Lecture en cours
Le romantisme est l’arme de Raven Artson

Le romantisme est l’arme de Raven Artson

Le producteur néerlandais Raven Artson dévoile ses plus grands secrets dans son premier album pop Peak in Me. Sa déconstruction mélancolique nous rappelle une poésie romantique qui assume toute sa vulnérabilité. Il nous a expliqué cette mise à nu sonore au cours de cette interview.

Par sa blondeur platine et son aura dandy, Raven Artson subjugue et se fait un chemin sur diverses couvertures de médias mode. Sa moue, son regard lointain et ses paroles introspectives présagent une pop mélancolique et assumée. Dans un monde où le pouvoir est mis en avant, Raven Artson fait de la douceur une force lorsqu’il nous présente ses questionnements et sensibilités. Dans la plupart de ses clips aux allures de film indé, il se retrouve à parcourir de vastes prairies cheveux au vent. Les choses se font au ralenti et il en va même à nommer son art ainsi, « slow motion hyper pop ».

A l’occasion de cette interview, le musicien nous a offert un shoot photo exclusif ainsi qu’un aperçu de son processus créatif.

Je suis au sommet lorsque je me laisse voir et que je laisse voir les autres; lorsque je me donne l’opportunité de m’exprimer, ainsi qu’aux autres, à travers mes paroles.

Raven Artson

Manifesto XXI – Ravis de t’avoir parmi nous Raven Artson. Nous attendions avec impatience tes nouveaux projets. Comment te sens-tu maintenant que ce nouvel LP est sorti ?

Raven Artson : Hello Manifesto XXI ! Je me sens vraiment libre depuis que cet album a vu le jour. La plupart de ces chansons sont assez cathartiques et je suis ému qu’elles commencent à faire sens pour mon audience. Je réalise que mon parcours personnel peut impacter l’autre et c’est génial !

Tu utilises les termes « slow motion hyper pop » (hyperpop au ralenti) pour décrire ton son. Selon toi, comment la pop a-t-elle évolué ?

En tant que producteur, j’ai l’impression que la musique se transforme de création à curation. Nous sommes entrés dans une ère qui prône le collage digital. Nos choix sont plus basés sur ce que l’on entend plutôt que nos qualifications techniques. Sur le plan sonore, cela signifie que les frontières s’estompent. Sur le plan lyrique, je me tourne vers mon for intérieur : j’essaie de donner un sens à ma propre vie. Cette introspection m’est amusante et me permet de grandir. Le titre éponyme du projet, « Peak In Me », est un clin d’œil direct à cette exploration de soi ; je suis au sommet lorsque je me laisse voir et que je laisse voir les autres; lorsque je me donne l’opportunité de m’exprimer, ainsi qu’aux autres à travers mes paroles.

manteau KASSL Editions, écharpe Camiel Fortgens

Tu fais un grand et merveilleux usage de l’auto-tune. Quels sont tes sentiments concernant la présence croissante de la technologie dans le domaine de la musique ?

Merci ! A mon avis, c’est incroyable que le processus créatif soit de moins en moins limité par des possibles limites d’accès à la technologie, et les problèmes d’argent. Tout ceci rend la production plus accessible et démocratique et cela me rend heureux. Au niveau sonore, j’adore créer des contrastes entre l’authentique et le synthétique.

Cet album est un peu plus rythmé que ton précédent travail. Tu as notamment travaillé avec la productrice LYZZA. C’était ta façon à toi de faire la paix avec cette technologie ?

J’essaie toujours de présenter quelque chose de neuf avec chaque projet. LYZZA m’a toujours inspiré, et dès que j’avais deux EP de prêt, j’ai trouvé logique de l’inviter dans le studio. Nous n’avions pas d’idées précises sur ce qu’on voulait créer. Au final, on s’est juste joué des démos pendant des heures et elle a sauté sur « Breathing Secrets ».

Aujourd’hui, être jeune signifie avoir une certaine ouverture d’esprit et être désireux de partager et d’apprendre.

Raven Artson

Les titres «happy juice’ », «not as bad’ », et «breaking free’ » offrent des enregistrements sonores de ton environnement. Il me semble que c’est la première fois que tu utilises cette approche. Ces enregistrements étaient-ils cruciaux pour cet album ?

Toutes ces chansons ont un caractère émotionnel très fort, elles ont une profondeur intense. C’est quelque chose de positif. J’ai besoin d’écrire pour faire le point sur la vie. Afin de lier mes chansons à ma vie personnelle, j’ai décidé d’intégrer des enregistrements de mes ami·es et moi-même. L’auditeur·ice comprend donc d’où je viens et les questionnements qui sont soulevés dans mes paroles. En quelque sorte, j’orchestre un film.

Justement, on te retrouve souvent en tant que directeur artistique de tes vidéos. Peux-tu nous en dire plus sur ce lien que tu as avec le cinéma ?

Mes premiers amours en art venaient de la littérature. Du coup, la narration a toujours été primordiale. Pour chacun de mes projets, je veux délivrer un message cohérent et c’est donc naturel de vouloir m’impliquer directement dans la conception et la scénarisation de mes visuels. Avec le ou la directeurice, j’établis des limites strictes qui permettent de transmettre les messages de façon significative. Tant que j’établis ces limites, tout va bien. Ensuite, je laisse carte blanche à la personne avec qui je collabore.

Tes clips expriment la liberté de la jeunesse. Qu’est-ce que la jeunesse en 2021, surtout après une année en confinement ?

Aujourd’hui, être jeune signifie avoir une certaine ouverture d’esprit et être désireux de partager et d’apprendre. En fait, l’année passée m’a apporté beaucoup de nouvelles idées. En ce sens, j’ai l’impression d’avoir rajeuni.

Voir Aussi

top Sonderling Studios via ABCND store

Quel est ton plus grand rêve ?

J’aimerais pouvoir développer ma carrière tout en gardant des rapports sociaux de qualité. Ces dernières années, j’ai remarqué un schéma : je travaille incessamment jusqu’à en faire souffrir mes relations et ensuite je me retrouve au bord de l’épuisement. S’ensuit une période de renouveau social avant que je me remette à travailler sans arrêt. Dernièrement, je fais des efforts pour allier les deux aspects au lieu de les dissocier.

Finalement, tes projets ne sont pas que musicaux, ils sont aussi esthétiques via ta présence stylistique et ton approche visuelle. Cette unicité est-elle primordiale pour toi ?

Oui, car tout ce que je fais en termes d’art est proche de qui je suis dans la vie de tous les jours. J’essaie de ne pas faire de concessions et d’approcher la musique tel un artiste multidisciplinaire. C’est grâce à ça que tout semble être en adéquation.

top et pantalon Sonderling Studios via ABCND store, bottines Bottega Veneta

Ton travail musical a surtout été couvert par la presse mode. Quelle place détient ce médium dans ta vie ?

On en revient à la multidisciplinarité qui m’est si chère. J’aime repousser les frontières. Vu que mon travail touche à plein de domaines artistiques et vise à connecter sonore et visuel, je trouve naturel de graviter vers des plateformes diverses pour couvrir mon travail. J’apprécie à 100% toute forme de soutien. Ceci dit, je me sens musicien avant tout.


Photographe : Rick Erfmann / Stylisme : Lisa Anne Stuyfzand

Pour suivre Raven Artson : Insta / Facebook / Twitter

© 2019 Manifesto XXI. Tous droits réservés.

Défiler vers le haut