Pop cars

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Je débarque chez Manifesto pour, enfin, y apporter un élément qui lui manque terriblement. Il n’y a pas que les fringues et les jolies peintures qui marquent les mouvements artistiques d’une époque. Alors moi, j’ai décidé de vous parler de voitures.

Aujourd’hui, je vais tâcher de vous expliquer ce qu’est, à mon sens, une « pop car ».

À l’origine du pop art, il y a l’observation des objets d’usage quotidien, des langages esthétiques de la société, de la publicité (qui met donc en lien ces objets avec les masses) et, surtout, des mythes et légendes populaires. Les objets « pop » sont donc des objets de tendance, capables de s’adresser à un large public (marques de niche s’abstenir). Le pop art est donc « l’art des masses » : c’est bien pour cela que la mode doit s’y intéresser afin de décrypter et dicter les tendances. La mode englobe, selon moi, le design en général.

Il y a des formes qui sont liées à des époques déterminées et qui ont porté le progrès technologique. En ce sens, les voitures contribuent à la création du style. Elles représentent une certaine vision du monde et retraduisent une ambiance.

Mais au-delà de ça, la voiture est tout simplement l’un des objets les plus quotidiens qui puissent exister : nous ne les regardons même plus tellement il y en a autour de nous. Dans cette belle époque polluée et ultra-urbanisée, elles occupent une place centrale.

Une voiture populaire, une voiture « qui plait », qui cartonne, se construit selon les mêmes principes qu’un must have vestimentaire. C’est l’intersection de lignes simples et harmonieuses qui créent la dépendance, devenant ensuite des « produits standards ».

Si mes parents étaient accros à la ligne de la Vespa 50 Special, notre génération s’est désormais habituée à la silhouette de la nouvelle FIAT 500.

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Piaggio – Vespa 50 Special

 

Dès sa création en 1957, la 500 a toujours été une voiture à succès. Conçue pour plaire à toute une population (anciens, jeunes, familles, riches, pauvres) elle demeure le symbole de l’Italie des années 1960. C’était une Italie en reconstruction, partagée entre les restrictions économiques de l’après-guerre et le progrès industriel. A l’occasion de son 50ème anniversaire en 2007, FIAT lance la nouvelle 500. Le design est inspiré de la Volskwagen New Beetle et de la BMW Mini, mais il respecte l’héritage de l’ancien modèle.

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Volkswagen New Beetle

La nouvelle 500 est plus spacieuse et ergonomique, la ligne est agile et elle a une touche très funky, ce qui en fait une voiture amusante à conduire.

FIAT 500, voiture pop donc. Mais dans la pratique, quels éléments nous permettent d’affirmer cela ? Tout d’abord, les couleurs : du rouge-Ferrari au jaune canari en passant par le bleu cobalt, la gamme pop art est au complet. Mais le détail le plus pop de ce nouveau modèle est peut-être celui que le client lui-même décide d’y apporter : FIAT propose en effet de personnaliser les couleurs du toit et des rétroviseurs. Que l’on soit à Turin, à Paris, à Los Angeles ou à Toronto, les FIAT 500 séduisent la rue. Et gros coup marketing : la ligne semble toujours la même, mais les détails changent constamment. Donc pop oui, trendy d’accord, mais nous sommes la génération du narcissisme, alors hors de question de ressembler à son voisin.

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FIAT 500 Cabriolet

Cette petite Italienne à l’allure citadine est devenue un véritable objet de mode, voire de luxe. Ainsi, nous atteignons l’apothéose du pop-commercial avec la sortie de la 500 Gucci : autrement dit, comment mélanger deux mythes populaires et vendre du rêve. La directrice artistique de Gucci, Frida Giannini, aime cette idée de rapprocher le luxe de la rue à travers l’usage d’un objet absolument commun. Oui, c’est terriblement pop.

En parlant de pop cars, nous ne pouvons pas oublier l’hyper célèbre Mini. Cette voiture anglaise a été lancée en 1959 par la British Motors Corporation avec pour objectif de limiter le prix du pétrole, augmenté suite à la crise de Suez en 1956. Le génial concepteur de cette berline a été Alec Issigonis, qui en situant le moteur en position antérieure transversale réussit à concentrer en 303 centimètres de longueur, la place pour 4 sièges. Comme sa rivale italienne, la Mini nait pour être « populaire », c’est-à-dire littéralement conçue pour les classes moins aisées.

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La première Mini

Même si au départ la Mini n’a pas rencontré le succès à cause de quelques défauts techniques, elle s’est ensuite affirmée sur le marché pour deux raisons : son agilité (elle ressemblait plus à un kart qu’à une voiture) et sa tenue sur la route.

1961 fut une année importante pour la Mini : d’une part pour le lancement de la station wagon et d’autre part, et surtout, pour la sortie de la Mini Cooper dessinée par John Cooper, propriétaire de l’écurie éponyme de Formule 1. La Mini a su résister au temps et se renouveler constamment en fonction des décennies : c’est une autre caractéristique d’un produit pop celle de s’adapter aux modes (Madonna en est un bon exemple). Tout au long des années 1970, 1980 et 1990 d’autres types de berlines ont conquis le public, aussi par le biais des nouvelles influences des acquéreurs Rover et BMW.

Inutile de dire que Mini a été un pari réussi : cela fait désormais plus de 50 ans que cette voiture est adorée par le public, telle une pop star. Aujourd’hui, selon les mêmes stratégies adoptées par FIAT, BMW permet de personnaliser la Mini, ce qui, encore une fois, en fait un véritable accessoire de mode. On la conduit comme on porterait un sac.

Il est intéressant de voir qu’à la fois FIAT et BMW ont su comprendre les évolutions du marché et ont sorti presque au même moment deux voitures jumelles : la 500L et la Mini Countryman. On en est arrivé au point où le client n’achète plus en fonction des différences de style, mais il choisit une marque. Il décide de devenir prescripteur de la culture de la voiture italienne ou bien de l’esprit rockabilly anglais.

À travers ces deux exemples de pop cars, j’ai voulu vous montrer que la pop culture, à mon sens, se forge à partir des objets qui nous entourent. Il faut éveiller le regard et observer dans la rue : c’est parfois dans les formes les plus évidentes que se cachent le sens et la définition d’une époque. Une voiture, tout comme une radio, un lecteur de vinyles, une théière, un tableau ou bien un édifice, incarne la vision que les hommes portent sur leur monde. Peut-être n’aimez-vous pas l’univers de l’automobile : sachez en tout cas que vous en faites partie sans même le savoir. C’est ça la pop.

Lidia Spina

Traduit de l’italien par Coco Spina.

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