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Vitesse Extrême. Faire la fête à tous les niveaux

Vitesse Extrême. Faire la fête à tous les niveaux

Manifesto 21 - Vitesse Extrême

Nous sommes allés à la rencontre de Claire-Jeanne et Jules, organisateurs de la soirée Vitesse Extrême pour découvrir qui se cache derrière ce nouvel événement.

Durant la décennie précédente, les façons de faire la fête à Paris ont évolué. Après la publication de la lettre ouverte Quand la nuit meurt en silence, qui faisait état d’une industrie nocturne étouffée, la Mairie de Paris ainsi que certains acteurs de la nuit engagent des discussions ayant pour objectif de trouver un terrain d’entente quant à la redynamisation future de la ville. Si l’on observe après-coup la naissance de nouveaux clubs, la véritable dynamique advient surtout avec l’émergence de soirées technos plus en accord – éthique – avec l’époque qu’elle traverse. Plus que des événements nocturnes quelconques, ces rendez-vous  réguliers répondent aussi à une urgence d’identification et de libération des communautés LGBTQIA+. Ces lieux deviennent des espaces-refuges dans lesquels l’apparence physique n’est plus soumise à aucune attente et ne font pas non plus-cas de l’orientation sexuelle, du genre affirmé ou des pronoms revendiqués par les participants. 

Avec le recul de quelques années, force est de constater, à présent, qu’en cherchant à abolir de nombreux codes sociaux, ces événements ont contribué à l’apparition d’autres codes  propres à la fréquentation de ces micros-espaces. Le questionnement s’impose alors, sommes-nous aussi libres en soirée techno qu’il n’y parait? La libération atteinte est-elle satisfaisante, ou bien faut-il chercher encore à se libérer plus? La décennie que nous entamons doit faire face à ses interrogations et proposer un consensus de réponse. 

Vitesse Extrême a attiré notre attention parce qu’elle semble annoncer le début d’un nouveau chapitre dans l’histoire de la vie nocturne parisienne. Cette soirée se présente comme un événement sans tabou répondant à une philosophie radicale de liberté d’être et d’agir. Il cherche à casser les codes en élevant la soirée au rang d’expérience, une expérience libératrice, qui opère du pouvoir de réunir. Il n’est plus question de faire la fête pour soi, mais de faire la fête avec et pour les autres. Intrigués par l’apparition soudaine de cette soirée, nous avons décidé de rencontrer ces organisateurs. 

Jules est un inconditionnel punk, il a tout du techno-club-kid, ses cheveux d’un blond scintillant contraste avec son cuir noir sur les épaules. Il est accompagné par Claire-Jeanne, une Paris-Hilton déchue en icône grunge, lunette de soleil Chanel à l’appuie, chaussure Aliexpress façon grand luxe. Sous sa fourrure léopard se cache un chihuahua, Opium-Chéri, un colosse aux dents d’aciers, paré d’un collier rose bonbon, décoré de brillants réfléchissants. 

© Célia Blum

Manifesto XXIDans le communiqué que vous nous avez fait parvenir, vous dites que « Vitesse Extreme est le fruit d’une histoire d’amour entre deux passionnés d’événements et de sensations fortes ». Comment vous est venue l’idée d’organiser la soirée? 

Claire-Jeanne : Pour mon anniversaire nous sommes allés à Disneyland. L’idée d’organiser une soirée qui fonctionne de la même manière qu’un parc à thème nous est venue à ce moment là. Par rapport à la fête foraine, composée uniquement d’attractions sans esthétique globale ou particulière, dans laquelle on se rend pour les sensations et pour passer un bon moment avec ses potes ; quand on rentre dans un parc à thème, on sait immédiatement que c’est un endroit particulier, il y a le décor, les personnages, les différents univers, l’ambiance est totalement différente. Ce qu’on veut organiser c’est le WorldDisney des soirées où rien n’est laissé au hasard. Comme tout le monde va à Disney, tout le monde va à Vitesse Extrême. 

