Très Court International Film Festival. Un tour du monde en 200 minutes

Le format vidéo très court est exploré chaque jour, sur nos réseaux, en aperçu, sans que nous nous y arrêtions vraiment. Le Très Court International Film Festival nous invite à l’explorer, à l’apprécier, à s’y attarder. Trois heures de projection séquencées en 4 minutes simultanément dans plusieurs villes. Des concentrés d’histoires et d’univers imaginés aux quatre coins du monde qui s’entremêlent, nous faisant perdre nos repères temporels et émotionnels.

Cinq questions à Charlotte Lasne, coordinatrice générale du festival depuis quatre ans aux côtés de Marc Bati.

Manifesto XXI – Comment sélectionner 50 films de 4 minutes parmi des milliers?

La sélection se fait partout. Les réalisateurs inscrivent leur film sur le site. On est aussi inscrit sur des plateformes qui mettent en relation des réalisateurs et des festivals, principalement de courts-métrages. On fait aussi de la veille sur ce qui sort sur Internet, sur Vimeo, on sollicite nous-mêmes des réalisateurs qui nous plaisent.

Le seul critère pour le Très Court, c’est la durée: moins de 4 minutes. De cette contrainte découle une façon de raconter une histoire, soit en étant percutant dans le message, soit en présentant un univers singulier. On regarde ce que le réalisateur a à dire. Parfois c’est le scénario, on rentre tout de suite dans le sujet, on entre au milieu d’une situation. Il y a aussi des films qui sont moins narratifs, plus poétiques, intrigants, qu’on ne comprend pas tout de suite. Ils font souvent le pont entre deux films plus narratifs durant la projection.

Chaque année la sélection reflète les propositions que l’on reçoit. On voit environ 3000 films chaque année et on est toujours frappé par les convergences de sujets traités par des réalisateurs qui vivent aux antipodes de la planète. L’année dernière on a reçu 3 films avec le même scénario. C’était sur les violences domestiques, il y avait un film français, un espagnol et un américain, c’était exactement le même pitch.

Un sujet récurrent cette année?

Il y a deux ans les projets évoquaient en grande partie la crise. L’année dernière il y avait beaucoup de films espagnols sur l’avortement. Les artistes s’étaient emparés du sujet. Cette année, les films abordent la redéfinition des normes et de la société dans laquelle on vit. Dans la deuxième partie de la projection cette année, les films traitent – avec plus ou moins de force et de subtilité – de la question de l’homosexualité et de sa perception par les personnes concernées ou extérieures. En mettant tous les films ensemble il y a un questionnement sur l’identité, sur ce que les autres attendent de nous.

Le travail d’agencement des courts-métrages par votre équipe incarne également un œil artistique…

On sélectionne les films et on les agence effectivement de manière à créer un fil rouge. On organise la projection en deux parties avec deux thématiques. Sans toucher aux films de 4 minutes, la manière dont on organise l’enchaînement laisse transparaître notre vision. On cherche à interpeller le public. Un film drôle ne provoque pas les mêmes sentiments qu’un film dur, ce ressenti influence la manière dont on va percevoir le film suivant. En l’occurrence c’est Marc Bati qui est très bon pour faire cela.

Ce sont des premiers films?

Le format très court est accessible, certains sont faits avec des téléphones donc il y a des films amateurs tout comme des films très produits. Le format très court se développe aujourd’hui avec Vimeo et les réseaux sociaux. On remarque l’apparition des web-séries par exemple. Du 1er au 10 juin au Forum des Images, des réalisateurs opposés se rencontrent, des gens qui travaillent un même univers mais qui ne jouent pas dans la même cour au départ. Des gens pour qui le court-métrage est un marche-pied menant au long, d’autres pour lesquels le court est une réelle spécialité. Un film très court, pour nous, est un film à part entière. L’année dernière on avait lancé un programme qui a un beau succès, « L’instant très court » : des films de notre festival sont projetés dans les salles de cinéma en avant-séance.

Vous êtes un festival international qui défend un format de film facile à faire circuler. L’idée d’une plateforme dans le futur pour toucher un plus large public a été abordée?

C’est vrai que la plateforme serait pour nous un outil précieux pour proposer un programme du festival à l’échelle internationale. Néanmoins, en travaillant avec des créateurs partout dans le monde, on réalise vraiment que tous les pays n’en sont pas au même point dans la technologie. La plupart des projections simultanées sont dans des cinémas mais elles se passent aussi dans les bibliothèques, dans des théâtres, etc. C’est l’organisateur local qui fait le choix du lieu de projection. Nous sommes présents en Estonie depuis quelques années par exemple, la question de la diffusion en ligne dans des périodes circonscrites pour promouvoir le festival doit être replacée dans le différent contexte culturel. Nous faisons en effet très attention à la question des droits d’auteur. Or, une fois que c’est en ligne il y a toujours la crainte d’un détournement d’utilisation. La vision du cinéma et de l’objet culturel diverge selon les pays.

Du 1er au 10 juin dans 72 lieux de projection

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