Sopico. L’étrange enfant du rap français

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© Lucas Matichard

2017 aura été une année super productive pour Sopico, marquée notamment par un passage sur la chaîne Youtube du très pointu collectif berlinois Colors, et 2018 s’ouvre déjà en grand avec son nouvel album et une tournée dans toute la France. Très remarqué, l’enfant du Dojo, le studio du collectif de la 75ème Session dont il fait partie, continue d’inventer sa propre grammaire et confirme qu’il occupe une place à part dans le rap français.

Quand nous l’avons rencontré aux Bars en Trans 2017, Sopico nous avait rapidement confirmé qu’il avait l’intention de continuer sur sa lancée. Le temps d’une discussion, l’artiste nous a donné quelques clés pour ouvrir les portes de son imaginaire.

Fait de rimes propres, et d’acoustique

Plus dark, plus organique que Mojo sorti en 2016, a été écrit et produit en trois mois au Dojo. On retrouve des thèmes qui sont chers à l’artiste, mais déclinés dans une aura nouvelle, avec plus d’assurance. Quand on l’interroge sur sa musique, très vite Sopico nous dit son refus de ne rentrer que dans une case. Et on aurait bien tort de vouloir brider son univers.

On le dit rappeur, mais Sopico est plus que cela et ses créations ne se limitent pas à des singles et des albums. Entre ses deux albums, il y a eu, entre autres, l’EP Ëpisode 1 et Unplugged qui ont révélé une facette différente de ce que l’on peut écouter dans ses albums : ces textes mettent en avant sa guitare, son premier instrument qui lui est cher et auquel il voudrait donner une plus grande place. « J’ai pris le temps en amont et je suis sûr de la manière dont j’ai envie de le faire aujourd’hui. Sans m’enfermer dans un carcan, autant je fais du rap, autant je fais de la guitare et les deux peuvent fusionner, se rattacher et il n’y a pas de case dans laquelle je serais restreint. ». Pari réussi, la guitare est le fil rouge des 14 morceaux  de YË, parfois accompagnée de sons de piano ou de kalimba, petit instrument africain aussi appelé piano à pouces.

Unplugged occupe une place particulière dans les multiples projets de Sopico. « C’est un prolongement de mon cerveau, c’est une manière d’aller au plus simple, d’enregistrer des prises live. Et faire un truc qui me ressemble énormément. » Des guests viendront le rejoindre dans certaines sessions. Les images projetées derrière lui, souvenirs heureux et inspirations, sont très exactement une fenêtre ouverte sur ses pensées.

Mental positif

Sopico se livre très simplement et explique avec beaucoup de générosité ses projets. C’est peut-être la première chose que l’on remarque en discutant avec lui, sa présence humble. « Si je devais donner un des thèmes fort de ma musique ce serait de montrer aux gens que j’ai confiance en moi et dire aux gens qu’ils peuvent avoir confiance en eux, c’est une transmission positive. Il faut être positif dans la vie, pas naïf. » Si dans « Étrange enfant » il chante « Je ne suis pas comme la plupart de mes potes… », c’est que derrière se cache une conviction mûrement réfléchie.

Je pense sincèrement qu’il faut développer sa singularité, on n’a jamais assez confiance en soi, on n’a jamais confiance en soi à 100% 

Donner confiance aux autres, Sopico le fait en prenant soin de rester proche de ceux qui l’écoute. « Je veux être capable demain de dire ce que j’ai envie et faire la musique que j’ai envie sans qu’elle soit contrôlée par la tendance. J’ai aucun mal à répondre sur n’importe quel réseau, parce que je pense que c’est normal pour les gens qui m’écoutent de se poser des questions. Je sais bien sûr que ce n’est pas possible de répondre à tout le monde mais j’essaie de répondre à un maximum de personnes, ne serait-ce que pour leur faire comprendre que je suis comme tout le monde. » Sa détermination, il l’a forgée dans le sport, dans les arts martiaux et en particulier le judo qu’il a longtemps pratiqué. La philosophie du nindô (ndlr: terme japonais signifiant littéralement, la voie du ninja), imprègne ses phrases et son imaginaire.

Influences sages et absurdes pour musique hybride

Dans les textes de Sopico, on entend souvent parler de katanas, de guerriers. Ses textes oniriques sont inspirés par la candeur et les émerveillements de l’enfance, mais sont aussi imprégnés de détermination et d’une tension latente, parfois inquiétante. Le titre « Étrange Enfant » commence avec un extrait du film d’animation japonais Akira. « C’est un film qui m’a énormément émerveillé parce qu’il est dur et plein d’espoir. […] J’ai toujours aimé le cinéma, et la littérature lorsqu’elle est nuancée, lorsqu’elle ne met pas de grands coups de sabre sur des idées. J’ai un peu de mal avec les choses qui sont manichéennes. » D’ailleurs, sur le visuel de , Sopico pose avec une moto, comme sur l’affiche d’Akira.

Pour moi le truc le plus important dans ma musique c’est la nuance. 

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Les compostions de Sopico sont parfois empreintes de mélancolie, et de figures de style mystérieuses, souvent suivies d’une punchline bien percutante. « Dans « Arbre de vie » je dis que je suis un caillou près d’un arbre de vie c’est à dire que j’estime parfois dans ma tristesse que je suis plus une pierre, que je suis statique. » Strophe suivie de ces mots :

La tristesse est un art, je vibre.

Le fond de ces chansons prend une forme que Sopico soigne beaucoup, est un univers de clair-obscur éclairé aux néons ou par la lumière du petit jour. L’artiste s’intéresse aussi beaucoup au graphisme et la pochette d’Ëpisode 1 est le fruit créatif d’un travail avec deux amis. La plume de Sopico s’est nourrie d’écoutes de chansons françaises, de Brel, de M ; mais aussi de lectures, même s’il avoue qu’il lit moins que « dans sa jeunesse », et qu’il le regrette. « Mais je vais m’y remettre. C’est jamais un problème de se remettre dans un bouquin. ». Dans ses auteurs de référence, il ne pouvait y avoir que le pape de l’absurde, Eugène Ionesco. Il cite aussi le trilogie des Fourmis de Bernard Werber, et Nous les dieux. Ces influences plurielles laissent présager d’autres projets hybrides et inclassables.

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