Paris regorge de soirées et d’événements en tous genre, comment est-ce que Vitesse Extrême se différencie ? 

Claire-Jeanne : Vitesse Extrême est une soirée pour les personnes qui aiment s’amuser. On le conçoit comme une ode à la fête plus qu’une ode à un style de musique en particulier. Nous ne sommes pas une soirée techno, ou bien une soirée minimale, nous proposons une fête au sens propre du terme. C’est aussi une soirée super libre, car aujourd’hu, pour faire l’expérience de la liberté en soirée, on finit toujours par se retrouver dans des hangars, avec tout le monde qui portent des chaînes. Finalement, c’est assez redondant, ce n’est plus rigolo. Pour en avoir fait plusieurs, on finit par s’y ennuyer, on perd le côté festif des choses. 

Jules : On voulait sortir du circuit industriel où tout le monde se retrouve forcément en warehouse, habillé en noir, avec des chaines et de la techno. On a voulu rapatrier des personnes de différents horizons, mais qui ont pour point en commun d’aimer s’amuser. On voulait faire quelque chose de complet dans cet état d’esprit de « faire la fête à tous les niveaux ». On propose une soirée 4-Dimensions, tout n’est pas axé sur la musique, et donc sur le sens de l’écoute, mais l’expérience s’adresse à tous les sens physiologiques. Il y aura du décor et on aimerait faire quelque chose avec du parfum pour solliciter l’odorat aussi. 

Donc vous organisez la soirée idéale que vous aimeriez fréquenter ? 

Jules : Aujourd’hui il y a un peu un côté élitiste dans les événements à Paris. Tu sors aux mêmes endroits, tu fréquentes les mêmes personnes, tu rencontres les mêmes organisations. En devenant des gastronomes de la fête, nos attentes se sont précisées : on sait exactement ce qu’on veut, on sait ce qu’on aime dans la fête et le sachant, on trouvait de moins en moins de fêtes qui répondent à nos attentes. La soirée qu’on organise, c’est vraiment la soirée à laquelle nous, on veut aller. 

Claire-Jeanne : S’amuser en soirée, aujourd’hui, c’est aimer la musique et prendre de la drogue, donc tout se ressemble : des hangars, gris avec des grosses enceintes, dans lequel on vogue entre le fumoir et l’endroit pour danser. C’est devenu assez mécanique et on se rend compte que,  autour de nous, plusieurs partagent cet avis. Finalement, si tu veux être libre tu te retrouves en soirée techno et plutôt que de te mettre nu, tu te mets en soutiens-gorge, parce que c’est comme ça que tout le monde fait. On aimerait décloisonner la façon de faire la fête en proposant une soirée totale où tous les moyens d’expressions sont bons, pas seulement ceux qui sont admis, mais trouver de nouvelles choses, de nouveaux codes, construire ensemble une nouvelle manière de faire la fête. 

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© Vincent Ducard

Le nom Vitesse Extrême sous-entend évidement une notion de rapidité. Or, nous vivons dans une époque où la rapidité compte plus que jamais. Avez-vous pensez à ce rapprochement lorsque vous avez choisi le nom de la soirée ? Sinon, pourquoi invoquer l’imaginaire de la rapidité ? 

Claire-Jeanne : La ride, la fête, la ride. Tu y vas à fond. Ça nous faisait rire de voir les logos « truc bidule 3000 » à Disneyland. Alors on s’est dit que, très schématiquement, si t’as une attraction qui va vite, tu l’appelles Vitesse Extrême. À Disney on ne s’arrête jamais, même lorsque tu es perdu, tu demandes ton chemin à une peluche géante, on t’indique la direction et tout va très vite. En même temps tout est très ludique, c’est une fête, rapide et permanente. 

