Les Gordon : entre évasion et voyage – Rencontre

Les Gordon, c’est de la musique électronique planante et envoûtante mélangeant des influences classiques, des sons japonisants et une grande maîtrise du sampling. Depuis deux ans, il a évolué et multiplié les projets. Leska (Les Gordon et Douchka) le mène aux iNOUïS du Printemps de Bourges en avril. Rencontre.

Manifesto XXI – On t’avait rencontré il y a deux ans, qu’est-ce qui a changé pour toi ?

Les Gordon : Depuis un an, il y a eu pas mal de changements, notamment la rencontre avec Thomas pour Leska, ce qui a été assez décisif dans le trio des projets : Les Gordon, Douchka et Leska. Et depuis un an, il y a eu pas mal de choses de sorties : il y a eu Atlas, Abyss cette année et pas mal de concerts et d’activité.

Plus de travail alors ?

Du boulot, oui, et une intermittence. C’est un statut qui est bien pour les artistes, même s’ils veulent faire des changements ; moi, je trouve qu’il faut se battre pour le garder. Ce n’est pas juste un statut privilégié. Il permet de créer, d’être autonome, de s’émanciper en tant qu’artiste.

Il y a eu des changements dans ton entourage professionnel ?

Je suis en train de changer de label, j’ai fini mon contrat avec Kitsuné. J’attaque un projet d’album avec Sony Arista. Pour le moment, il n’y a pas d’urgence de concerts, je me concentre sur mon album : la construction, l’écriture, la production, la recherche de featurings.

Quand ton album va-t-il sortir ?

Cette année, mais il n’y a pas de date précise. Il sortira certainement en septembre pour la rentrée culturelle.

Quelle évolution pour ta musique ?

Il y a toujours eu une continuité, mais Leska a vraiment apporté une touche avec un autre producteur. J’ai pu analyser de quelle façon on produit, comment on se tient sur scène. Ce n’est pas vraiment un comparatif mais on regarde l’environnement, ça donne des repères. Le projet Leska est assez neuf, ça date d’il y a un an et demi. On est impatients. On travaille avec le label Nowadays, le tourneur Alias, cela fait d’autres repères.

Comment se passe la collaboration avec Leska ?

En fait, avec Thomas, c’est parti d’une soirée où on jouait chacun, et depuis un projet est né de notre amitié, on a chacun nos projets à côté de Leska. Leska prend beaucoup de temps pour le live et le studio, il y a aussi le perso mais cela se nourrit. On s’échange des conseils, pas de questions d’ego. C’est un apport essentiel dans nos projets.

Ton style musical a-t-il évolué ? 

Sur Leska, il y a une touche africaine, une touche de sample. On est allés en Afrique du Sud pour tourner le clip, ça nous a forcément influencés mais pas que. C’est vraiment plus une question d’amener du grain, de la texture, du sample. J’ai toujours eu cette volonté sur Les Gordon, ça a toujours été le nerf principal de mes compositions : la boucle et de quelle façon je peux amener cette boucle.

Pour mon album, j’ai eu un partenariat avec le musée Guimet, le musée des arts asiatiques à Paris. Ils m’ont ouvert les archives sonores, ce sont des archives qui ne sont pas forcément accessibles. Je suis très content de pouvoir en bénéficier. Cela m’a beaucoup influencé dans la direction de mon album. J’ai fait quatre représentations au musée. Ils ouvrent de plus en plus à la musique électronique. On a fait un partenariat pour trois dates : un concert, un ciné-concert et un Guimet [Mix] en mode DJ set. Ce sont trois formules pour que le public puisse découvrir mon univers mais aussi le musée. J’initie la musique au musée et ils vont continuer. Je suis très content de bénéficier de cet accompagnement. Je continuer d’aller chercher des archives, des vinyles. C’est mon premier album, c’est important pour moi de montrer mon univers, de bosser les bases de quelque chose de fort et de montrer qu’il y a une vraie histoire derrière. Je veux qu’il y ait une suite d’idées dans mon album, avec un fil conducteur.

