Sex toys et innovations : mon aprèm à TEDx Rennes

Samedi de vacances. Soleil et 25° annoncés pour la journée. Gay Pride avec son lot d’évènements festifs prévus à Rennes. Qui aurait envie d’aller s’enfermer dans un hangar pour écouter des conférences ? Je vous laisse deviner…

Samedi matin 11 h, je me rends donc à la 4e édition des conférences TEDx de Rennes organisée au Parc Expo.

Si TED ne vous dit rien, ces petites vidéos partagées très souvent sur les réseaux sociaux vous rappelleront sûrement quelque chose : https://www.ted.com/talks.

Initiales de Technology – Entertainment — Design, le principe est simple : promouvoir l’innovation en partageant des idées pour « changer le monde ». Concept plus américain, tu meurs. Et pourtant, celui-ci a vu le jour un peu partout dans le monde avec pas moins de 4300 évènements organisés depuis sa création en 1984 ! Notamment grâce au programme TEDx, le x désignant une organisation plus locale et indépendante de la gigantesque structure américaine.

Comment cela fonctionne ? Par des interventions-conférences de 18 minutes – et pas plus ! Au-delà, le cerveau humain ne serait plus en mesure de rester aussi concentré qu’au début. Comme le clame le slogan : « Ideas worth spreading », chacun peut se retrouver sur la scène de TED et exposer ses idées : humoriste, cinéaste, scientifique, informaticien, ou simplement quelqu’un ayant trouvé le sens de sa vie…

Le sens justement, parlons-en. Le thème de cette 4e édition était le suivant : sens ascensionnel. En découvrant le thème, je ne vous cache pas que je restais dubitative. À moins d’avoir vraiment oublié tous mes cours de physique de 1re, ce qui était à priori fort possible, je n’avais absolument aucune idée de ce que cela pouvait être. J’ai vite été rassurée, il s’agissait en fait d’un jeu de mots plutôt que d’un concept précis. « Sens pour la direction, donner du sens à ses actions, à sa vie. Et ascensionnel pour s’élever. Grâce au sens, réussir à s’élever. Sensationnel. », explique la présentatrice. Vaste sujet. Aucune idée de ce que cela peut donner, j’ai hâte que cela commence.

Mais, avant les conférences, visite des ateliers. Des stands rassemblant toutes sortes de projets innovants emplissent ce hall 7 du parc expo : application proposant des recettes sur mesure en fonction des ingrédients qu’il reste dans ton frigo (avis aux étudiants fauchés… l’appli se nomme « Frigo Magique »), imprimantes 3D, robots intelligents, véritables jardins connectés créés par de jeunes étudiants en sciences… Des innovations, toutes françaises, où les adultes aussi bien que les enfants peuvent y trouver leur compte. Véritable ébullition de projets intéressants créés par des passionnées.

Vous voyez, dans les séries américaines, le séminaire auquel le personnage principal se rend entre deux braquages, deux partouzes et deux séjours en prison ? Et bah c’était un peu ça TEDx sauf que t’es pas un personnage des experts Manhattan (Miami si t’es plus caliente) et que le soir tu rentres bien sagement chez toi.

Là, je suis sûre que vous vous dites « ouais, mais ce genre de “séminaires”, ça marche aux États Unis parce qu’ils ont la culture des start-ups innovantes, de la réussite, de ce genre de présentations faisant un peu “secte” dictant aux spectateurs le sens qu’ils doivent trouver à leur vie. » Pour ne rien vous cacher, en y allant j’avais aussi peur, qu’en France, l’impact ne soit pas le même, que le public, paraissant si enthousiaste dans les vidéos visionnées sur Internet, ne soit pas aussi réceptif… à Rennes. J’ai été agréablement surprise. Sortons des représentations auxquelles l’on veut nous faire croire. J’en ai pour preuve : évidemment les Français sont capables d’innover, mais aussi de valoriser la culture de la réussite. Du moins, le succès de ces conférences montre que le changement semble pouvoir s’opérer.

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Ateliers passés, le temps de manger un burger au Food Truc mis en place pour l’occasion (information centrale de cet article, cela va de soi) et les conférences commençaient.