Jules : C’est Vitesse parce que tu peux y accéder rapidement. Tu arrives, tu fais la fête et tu repars. C’est simple. Et Extrême parce qu’on avait envie qu’il y ait tous les sens, pleins d’artistes, pas de tabous. On a surtout branché le truc sur le live, il faut que ça vive, que ça aille dans tous les sens. 

© Célia Blum

À propos de la musique, vous avez un line-up assez éclectique, qui regroupe des artistes pionniers dans leur domaine, aux influences musicales diverses. Pourquoi ce choix ? 

Claire-Jeanne : Les artistes qu’on a choisi mixent ici et là en soirée. En revanche, on souhaite développer une esthétique sonore propre à Vitesse Extrême, quelque chose qu’on n’a jamais entendu ailleurs. Si vous les écoutez sur soundcloud, ce n’est pas représentatif de ce qu’ils vont faire pour nous. Yasmeen par exemple, lorsqu’on lui a parlé du projet elle nous a dit « votre soirée je la sens de ouf », puis elle est revenue vers nous avec des sons qu’on a adoré, qu’elle a fait pour notre soirée. Et en même temps, tous les artistes vont rester dans des styles différents, pour garantir cette liberté musicale à notre public.

Le line-up est construit en fonction d’un parcours émotionnel. Yasmeen pour commencer, ultra sensuel, de grosses basses pour se chauffer et enlever ses premiers habits /préjugés. Ensuite Meun’s en B2B avec Fatma Pneumonia, pour rajouter au côté sexuel le côté super rapide avec des beats balkans énervés pour mettre littéralement à bas les préjugés et les habits. Vient le live de Gargäntua qui laissera totalement libre cours à la fête, aux pulsions, tout le monde se tapera dessus en scandant les valeurs de la fête. Puis le live EBM de Mind/Matter pour ajouter de la chaleur, tout en  contrastant avec son côté sombre. A ce moment-là de la soirée, tout sera permis, les non-dits n’auront plus leur place, on veut libérer le côté animal de chacun. Et pour finir, le live Eurodance énervé de Die Klar parce qu’un final doit rester dans les mémoires et donner envie de revenir : finir la soirée sur des rythmes hyper rapides, qui donnent envie de danser de la manière la plus libre dont chacun est capable, finir sur une totale frénésie. 

Jules : Ce sont les artistes à qui on a pensé en premier, parce que ce sont tous des gens qu’on connait bien. Prendre des gens trop connus c’est prendre le risque d’avoir un DJ qui propose un mix négligé parce qu’il s’en fout. Ce qui nous intéresse plutôt c’est de choisir des artistes avec qui on peut parler, construire. Ce sont des personnes qui participent pleinement à la soirée. Aussi, c’est une manière pour nous de poser la première pierre d’un futur bâtiment. Ils commencent, on commence aussi, on débute tous, ensemble. Tout le monde se soutient.

Enfin, au niveau de l’organisation de la soirée, vous la situez dans un « mapping interactif ». Qu’est-ce que c’est ? 

Jules : Pour la première, on a choisi un lieu tenu par des bikers. Ce sont des mecs qui ont créée l’endroit, pour eux et pour leurs potes. C’est toute une équipe de bikers comme on les imagines, ils portent des vestes en cuir avec des têtes de morts dans le dos ou des badges « president », « vice-president ». Lorsqu’on a découvert le lieu, immédiatement on a adoré l’ambiance. Pour rentrer à l’intérieur, ce sont des gros types barbus qui font la fouille ; à l’intérieur ce sont eux aussi qui servent les boissons au bar. Ça impose tout de suite un état d’esprit dont on s’est nourri  pour créer cette première édition. En fait, on a pris ce qui existe déjà dans le lieu et le reste on l’a pimpé. Par exemple, on va mettre des petits jeux avec des grappins, on va installer des télés cathodiques qui vont diffuser différents programmes vidéos ; il faut que le lieu soit ludique

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