Amours, fin du monde et non-violence : Quel livre lire cet été ?

C’est le moment de boucler votre valise et se pose la dernière question cruciale : Quel livre embarquer ce été ? Une romance légère ou un essai profond ? Un récit dense ou bien de courts poèmes ? La rédaction de Manifesto XXI vous propose une sélection de nouveautés dans laquelle piocher selon l’humeur.

Après un semestre épuisant d’actualité politique, cet été de canicule nous invite à la réflexion. Où trouver de la ressource pour penser, résister, créer dans les mois à venir ? Un peu lassé·es de la profusion de podcasts et de séries, la lecture nous semble être une meilleure activité pour rythmer les jours qui viennent. Dans cette sélection l’amour irradie sous différentes formes, des vies se dévoilent dans des autobiographies et des poèmes sensibles, on y parle parfois de douleurs et guérisons. Vous trouverez aussi des pistes radicales pour survivre à la fin du monde sont aussi bien décrites dans les pages de fictions que d’essais. Alors, sur quel livre de cette liste se portera votre choix pour la suite de l’été ? La majorité de ces œuvres ont été publiées, traduites ou éditées au format poche au cours des 12 derniers mois.

Autobiographie

Tout ce que je sais sur l’amour, Dolly Alderton, traduit de l’anglais par Valéry Lameignère (Mazarine)
La série Tout ce que je sais sur l’amour, diffusée ce printemps sur la BBC va peut-être devenir le nouveau Sex and The City… C’est le bon moment de rattraper l’essai autobiographique qui l’a inspiré si vous l’avez loupé. L’autrice y raconte ses déboires de vingtenaire aux prises avec l’hétérosexualité et le capitalisme dans le Londres des années 2010. Si vous êtes une femme hétéro et que les podcasts et autre essais sortis sur vous cette année vous ont achevé (et on vous comprend), ce livre léger et juste est peut être celui qui remontera la pente de votre été… 
SC.

Comme nous existons, Kaoutar Harchi (Actes Sud)
Entrez dans la langue chatoyante et précise de Kaoutar Harchi qui affirme sa puissance d’autrice avec cet ouvrage. Son récit, c’est d’abord la résilience de ses parents après l’exil. Il y a toutes les stratégies qu’il faut déployer pour pousser le plus loin possible ses enfants face aux institutions dubitatives. C’est quoi finalement de grandir lorsque l’on est une « petite arabe » en France, comme la surnomme sa professeure. Kaoutar Harchi affirme : Voici comme nous existons, face à la violence de l’État, de la police, du monde entier. Voici comment mes parents m’ont protégé et comment j’ai protégé mes parents. Il faut lire ces moments choisis pleins de clairvoyance, ces échanges habités d’une grande pudeur. Comme nous existons est un geste de reconnaissance où l’éveil politique et l’élévation sociale demeurent toujours tributaire d’une fidélité filiale. Vous y trouverez des outils estivaux à affuter : une colère nécessaire pour continuer la lutte d’abord et puis l’amour des siens, à nourrir et défendre coûte que coûte.
MB. 

Un bref instant de splendeur, Ocean Vuong, traduit par Marguerite Capelle (Gallimard)
Le premier roman d’Ocean Vuong, poète et professeur de littérature vietnamo-américain, prend la forme d’une lettre que « Little Dog », le narrateur, adresse à sa mère. Dans ce récit de formation, il est question de beauté, d’identité, d’altérité, de racisme, de désir… Arrivé aux États-Unis à l’âge de 2 ans, Little Dog grandit dans les quartiers pauvres d’Hartford, capitale du Connecticut, auprès de sa mère analphabète employée dans un salon de manucure, et Lan, sa grand-mère schizophrène, ancienne prostituée durant la guerre du Vietnam. La narration n’est pas linéaire, l’écriture acérée, volontairement fragmentaire et déstructurée. Des récits issus de l’expérience de Lan durant la Guerre du Vietnam côtoient des scènes de vie quotidienne de la famille installée aux États-Unis ainsi que la découverte par le narrateur du désir homosexuel. La beauté et la justesse de ce texte tiennent en grande partie au subtil équilibre que l’auteur conserve du début à la fin entre douceur et violence, tendresse et cruauté. Un premier roman splendide et bouleversant. 
ACM.