Pas moins de 14 personnalités allaient défiler pour nous exposer la manière dont ils avaient trouvé du sens dans leur projet, leur action.

Je précise qu’il s’agit bien de LEURS idées personnelles sur la question. Les conférences TED font souvent l’objet de critiques démontrant qu’elles diffusent un modèle de pensée unique. C’est mal comprendre le concept. Il s’agit simplement d’insérer dans le débat sociétal les idées… de vous et moi. De donner une portée à l’expérience de chacun pour que tout le monde puisse l’analyser, en garder ce qu’il veut (ou rien du tout !) et avancer.

C’est dans cette optique que je me suis assise sur ma petite chaise de la grande salle de conférence. Au centre, un podium illuminé d’une lumière rouge devançait un écran géant, une musique de suspens réussie faisait monter l’attente. Je vous dis : un vrai show à l’américaine.

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Vous faire un compte rendu de chaque intervention serait laborieux et inutile puisqu’il suffira de cliquer sur ce lien pour accéder, d’ici peu, à ces inspirants monologues.

Allez savoir pourquoi, j’ai été particulièrement marqué par une jeune femme… Bon, je sais pourquoi, Christel Le Coq est la conceptrice d’un sex toy connecté du nom de B-Sensory. Elle a créé « une lecture numérique sensorielle ». Pour faire court : plus le passage que tu lis est érotique, plus le sex toy s’active. Très bien. Mais pourquoi en parler 18 minutes ? Car d’un projet innovant, il est devenu un acte engagé. C’est avec humour et ferveur que cette jeune femme nous livre le parcours du combattant qui fût le sien pour développer son jouet. Du combattant oui, car proposer un produit vantant le plaisir féminin est encore aujourd’hui un chemin semé d’obstacles. Refusé d’être classé à un concours d’innovation pour cause de Jury masculin pensant être mal « placé » pour juger du caractère innovant de la proposition. (Jury ayant donc récompensé, et non ce n’est pas une blague, « la pompe à bière connectée »). Difficulté d’accès aux financements auprès d’une banque jugeant le projet « pas assez éthique ». Et elle de rétorquer : « Et les comptes en suisse c’est éthique ça ? ». Le banquier se ravisant alors, lui proposant de mentir sur l’objet créé, car… oui, le mensonge est plus « éthique » qu’un vibromasseur, bien entendu.

Efficace, claire, drôle, sa prestation m’a épatée. J’ai même réussi à lui poser 2-3 questions à sa sortie de scène. Au-delà de l’engagement féministe et d’un goût pour la littérature, le sex toy a vu le jour à la suite d’une réflexion sur l’accès à la pornographie chez les jeunes. Si elle ne condamne pas la pornographie, elle prône une éducation à celle-ci, notamment à travers l’érotisme pour ne pas laisser se propager l’idée selon laquelle pour reprendre ses mots crus, dont elle s’excuse d’ailleurs avec malice : « chaque homme finit en éjac’ faciale après un rapport ». Elle précise disant qu’elle ne s’adresse pas simplement aux jeunes filles, mais bien, et surtout, à des femmes quarantenaires. En effet si « les jeunes parlent plus aisément de sexe, celui-ci devenant souvent un objet de plaisanteries », nos mères n’ont pas eu cette éducation et bien des femmes acceptent des pratiques dont elles n’ont pas envie. Si l’érotisme connecté peut aider à en parler, à être en accord avec soi-même, le pari de Christel sera réussi.

(Je vous laisse donc le lien du site… pas besoin de vous inciter à aller jeter un coup d’oeil… http://www.b-sensory.com)

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À peine le temps d’admirer une des organisatrices du festival Burning Man nous relatant la fascination des hommes pour le feu, nous expliquant à quel point voir s’embraser devant nos yeux d’immenses structures dans un univers de fête peut créer un sentiment de puissance et d’absolu, que je quitte déjà le Hall 7 du Parc Expo. Entre sex toy et festival de musique.

Qui a dit que les nouvelles technologies étaient un monde de geeks coupés du monde ?

Jeanne Gouinguenet

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