laboratoire de recherche dans lequel il étudie ce média qu’est « l’œuvre d’art technologique ».

Et quand on l’écoute parler, on est dans un film de George Lucas. Il imagine déjà des œuvres d’art alimentées électriquement, qui utiliseraient l’image, le son, la chimie, l’électronique, tout cet univers scientifique. Faisant l’acquisition d’une imprimante 3D dans les mois à venir, Benjamin pourra donner une toute autre dimension à son travail et à son imagination.

« L’art est trop figé, ça commence à m’énerver, même mes propres travaux, je veux qu’il y ait du mouvement, de l’information qui transite que l’œuvre soit connectée à internet, qu’elle ait un sens et une interactivité bien plus profonde que tout ce qui existe actuellement. »

C’est assez hallucinant la beauté des plaques qu’il crée à partir de matériaux quelconques qui, assemblés les uns avec les autres, nous donnent l’impression d’être quelque part ailleurs. On ressent les mois et les années passés entre ces différentes œuvres, elles évoluent. Dans ses premières plaques, les pièces électroniques sont engluées dans la peinture, comme voulant représenter la naissance d’un nouveau moyen d’expression artistique, comme si d’une certaine manière, on retrouvait de la science partout et qu’elle prenait le pas sur tout et s’imposait même dans les arts traditionnels.

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Plus les plaques sont récentes, moins il y a de peinture. Les matériaux utilisés sont de plus en plus futuristes, les plaques sont de plus en plus épurées, structurées et réfléchit. Elles évoluent.

« J’ai fait tout ça sans même en avoir conscience simplement parce que ça me plaisait de plus en plus comme ça. A présent je n’aime que les œuvres parfaitement propres et à base de matériaux  comme l’aluminium, le plastique, le verre, les composites industriels. Les autres matières m’évoquent un mode de pensée rétrograde, la facilité, l’ignorance et le déni de la science et de la modernité. »

Le bout de « génie ».

Voilà, Benjamin Lépine c’est ce genre de mec, ce genre d’artistes qui se posent dix mille questions et réalisent les choses en grand, n’ayant pas peur du challenge. La première fois que j’ai vu son minois, il était en haut d’un escabeau et peignait un monochrome de plusieurs mètres de haut. Quand je lui avais demandé pourquoi il l’avait fait si grand, il m’avait répondu un truc du genre « pour qu’on le voie bien ». Tout simplement.

C’est aussi un mec tout à fait normal, qui a des rêves, des envies, des ambitions, qui prend des risques pour arriver à ses fins, qui a peur de perdre tout un univers qui lui est propre (si jamais un autre énergumène de talent passait par là) et toute une reconnaissance qui l’est tout autant. C’est un jeune homme qui se cherche, qui avance pas à pas, se perd parfois et se trouve petit à petit. Quand je le revois il y a longtemps maintenant, je me dis que le contrat est rempli, que les promesses sont tenues. J’écris et il crée. Le parfait avenir que l’on imaginait l’un pour l’autre il y a plusieurs années maintenant.

« Je pense qu’artistes, ingénieurs et chercheurs scientifiques se ressemblent énormément, nous avons des buts différents (l’émotionnel pour les artistes, le fonctionnel pour les ingénieurs) mais nous devons utiliser les mêmes leviers créatifs pour arriver à nos fins. L’artiste ne doit pas s’enfermer dans un personnage du passé et doit travailler en symbiose avec ses semblables. »

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Benjamin, c’est un homme atypique. On aime ses œuvres et le personnage. L’ ayant connu durant différentes périodes (apportant avec elles différentes coupes de cheveux), je me demande bien quel autre concept il me sortira à la prochaine pinte partagée, quelle autre idée grandiose aura germé dans sa tête d’excentrique, sous ses quelques mèches brunes rebelles. Musicien, inventeur, informaticien, mordu de l’électronique, culotté, leader, gourou, demi-dieu… je suis certaine que d’ici quelques mois, quelques années, après moult questionnements et moult créations, on pourra ajouter à la liste d’autres qualificatifs de ce tendre énergumène.

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