RAÄR, rave atmosphérique

C’est à l’un des noms les plus excitants du sulfureux line-up de la Possession de ce samedi 24 novembre 2018 que nous avons eu le plaisir de poser quelques questions ; bienvenue dans l’univers clair-obscur de Raär. Férus de techno, vous avez difficilement pu passer à côté de ce jeune phénomène électronique français à la biographie déjà distinguée. Producteur de talent, dj et leader de son propre label, Vaerel Records, ses compositions technoïdes (mais également plus housy par le passé) empruntes de rave spirituelle ont déjà séduit des dizaines de milliers d’auditeurs. Alliage parfait de rythmiques brutes et de nappes atmosphériques, sa discographie aux visuels symbolistes et aux noms évocateurs invite aussi bien à la catharsis physique qu’à l’évasion mentale.

Il y a toujours cette image un peu clichée/fanstasmée qui circule du dj/producteur fêtard, toujours en soirée, alors que beaucoup d’artistes électroniques sont finalement plutôt des gens introvertis, un peu nerd-geek qui sortent peu, comment te décrirais-tu toi ?

La dernière phrase me décrit plutôt bien, introverti nerd geek et qui sort peu, j’aime bien rester chez moi au studio. Sortir n’est pas quelque chose qui me manque beaucoup, j’ai un peu de mal à être de l’autre coté du dj booth.

À en croire la précision de tes productions et ta trajectoire de carrière du haut de ton jeune âge, on t’imagine travailleur acharné. Qu’est-ce qui te donne cette motivation, cette force de travail, de création ? Le courage de chaque jour faire l’effort ?

Merci pour les compliments ! J’ai déménagé avant l’été avec ma copine en Belgique, partir de Paris m’a permis de beaucoup gagner en confort de vie. Le temps est très important, je ne joue pas si souvent que ça mais les gigs me permettent de vivre et de pouvoir uniquement me consacrer à ce que j’aime faire.

Qu’est-ce qui te stimule le plus et pourquoi ? La performance technique ? L’expérimentation ? L’innovation ?

Je pense que c’est l’expérimentation mais les trois vont souvent ensemble ! L’innovation dans les moyens de production mène à l’expérimentation et à la performance technique. Je me suis mis aux synthés modulaires l’année dernière, c’est le moyen parfait pour expérimenter, c’est très inspirant d’avoir tout sous la main et on sort très vite des sons originaux.

Est-ce que tu réfléchis beaucoup à la réception de ta musique ou tu essaies d’y penser le moins possible pour ne pas altérer ta créativité ?

Oui j’essaie d’y réfléchir, pour moi il est important de savoir ce que je veux exprimer avec ma musique et de penser à ce que l’auditeur pourrait ressentir en l’écoutant, je ne pense pas que cela puisse altérer la créativité, au contraire, on se met dans une humeur, ça peut permettre de plus vite comprendre là où on veut aller, quelles tonalités utiliser etc…

On dit souvent que la musique électronique s’adresse avant tout au corps. Mais dans ton travail, au-delà de l’aspect ‘physique’, quelque chose de profondément spirituel se dégage de tes morceaux, sais-tu d’où cela te vient ? Penses-tu qu’en cette ère de déclin des grandes idéologies et religions, (l’art et) la musique puissent venir combler notre soif de spiritualité ?

Comme dit plus haut lorsque je produis j’ai envie d’exprimer des choses, montrer ce que je ressens, si l’auditeur ressent ces émotions c’est que j’ai réussi mon travail.

La musique peut combler beaucoup de choses bien sûr, on compare souvent les grandes fêtes techno à des ‘messes’. La musique et les genres ont toujours évolués en parallèle des idéologies de chaque époque, qu’elles soient politiques, sociales ou même spirituelles. Je ne pense pas que cela puisse combler cette soif pour tout le monde, mais peut-être pour la nouvelle génération pour qui la musique électronique devient un exutoire.

Quelle est l’étape que tu préfères dans l’ensemble du processus de création d’un morceau et pourquoi ?

Quand le morceau est quasiment terminé, que ce que j’entends me plait. J’aime aussi particulièrement l’étape du mastering pour mes sorties sur mon label, c’était ma spécialité à l’école et c’est très agréable de voir ses morceaux se finaliser.

Est-ce que tu as des images en tête quand tu composes ? Si oui, peux-tu nous décrire pour quelques uns de tes titres ce que tu visualisais en les composant ?

Je n’ai pas spécialement d’image en tête lorsque je produis mais il y a un artiste qui m’inspire beaucoup, KYLAM. J’apprécie beaucoup son style et son utilisation du symbolisme, il a d’ailleurs fait quasiment tout mes tatouages.

Comment travailles-tu tes dj sets ? Quel est le critère numéro 1 quand tu crées et joues un set pour te dire, ok, là, j’ai bien fait mon travail ?

Je ne prépare pas vraiment mes sets mais surtout des playlists qui me servent pendant un mois, elle changent souvent et sont classées par styles ou par ‘puissance’, hard / soft / deep etc, ce qui me permet d’avoir plusieurs palettes en fonction de la soirée et de l’endroit où je joue.

Tu as créé ton propre label, Vaerel Records, pourquoi cette initiative ? Un besoin d’indépendance ?

Un besoin d’indépendance et de contrôle, je voulais ne pouvoir compter que sur moi-même et être libre de mes choix. Cela va aussi beaucoup plus vite de sortir des EPs soi-même, j’ai la chance d’avoir une très bonne distribution. Puis du choix de l’artwork à celui des tracks, du mastering, de la promotion, je suis libre de tout !

Tu viens de sortir ton 3ème EP Le Monde, comment le qualifierais-tu, quelle est son histoire ?

Je trouve qu’il représente bien mes inspirations du moment, c’est un exercice assez difficile de décrire sa propre musique.

Tes ambitions et désirs du moment pour la suite de tes projets, de ta carrière ? Ton prochain défi ?

Pour la suite j’aimerais poursuivre la série d’EPs sur mon label, et jouer un peu plus ! Mon prochain défi va être cette Possession, j’aime le fait qu’elles me bookent sur des line up très différents, c’est toujours un très bon entrainement pour moi et ça me pousse à toujours aller plus loin. J’ai aussi un très gros gig de prévu pour le nouvel an dans un endroit qui me tient beaucoup à coeur.

JUKEBOX

La dernière découverte musicale que tu écoutes en boucle ?

Ce morceau de Sugar sorti sur la compilation du nouveau label de Courtesy. Son dernier EP sur Euromantic est aussi très bon.

Un morceau qui incarne la perfection en termes de production pour toi ?

Tout ce que j’aime réuni en une track, cet EP sur Jealous God est l’un de mes préférés de Varg, très orienté club.

Un morceau que tu rêverais de passer en dj set mais tu ne l’as pas encore fait, pour cause de guilty pleasure ou d’incohérence avec ton style ?

J’ai eu de la chance d’avoir toujours joué pour des soirées / clubs qui me permettent d’être très libre en termes de style donc je n’ai aucune retenue !

Un morceau qui incarne la nostalgie pour toi ?

Pour les soirs d’hiver c’est parfait.

Un morceau qui te donne de la force, qui t’aide à entreprendre les choses ?

Pas un morceau mais plutôt ce mix, il est parfait pour se détendre, se remettre les idées en place.

Ton morceau préféré à écouter au casque en errant dans la ville la nuit ?

Tiré du dernier album d’Antigone, l’album tout entier fonctionne bien aussi !

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