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Sina XX, PRICE, Hey Djan, BZMC : Accords perdus #7

Sina XX, PRICE, Hey Djan, BZMC : Accords perdus #7

Manifesto XXI - Sina XX
Deux fois par mois, la rédaction musique revient sur les projets et les actualités musique marquantes des deux dernières semaines.

Les actualités du moment

✩ Retour au Moyen-Âge : la semaine passée, le concert de l’organiste suédoise Anna Von Hausswolff qui devait avoir lieu dans l’Église de Nantes a été empêché par des catholiques intégristes jugeant son travail « sataniste ». Quelques jours plus tard, c’est au tour de l’Église Saint-Eustache d’annuler son concert. Elle a finalement pu se produire dans le 17e arrondissement de Paris, dans un endroit gardé secret. En Belgique, ses concerts futurs seraient également menacés. Affaire à suivre.

✩ Drake se retire de la compétition des Grammys : cette année Drake ne sera pas en compétition pour les Grammys, pourtant nominé dans les catégories « meilleur album de rap » et « meilleure performance rap ». Drake déclarait dans une story Instagram qu’il faudrait revoir l’importance de ces récompenses; la notoriété d’un• e musicien• ne ne devrait pas dépendre de tout ça.


Les nouveautés à écouter

Hey Djan de Hey Djan (sorti le 30 novembre)

Nouveaux venus dans la scène des ailleurs musicaux réhabilités pour un auditoire élargi et intrinsèquement nourri par l’objectif de sauvegarder les folklores traditionnels pour les nouvelles générations d’auditeur·ices, Hey Djan fait la part belle au paysage sonore arménien. Ce groupe binational est né en mars 2020, initialement de l’attrait du multi-instrumentiste Adrien Soleiman (ayant auparavant collaboré avec des figures contemporaines telles qu’Amadou & Mariam, Juliette Armanet, Kavinsky, Sébastien Tellier ou Philippe Katerine) pour la culture de sa femme, Taline (graphiste de l’artwork). L’impulsion de ce projet original séduit immédiatement plusieurs musicien·nes confirmé·es, diplômé·es d’écoles et de conservatoires. Certain·es sont issu·es de la diaspora arménienne installée en France telle qu’Anaïs Aghayan ou Djivan Abkarian (principalement chanteur du groupe de rockabilly Howlin Jaws) mais aussi Maxime Daoud, Adrian Edeline (Serpent) ou Arnaud Biscay. Avec l’incontestable succès de Murman Tsuladze qui offre une nouvelle lecture de la culture musicale géorgienne, la découverte des ailleurs musicaux se poursuit plus au sud avec Hey Djan.

MAF.

Sequences (True Sentiments) de PRICE (sorti le 09 décembre)

PRICE est la nouvelle recrue pop baroque du label français Latency. « Pop », mais qui reste fidèle aux envies expérimentales du label qui a propulsé Laurel Halo, Lafawndah, ou Sam Kindel. La façon dont PRICE approche l’articulation vocale est un coup de gueule à la suprématie de l’anglais dans la musique. La plasticité de sa voix explore également la proéminence du « juste » : il chante parfois faux, qui est un parti pris et une invitation dans sa vulnérabilité. En termes de musicalité, Price alterne entre les codes propres au baroque, la folk acoustique ainsi que l’avant-garde. Tantôt sa voix est pure et inaltérée, comme dans sa track d’ouverture « Baroque Garage », tantôt elle est triturée sporadiquement par un vocodeur comme dans « Loveboat ». PRICE a déjà capté l’attention du monde de l’art : il a pu jouer à la Bourse du Commerce début décembre.

AdC.

A Time Between Birth and Chaos de Symo Reyn (sorti le 10 décembre)

Joueur de qanoûn, mais aussi multi-instrumentiste, Symo Reyn dévoile son premier album solo A Time Between Birth And Chaos, avec pour volonté de réinscrire la musique orientale dans une modernité plus présente. La délicatesse des mélodies s’enchaîne sur les pistes, une beauté quelque peu curieuse puisque l’instrument inventé depuis bien longtemps, vers 872 par le musicien et philosophe Al Farabi, a été repensé et refaçonné par l’artiste a l’aide d’un capteur spécial fixé au chevalet. Une harmonie électro acoustique raisonne parmi la distension des notes, les gestes se font entendre et une beauté organique s’inscrit dans un paysage riche et apaisant. L’enchaînement du dernier morceau du même titre que l’album nous prépare pour un crescendo cinématographique bourré d’une mélancolie presque étouffante.