Le Jeune Homme, Annie Ernaux (Gallimard) 
Dans Le Jeune Homme, rédigé dans les années 1990 et publié en mai, Annie Ernaux partage son histoire d’amour avec un amant de 30 ans son cadet. Comme toujours le texte est limpide et en quelques dizaines de pages, l’autrice fait bouillonner tous les thèmes qui lui sont chers : la classe, le genre, le beau, le trivial. Le Jeune Homme c’est du Ernaux parfait : grande portée politique, potentialité sulfureuse et des mots précis et contrôlés. Il faut l’entendre faire la promotion du texte : elle ne s’excuse de rien et raconte son amour interdit avec un grand sourire et cette simplicité précieuse. Foncez, laissez-vous habiter une après-midi caniculaire par la liberté de celle qu’on peut appeler désormais : Ernaux.
MB.

BD & roman graphique

Ça ira mieux quand…, Lucie LGT (Les Insolentes/Hachette Pratique)
C’est drôle, énervé, et émouvant : avec son trait rond et son regard incisif sur la société (et sur elle-même), Lucie LGT nous touche en plein cœur. Dans cette première BD, elle raconte ses tribulations de thésarde en science politique, et ses tracas de jeune personne féministe, bi, queer, hypersensible, un peu bordélique et véner. Cette collection de scénettes et de réflexions intimes donne un aperçu très prometteur du potentiel de la bédéiste autodidacte très active sur Instagram.
AB.

Adieu Triste Amour, Mirion Malle (La Ville brûle)
Adieu Triste Amour est un roman graphique sur le désamour et la construction de l’identité, celle de Cléo, jeune Québécoise en quête de réponses. Historique d’un quotidien construit autour du mensonge qui se délite progressivement, jusqu’à trouver dans l’amitié, la queerness et la sororité une porte de sortie sincère.
EF. 

Se rétablir, Lisa Mandel (Editions Exemplaires)
On parle beaucoup de santé mentale depuis quelques années et la BD n’a pas manqué de s’emparer du sujet avec des œuvres sur la bipolarité ou la psychose.  Mais on parle encore peu du rétablissement, alors que près des trois quarts des personnes atteintes de maladies psychiques se rétablissent et parviennent à reprendre le cours de leurs vies. Lisa Mandel est partie à la rencontre de ces rétabli·es, sans voyeurisme et avec pédagogie, pour faire découvrir ces parcours de reconstruction. A lire pour reprendre espoir. 
SC.

Essais

Maggie Nelson, De la liberté. Quatre chants sur le soin et la contrainte (Éditions du Sous-sol)
On ne présente plus Maggie Nelson, autrice américaine dont les textes hybrides mêlant poésie, récit autobiographique et théorie critique nous ont déjà ravi·es, des Argonautes, qui a fait sa renommée mondiale, à Bleuets ou encore Jane, un meurtre. Dans son dernier livre, c’est à la forme plus classique de l’essai que s’essaye Maggie Nelson pour la seconde fois, après The Art of Cruelty, sorti en 2011 et non (encore?) traduit en français. De la liberté part des contradictions entre la liberté et le care pour explorer cette notion complexe, polysémique et sans cesse brandie comme étendard par tous·tes, à propos de tout (et n’importe quoi). Pour ce faire, l’autrice déploie ses réflexions dans quatre « chants » thématiques – l’art, le sexe, la drogue et le climat – mêlant théorie critique et références de culture populaire. C’est subtil et brillant, nécessaire et passionnant. Les idées reçues et nos opinions qu’on pensait pourtant bien mûries ne sortiront pas indemnes de cette lecture, qui pimentera sans aucun doute les débats estivaux.
ACM.