D’où te viennent ces influences d’Afrique et d’Asie ?

Ce n’est pas neuf ! De base, mes racines sont en Asie : mon grand-père était japonais, mon père est taïwanais, donc il y a tout un pan de culture que je retrouve. Depuis que je suis petit je vais en Asie. Je suis souvent allé au Japon et à Taïwan avec mes parents, j’ai encore de la famille là-bas. L’album va parler de moi et comme je suis un mélange, je suis eurasien, forcément cela fait appel à mes racines. Je veux rappeler cela dans ma musique, ce n’est pas juste un effet de mode. Cela fait partie de ma culture. Ce n’est pas forcément japonais mais asiatique. C’est quelque chose qui se raccorde à ma personnalité. On va parler de douceur et de fragilité, il y a toujours cet aspect dans ma musique, j’espère qu’un côté doux va se dégager.

De quoi parle l’album, exactement ?

Il y a un concept dont je ne veux pas parler, mais cela fait écho à mes sensations ainsi qu’à l’environnement qui m’a construit. C’est aussi un rapport aux autres. Pour le moment, la direction est sur le côté doux et fragile.

La musique électronique se développe de plus en plus, as-tu l’impression que la concurrence est de plus en plus rude ? 

Moi, cela ne me dérange pas. Celui qui a ouvert les portes en France, c’est Fakear, on a à peu près les mêmes influences. Je trouve aussi que le dernier album de Bonobo est une tuerie. J’ai le même rapport que Fakear à la musique, donc ce n’est pas étonnant qu’il y ait des ressemblances. On m’assimile souvent à lui ; cela ne me gêne pas, nous sommes de la même mouvance. J’ai appréhendé beaucoup d’artistes comme Bonobo ou Gold Panda. Mais j’écoute aussi beaucoup de producteurs sur SoundCloud. On a beaucoup de directions et beaucoup d’influences communes. La scène est très intéressante. Quand j’étais jeune, je pensais à la concurrence ; maintenant, je pense plutôt au fait de délivrer ma musique aux gens, de voir si cela peut les toucher. Ce n’est pas être le premier ou le mieux placé.

Tu as fait du dessin par le passé : crées-tu tes visuels ?

Le dessin, c’est mon métier d’avant. Mon père est peintre donc j’ai baigné là-dedans, j’ai fait les beaux-arts puis une école à Lyon, j’ai commencé par travailler comme dessinateur d’animation à Vivement Lundi !, par exemple. Et en fait, c’est moi qui fais les visuels ; là, je me colle même à la vidéo, j’ai produit deux clips pour Colorado et j’ai produit mon clip pour « Shiho & Kyoko » dans Abyss. Tout est lié : ce qui me représente, c’est le côté « je m’occupe de tout ».

Quel type de message souhaites-tu faire passer dans ta musique ?

Pour moi, il y a beaucoup de clichés qui sont dits dans la musique électro. Je pense que le rapport a évolué ces dix dernières années. Pour moi, le message passe à travers la musique. Ce n’est pas qu’en termes de genres musicaux, c’est l’envie de délivrer quelque chose. Je cherche à provoquer quelque chose chez le spectateur, à lui faire ressentir quelque chose. J’appréhende la musique en termes d’évasion et de voyage, je n’ai pas un rapport politique comme d’autres, c’est plutôt un message aérien. Faire ressentir des choses.

Quelles chansons écoutes-tu en ce moment ?

J’écoute plein de choses différentes. J’aime bien « Humanoide » sur le dernier album de Nekfeu, il y a plein de choses. Avec le dernier album de Bonobo, je me suis pris une bonne claque, ça me donne des idées.

***

Le duo Leska (Les Gordon/Douchka) fait officiellement partie de la programmation des iNOUïS du Printemps de Bourges, du 18 au 23 avril 2017.

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