GF.

IN D EV IL de BZMC (sorti le 11 décembre)

Maxime Primault aka BZMC s’inspire de ses performances accumulées en club pour façonner un EP dystopique et futuriste. Les titres récents accentuent l’alternance entre temps forts et temps de répits qui se retrouvent dans le monde de la nuit. La première track « Hard Pass » nous projette directement dans un rythme aux pulsations saccadées et désorientées. « Q W V F Prudence » s’inspire des bpm plus calmes de la dubstep. Parfois, des murmures viennent nous interrompre subtilement dans notre transe.

AdC.

ONE de COUCOU CHLOE (sorti le 11 décembre)

La Provençale, aujourd’hui basée à Londres, co-fondatrice du label Nuxxe (Shygirl, Sega Bodega) est l’auteure de plusieurs EP et récemment d’un remix pour Lady Gaga (Dawn Of Chromatica). Sur ONE, ses lyrics en boucle nous font tourner en bourrique et pour notre plus grand bonheur. Elle poursuit le sillon techno aux accents hip-hop qu’elle a emprunté jusqu’ici : une musique lente, entêtante aux beats gras comme sur la fanfare de ZERO FIVE STARS. Dans la vidéo LIVE ‘OnlyONE’ @ Sónar festival, munie d’un casque-micro elle se tient dans une chambre feutrée et stroboscopique. On a l’impression que rien ne pourrait la déranger, elle semble même de marbre. Mais de par certains textes, et les transformations qu’elle apporte à sa voix, elle trahit une sensibilité, tel un papillon de nuit coincé dans une boîte colorée. À écouter sans relâche.

CW.

Funderground de Sina XX (sorti le 17 décembre)

Voir Aussi

Alors que les clubs fermaient de nouveau leurs portes il y a quelques jours, Sina XX, fondateur du label Body to Body et du collectif Subtyl dégaine ce vendredi un nouvel EP Funderground sur le label londonien Techno Is The Devil’s Music. 4 tracks de techno industriel frappant les souterrains des raves avec ses rythmes ravageurs sur fond de contestations. « Blame Us For This Rave » le deuxième titre qui a été clippé pour l’occasion résonne à point nommé, mettant à l’honneur la communauté underground face aux répressions actuelles; un manifeste vibrant dans lequel l’urgence criante appelle à une liberté vitale. 

GF.


Les dernières parutions sur Manifesto XXI

 « PARA ONE – EXPLORING THE MACHINE, PARTIE 1 », par Cinder : Para One a marqué 2021 avec SPECTRE, un triple projet – album, film et live – aussi intime qu’ambitieux. Entretien fleuve en trois parties.

 « LA FINE FLEUR DU JAZZ LONDONIEN ÉTAIT RÉUNIE AU PITCHFORK FESTIVAL », par Gabin Morvan : Comme il est assez rare qu’on vous parle de jazz dans ces pages, on a voulu vous parler de la soirée qui a réuni trois formations emblématiques de la foisonnante scène londonienne au Bataclan le 18 novembre. L’occasion pour nous d’évoquer trois groupes qui brillent autant par leur virtuosité que par leur habilité à réinventer le genre : Cktrl, Nubya Garcia et Sons of Kemet.

 « ARCA, DE KICK I À KICK IIIII : LA FOI D’UNE MUTANTE », par Charles Wesley : La musicienne, performeuse, cyber diva vénézuélienne revient en force. Elle est l’une des artistes les plus stimulantes de notre temps et complète ce mois-ci le cycle des kicks, quintessence de sa très large et très queer palette sur XL Recordings, où elle officie depuis maintenant quatre ans.

 « LE MONDE C’EST LES AUTRES ? LA WORLD MUSIC EN DÉBAT », par Anouk Durocher : Contestée pour son caractère exotisant et occidentalo-centré, l’appellation World music continue pourtant d’être une classification de référence dans les magasins de disques comme sur les plateformes de streaming. Sa persistance dit beaucoup du racisme à l’œuvre dans les industries musicales et du colonialisme de nos sensibilités.


Image à la une : Sina XX

Rédaction : Géraldine Faure, Michel-Angelo Fedida, Adélaïde de Cerjat, Charles Wesley.

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