Nos amours radicales, ouvrage collectif (Les Insolentes/Hachette Pratique)
La critique de l’amour et du couple hétérosexuel étaient les thèmes fort de la rentrée de essais à l’automne 2021, et ce n’est pas fini. Dans le sillage du best-seller de Mona Chollet d’autres voix ont cherché à se faire entendre pour témoigner de leur réalité et proposer des alternatives inédites. Ce recueil de 8 voix fait entendre de la colère, des doutes, des espoirs. Vous y trouverez notamment un texte brûlant d’Anaïs Dourdet, sur la contradiction entre féminisme et hétérosexualité, une ode au célibat nommé comme « La débrouillardise pimpante » par son autrice Sharone Omankoy, un témoignage rare sur l’empreinte du racisme et le lesbiannisme politique par Lou Eve. De quoi se donner du grain à moudre avant de zoner sur Tinder.  
AB.

La force de la non-violence, Judith Butler, traduit de l’anglais par Christophe Jaquet (Fayard)
Davantage connue pour le souffle qu’elle a donné à la pensée queer et aux gender studies, Judith Butler s’attache ici à démontrer que la non-violence est un concept moteur, efficace et non un comportement passif, ridicule ou fleur bleue. En dialogue avec la philosophie occidentale classique et la psychanalyse, sensible à l’actualité politique internationale, la philosophe féministe révoque d’un style clair et posé des concepts éculés qui voient dans l’homme un loup pour l’homme depuis les débuts de l’humanité, ou ceux qui opposent à la non-violence l’argument du pragmatisme et du « réalisme ». Défenseuse d’une égalité radicale entre tous les êtres, celle qui est l’une des plus grandes penseuses contemporaines s’empare d’un sujet social et politique pour livrer un texte coup de poing, argumentaire qui démonte le fatalisme et incite à l’action.
EB.

Les choses sont contre nous, Lucy Ellmann, traduit de l’anglais par Claro (Seuil)
Dans ce recueil qui rassemble articles et réflexions inédites, Lucy Ellmann s’attaque avec un humour noir décapant aux conséquences catastrophiques du capitalisme et du patriarcat, qui culminent avec les années Trump aux États-Unis (« C’est dingue à quelle vitesse un vandale illettré peut vous faire oublier qu’il existe des choses comme la décence, la bienséance, l’honneur, la vérité, la bonté, la politesse, l’humour, l’éthique, l’intelligence, le savoir, la justice, la démocratie, les lois, une Constitution, même ! ») Qu’elle reprenne un essai de Virginia Woolf pour enjoindre les femmes à faire grève, commente La petite maison dans la prairie, des films d’Hitchcock et des romans noirs, critique l’avion et le soutien-gorge, l’écrivaine féministe montre à quel point l’écriture peut être un exutoire réjouissant, un moteur pour exprimer allègrement sa colère, mettre à nu, par la force de l’ironie et du mépris, la bêtise des hommes et y proposer des solutions piquantes.
EB.

Pompières et pyromanes, Martine Delvaux (Les Avrils)
La question se pose souvent : pourquoi faire des enfants dans un monde qui brûle chaque été de plus en plus, où les incendies détruisent nature, hommes et animaux, où le changement climatique n’est plus agité comme un possible tragique mais s’impose dans un implacable présent ? Il y a aussi une jeunesse qui se trouve déjà là, obligée de grandir et de composer avec ce monde là. Dans Pompières et pyromanes, Martine Delvaux pense et s’adresse à sa fille adolescente, d’un ton humble et ému, où l’affection qu’elle lui porte est gage immense d’espoir. Un journal intime dans lequel les pensées crépitent, inquiètes, mais font aussi office de lueurs réconfortantes.
EB.

