Priestess. Nouvel atout charme italien du trap game

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Photographie : La Stampa

Urban pop entêtante, hip hop détente flirtant avec la trap et un sens de la punchline efficace et mécanique, Priestess (Alessandra Prete) est à l’image de ce que les plateformes de streaming n’arrêtent de topcharter partout dans le monde. Nourri de r’n’b, le rap de cette émergente classe 1996 semble tout droit venu des quartiers durs d’une métropole américaine. La dégaine y est, on ne peut plus spontanée. De quoi charmer les maisons de sportswear en quête de clips cool à brander.

L’Italie possède aussi ses quartiers dévastés et ses régions oubliées. Ils constituent près de la moitié du territoire national, ce fameux Mezzogiorno, cette « no go zone » dont Rome est la frontière et qui s’appelle le Sud. Le slam de Priestess nous vient ainsi d’un village de 15 000 âmes perdu dans les Pouilles, Locorotondo, connu pour deux événements : le Locus Festival et le Viva Festival.

« J’ai été certainement influencée par le fait de venir d’un si petit village. Je ne vivais pas les mêmes choses que ceux qui vivent dans les grandes villes » avoue-t-elle. Diplômée du lycée, elle se consacre à la musique désormais, sans exclure de s’inscrire à l’université.

Et malgré le fait que les détracteurs des institutions scolaires soient légion dans le rap game, Alessandra ne renie pas l’importance de l’école, lieu de cohésion où l’on apprend des choses inaccessibles autrement. « On n’apprend pas tout dans la rue », déclare-t-elle, dans son uniforme casquette, bédos et crop-top on ne peut plus street cred. On aura mal fait de lui demander si elle était une mauvaise élève.

L’héritière d’Iggy Azalea pourrait bien être ritale. Comme quoi Fedez, le « raviolo » de Chiara Ferragni, plus instagrameur que rappeur, n’est pas le seul représentant du rap italien. D’autres noms, tels que Sfera Ebbasta et Ghali font vibrer le son de la péninsule d’un charisme énervé les rendant générationnels.

Priestess est lucide sur le phénomène : la musique urban a conquis une bonne tranche du marché national en habituant les Italiens à des sons nouveaux, qui font du bien à une industrie qui se réveille. Tanta Roba, label auquel la jeune chanteuse est affiliée, est l’une des réalités qui portent cette innovation avec des sounds qui s’exporteront bien et pourraient faire de la langue de Dante le nouvel atout charme de la trap. « Nous serons de plus en plus présents à l’étranger dans le futur » ; c’est la promesse de cette scène émergente qui annonce des ravages avec son spleen solaire.

Pour cet EP, Torno domani, des producteurs d’exception ont collaboré avec Priestess, preuve de la crédibilité du concept. On retrouve Ombra et Pk sur “Torno domani” et “Maria Antonietta”, Kang pour le future hit “Amica pusher”. Encore Ombra et Polenzsky pour “Buio cosmico”, Dub.Io pour “Bubble Gum” et 2ndRoof sur “Cleopatra”.

Dans un milieu où les filles ont franchement galéré à se faire entendre, en Italie peut-être encore plus, elle impose son style. Pour cette femcee du Sud, la présence des femmes dans le rap est simplement cruciale. Ce sont elles qui ont des choses à dire. Peu importe comment et quoi, les tabous tombent. Comment tisser une ode subtile à la marijuana ou déclarer son amour à l’amie dealeuse sans rougir ? Alessandra le fait en chanson, car dans la vraie vie, elle se dit timide.

Quitterait-elle l’Italie ? Serait-elle prête à abandonner son Sud natal pour l’étranger, pour des métropoles inconnues et vibrantes ? La réponse est non. « L’Italie est magnifique. Ma ville natale l’est aussi, je ne me vois pas du tout vivre ailleurs. Même si venir à Paris est une étape incroyable et une grande occasion de présenter ma musique ». Comme quoi du Sud, on ne fait pas que partir.

Priestess à Paris : Fils de Vénus: Priestess + Peanuts

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