Jeux de miroirs, Jia Tolentino, traduit de l’anglais par Elaine Krikorian (La croisée)
Paru en anglais en 2019, enfin traduit en français le mois dernier, ce recueil d’essais par l’ancienne rédactrice en chef de Jezebel a été adoubé par l’immense Rebecca Solnit. Au programme : un détricotage en règles de toutes nos illusions, d’internet au féminisme, en passant par le rap, la religion et les Quatre Filles du Docteur March. Nécessaire pour comprendre l’Amérique post-révocation de l’arrêt Roe vs. Wade qui garantissait le droit à l’avortement. 
SC.

Être à sa place, Claire Marin (Éditions de l’Observatoire)
Dans cet ouvrage stimulant, nourri de références littéraires, sociologiques et philosophiques, Claire Marin (autrice de Ruptures, son dernier livre remarqué paru en 2019) nous invite à réfléchir à ce qu’ « être à sa place » signifie. Dans un monde qui nous ballote, nous malmène, voire nous rejette, comment trouver une place, « sa » place ? Est-il possible ou même souhaitable de s’enraciner, quand le mouvement et le déplacement sont manifestement plus grisants ? À travers diverses illustrations, comme celle du transclasse longuement déroulée, l’autrice explore les mille facettes de la place, bonne ou mauvaise, voulue ou assignée. Une quête (un peu) vertigineuse mais propice lors d’une période estivale.
AP.

Rester barbare, Louisa Yousfi (La Fabrique)
Dans Rester Barbare, Louisa Yousfi analyse l’ultimatum lancé aux français·es issu·es de l’immigration postcoloniale par les politiques d’intégration de l’Empire (alias la France): « deviens comme nous ou reste barbare ». Comme Kateb Yacine, Booba ou PNL, l’autrice a choisi: rester barbare, seul moyen de rejeter en bloc la modernité occidentale. Yousfi s’inscrit donc dans le puissant sillon décolonial de l’amour révolutionnaire théorisé par Houria Bouteldja dans Les Blancs, les Juifs et nous (La Fabrique, 2016). Un texte fulgurant.
BD.

On Connection, Kae Tempest (Faber & Faber)
À mi-chemin entre l’essai poétique et le manifeste autobiographique, Kae Tempest dresse avec On Connection un éloge de la créativité et de la connexion créative. Rédigé lors du premier confinement, alors que le monde artistique est privé de scène, ce texte livre une réflexion personnelle sur la connexion à soi et aux autres à travers l’art. S’ancrer dans le réel, renouer avec ses profondeurs, se dévoiler aux autres, prendre de la distance vis-à-vis de l’époque aliénante, trouver le réconfort dans une communauté alternative et enfin, réveiller la créativité qui sommeille en chacun·e de nous : autant de thèmes saisis par la plume incisive et sensible de l’auteur·ice, qui parleront à toute personne qui souhaite creuser dans ses propres vérités. A noter, le livre a été traduit en français par Madeleine Nasalik aux Editions de l’Olivier.
LT. 

Poésie

Fiévreuse Plébéienne, Elodie Petit (Éditions du commun)
C’est l’histoire de Johnny et Bébé, elles s’aiment. Après Anthologie douteuse (Rotolux press, 2020) écrit avec Marguerin Le Louvier, Elodie Petit revient avec sa poésie qui revendique une “langue bâtarde”. Ça sent la chatte mouillée, ça donne l’envie de doigter, de traîner sur les parkings de supermarchés et de vivre l’amoure instantanée. Une danse et une langue lascive sans masculin, une lettre d’amour à la littérature et aux gouines. 
BD.

Tu vis ou tu meurs. Œuvres poétiques (1960-1969), Anne Sexton, traduit par Sabine Huynh (Éditions des femmes)
Années 1960 aux États-Unis. Anne Sexton, poétesse et cousine d’âme de Sylvia Plath sa contemporaine et amie, s’aventure dans l’espace poétique états-unien, que les femmes investissent alors peu à peu. Elle y transporte avec elle des thématiques ignorée par la société patriarcale de l’époque, comme l’expérience de l’avortement ou celle de la dépression (comme Plath, elle se suicidera). Douloureuse, sa poésie dévoile aussi et surtout le pouvoir salvateur de l’écriture. Alors que Sexton, qui a gagné le prix Pulitzer en 1967, est peu connue en France, une partie de ses poèmes ici rassemblés dans Tu vis ou tu meurs ont été pour la première fois, et formidablement, traduits en français par Sabine Huynh. 
AP.

Voir Aussi

La Dernière Saison du monde, Simon Johannin (Éditions Allia)
Simon Johannin nous avait déjà éminemment touché·es avec ses deux premiers romans “L’été des charognes”, “Nino dans la nuit” et son premier recueil de poésie “Nous sommes maintenant nos êtres chers”. Il a cette année fait paraître dans un format similaire “La Dernière saison du monde”, une parenthèse limpide bercée par des images estivales et nocturnes qui nous transportent dans des amours passionnels et des sensations charnelles. Ses mots sont toujours touchants dans la simplicité qu’ils transposent, un procédé introductif pour entrer dans l’univers parfois lointain de la poésie. Son texte est suivi de Notes sur la ville, un texte cru mais toujours chargé d’un certain lyrisme qui sait nous porter dans sa forme brève.
CF.

Revues 

Habitante Tomes 0, 1 et 2, Revue Habitante
Nous avons récemment découvert la revue Habitante, une revue qui s’intéresse aux enjeux sociologiques de l’habitat, de l’architecture, de l’urbanisme mais aussi de notre rapport à la nature. Tout comme la revue Audimat – axée sur la musique -, cette dernière se développe en différents essais diversifiés permettant des introductions thématiques accessibles toujours autour de cette notion du “care”, un levier pour mieux appréhender l’environnement qui nous entoure et ses enjeux. Habitante s’est d’ores et déjà décliné en trois numéros dans un format intéressant, un petit livre sans reliure comme un carnet nous accompagnant dans nos questionnements présents.
CF.

Chill – à l’écoute de la détente, de l’évasion et de la mélancolie, Éditions Audimat
Nous vous parlions des éditions Audimat plus haut – dont nous vous recommandons chaudement la revue, leur tome 17 étant récemment paru -, ces dernières viennent de publier l’ouvrage Chill – à l’écoute de la détente, de l’évasion et de la mélancolie. Un recueil rassemblant plusieurs essais pour interroger les nouveaux modes d’écoute et le rapport exponentiel que nous avons aujourd’hui à la musique – accéléré par le capitalisme, la multiplication des plateformes d’écoute et les injonctions à la consommation – et ce de manière quotidienne. Un retour historique mais aussi esthétique nécessaire, pleinement raccord avec cette période estivale où la musique, la fête, mais aussi l’appel de la détente sont omniprésents. Ce livre vient ainsi analyser nos rapports aux musiques, mais aussi la portée politique de ces écoutes dans le contexte actuel.
CF.

Romans

Insolations, Meryem Alqamar (Éditions du commun)
Pour son premier roman, la poétesse Meryem Alqamar se livre à un examen autobiographique sans concession : une longue description solaire de sa douleur, sous forme de lettres à une psy.  Le livre dévoile en finesse les traumatismes, des violences sexuelles, et d’une enfance marquée par un père violent. Au fil des pages, il explore aussi la relation tourmentée de la narratrice à l’Algérie, pays des origines et des silences. L’ouvrage dit enfin la mélancolie, et la peine de ne pas trop savoir comment vivre son homosexualité avec toutes ces blessures dans la peau. Peu à peu, par l’énoncé de son histoire et par la beauté de la langue, les maux s’apaisent et le récit reconstitué laisse passer la lumière.
AB. 

Grande Couronne, Salomé Kiner, (Christian Bourgois) 
Si vous étiez ado dans les années 2000, vous vous souvenez forcément de cette fille : celle qui sentait bon l’Eau Jeune, portait un bandana et avait le dernier sac Chipie. Ce premier roman revient sur les désillusions derrière l’image : la tristesse de la vie en banlieue, les compromis malsains avec les hommes, la famille qui se délite… Loin du retour de l’esthétique Y2K, ce récit met en lumière la misogynie crasse et l’hypersexualisation des ados de l’époque. Une lecture dure mais nécessaire.  
SC.

Quand la ville s’éteint, Julia Pialat (La Grenade/JC Latès)
C’est l’histoire d’un jeune producteur d’origine modeste, Cobra, qui veut réussir sans trop se trahir. Il partage ses rêves de gloire et de musique avec ses meilleurs amis, qu’il retrouve souvent Chez Jeanne. La rencontre avec Chérif, un ancien producteur de raï, va changer sa perspective sur le son et lui permettre de déployer ses ailes. Le roman raconte avec tendresse le quartier de Strasbourg Saint-Denis, sa faune, les mutations de sa physionomie, d’épiceries populaires en bars tendances. Il croque au passage la rudesse de l’industrie de la musique et les travers de l’ego artistique. Toustes celles et ceux qui rêvent d’accomplir leur rêve pourront se reconnaître dans l’énergie de ce livre qui se lit d’une traite, et donne envie d’y croire.
AB. 

Tabor, Phoebe Handjimarkos Clarke (Le Sabot)
Tabor, est une fiction post-apocalyptique, roman d’anticipation dans lequel Mona et Pauli, un couple lesbien, tentent de survivre dans un camp après une inondation catastrophique qui change le cours de l’humanité. Loin des classiques du genre, cette fiction effleure l’intimité d’un couple queer, antifasciste et révolté dans un monde en lambeau. C’est aussi le premier roman de Phoebe Handjimarkos Clarke, publié aux éditions indépendantes Le Sabot,  spécialisée dans «l’art et la littérature du sabotage». Parfait pour repenser le capitalisme et le l’hétéropatriarcat à l’ombre d’un grand arbre.
EF.

Ressource Humaine, Louise Morel (Hors d’atteinte)
Marianne, trentenaire parisienne un peu psychorigide et sujette à l’eczéma, est l’employée modèle d’une boîte de consulting qui l’exploite. Après avoir raté la promotion qu’elle attendait tant, elle est envoyée sur une mission complexe à Berlin. Ce voyage va tout changer. Elle y rencontre la fête, et s’abîme dans la nuit avec son voisin du dessus, un thésard italien un peu paumé. Louise Morel (également autrice de Comment devenir lesbienne en 10 étapes) capte très bien le désaroi de l’époque, et la cruauté du monde du travail. C’est trépidant, idéal pour toutes les personnes qui n’ont pas encore quitté leur job pourri.
AB.

Les maisons vides, Lauren Thizy (Éditions de l’Olivier)
Si vous avez la chance de partir dans le Sud-Ouest cet été, ce roman est un indispensable de votre valise. L’autrice dresse un portrait sans angélisme ni condescendance de la région, à travers les yeux de son héroïne, une ado perdue entre son ambition de gymnaste virtuose et de lourds traumatismes familiaux. Le tout avec un peu de fantastique et de poésie pour ne pas vous plomber quand vous profiterez de la fraîcheur des pins des Landes.    
SC. 


Sélection et rédaction : Apolline Bazin, Marouane Bakhti, Eugénie Bourlet, Anne-Charlotte Michaut, Benjamin Delaveau, Salvade Castera, Laure Thébert, Eva Fottorino, Caroline Fauvel, Anna Pheulpin

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