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Photographes confiné·es – 3/4

Photographes confiné·es – 3/4

Care, évasion, tendresse, colère : pendant le confinement, 16 femmes photographes nous ont partagé leur vision de cette période éprouvante. Retour sur leurs regards et récits.

En période de crise, les femmes sont les premières à trinquer. Les inégalités se creusent, les droits sont menacés et la visibilité dans l’espace médiatique… réduite. Les femmes photographes n’ont pas fait exception : le 10 avril, M le magazine du Monde choisissait de présenter le travail de 16 photographes confinés. Dans cette sélection, que des hommes. À peu près au même moment, Télérama commettait la même erreur d’omission.

En réponse à cette invisibilisation, la rédaction de Manifesto XXI a donc invité 16 femmes et personnes non-binaires, photographes à raconter leur expérience du confinement, et partager des images prises pendant la période, ou qui faisaient écho aux défis de cette crise.

Alors qu’on nous parle parfois de deuxième vague et de reconfinement, nous vous proposons de redécouvrir cet été ces mots et ces images qui nous ont tant ravi·es.

Jehane Mahmoud

© Jehane Mahmoud
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© Jehane Mahmoud
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© Jehane Mahmoud

Être chez soi est un luxe lorsqu’on est dans plus de 20 m2 par personne et qu’on a de quoi manger donc j’ai ressenti des difficultés à partager la souffrance des privilégiés confinés. Peut-être est-ce parce que j’étais enceinte de 7 mois lorsque ça a commencé et que j’en ai profité pour construire un endroit doux et chaud pour mon fils. Je me concentre, je prie et je me sens de plus en plus proche des gens que j’aime malgré cette distance physique que je ne trouve pas insupportable.

Paris semble respirer, une abeille se pose au milieu de mon front et y laisse une petite crotte, je jubile et me baigne dans l’espoir d’une humanité qui va enfin s’agenouiller devant la nature. J’entends des oiseaux, mon bébé donne des coups sur les parois de mon ventre qui n’a jamais été aussi doux, il ondule et s’étire. Je rêve de notre rencontre, je me sens animale.

J’imagine Montmartre sans touristes, je suis ultra heureuse. Dieu donne aux nordistes 1 mois et demi de gros soleil, je me dis que c’est ultra généreux de sa part et que c’est sans doute pour soutenir ceux qui n’ont pas de maison.

Aux mêmes moments, des petits se font tabasser et torturer par des policiers sans aucune raison à part leur condition sociale et leur couleur. Les banlieues accumulent de nouveaux traumatismes, toujours plus d’injustices et de violences envers des jeunes, des femmes, des hommes, qui de naissance sont déjà traumatisés, pourtant bien plus solides que les bobos qui ne rêvent que de terrasses et de brainstorming sur des sujets pétés. Des familles se serrent à 14 dans des 30 m2, les réfugiés travaillent dans les plantations et je me demande s’ils sont rémunérés, je vacille entre vomi et frissons. Les bavures policières se multiplient, les dirigeants nous prennent vraiment pour des gens bêtes. Certains font des crises d’angoisse, certains aident leur prochains avec grâce et grandeur. Les pauvres sont dans la merde, les mamans prennent tous les paquets de farine à Franprix, des gens sans muscles font des footings sans masques, les caissières vont hyper mal et ne sont pas applaudies.

Les émotions flottent et je continue de prier pour que le capitalisme s’écroule, en même temps je commande des couches lavables et des huiles sur Cdiscount et devient la meilleure femme au foyer de Saint-Ouen, capable de faire de la brioche pour mon mec et le bébé qui grandit en moi. J’espère, je prie fort pour ceux qui n’ont pas ma chance et je nourris l’espoir qu’un jour, la notion de sacrifice reprendra du galon, que celle d’injustice ira se cacher en enfer avec Bezos, Macron, Bolsonaro, Trump et tous les démons suprématistes/ racistes/ psychopathes.

À venir : TAKE CARE Festival aux Magasins Généraux (Pantin) les 18, 19 et 20 septembre.
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Adriana Pagliai

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© Adriana Pagliai
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© Adriana Pagliai
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© Adriana Pagliai
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© Adriana Pagliai

Un peu plus d’une semaine avant le début du confinement j’ai eu la chance d’immortaliser les backstages du premier show de Victor Weinsanto. Jamais je n’aurai imaginé que quelque temps plus tard, une situation pareille serait presque inimaginable. Les fashions weeks annulées, reportées ou dématérialisées. Il va falloir être créatif pour continuer à produire ! C’est ce que j’ai voulu partager ici, des fragments d’instants, sans savoir quand pouvoir les revivre.

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Mical Valusek

Marti, « Home Alone » © Mical Valusek
Georgia, « Home Alone » © Mical Valusek
Gemma, « Home Alone » © Mical Valusek
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Gabi, « Home Alone » © Mical Valuzek
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Eliott, « Home Alone » © Mical Valusek
Dourane, "Home alone" © Mical Valusek
Dourane, « Home Alone » © Mical Valusek
Crystal, « Home Alone » © Mical Valusek
Camille, « Home Alone » © Mical Valusek
Anto, « Home Alone » © Mical Valusek

J’ai simplement donné un guide à mes amis pour qu’ils prennent des photos eux-mêmes chez eux pendant des appels FaceTime. Faire des captures d’écran n’était pas vraiment une option, étant donné la faible qualité des images. Donc nous discutions du procédé, après ils m’envoyaient les photos qu’ils prenaient pour que je les dirige. Chacun avait l’occasion de contrôler davantage les photos qu’ils prenaient pour moi, plus que dans un scénario normal où je tiendrais l’appareil. C’était un travail d’équipe qui a amené chaque modèle à se sentir plus satisfait de leur portrait, parce qu’ils m’envoyaient les photos qu’ils aimaient le plus, ce qui finalement les amenait à un sentiment d’empowerment. L’idée de ce projet, c’est se sentir à l’aise et trouver la beauté dans une situation de vulnérabilité partagée par tous.

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Nina Richard

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Photographie prise lors du tournage du prochain clip de Néoptères, réalisé par Ophélie Thiébault © Nina Richard

La quarantaine n’est ni une retraite spirituelle, ni une retraite artistique mondiale. On profite de ce confinement pour regarder des films que l’on a manqués ou se remettre à la lecture. À utiliser ce moment d’isolement pour créer, essayer de nouvelles choses, travailler et il n’y a pas de mal à ça. Mais c’est super important de garder en tête que ce quotidien est un luxe et un immense privilège – que l’exposer et s’exprimer sur sa « survie pendant le confinement » ou son manque d’inspiration créative à travers des « vlogs confinement » alors que tu bois tranquillement le café sur ton balcon ou même que tu as la chance de pouvoir rester chez toi et d’être en sécurité, relève de l’indécence.⁠ C’est vrai qu’à son échelle ça peut être une période compliquée, santé mentale, santé physique, isolement, on a tous.tes notre lot de problèmes qui ne rendent pas forcément cette expérience facile. Mais alors qu’en est-il des personnes précaires qui, tous les jours, sont obligées d’aller travailler sans avoir la possibilité de mettre leur vie sur pause parce qu’il faut bien payer le loyer et nourrir ses enfants. Ou bien les personnes qui n’ont juste pas le privilège et la possibilité d’avoir un lieu pour se confiner et être en sécurité. Qu’en est-il de nos soeurs travailleuses du sexe, déjà dans une situation de précarité, qui se voient dans l’impossibilité de payer leur loyer et de vivre pendant cette période car elles ne peuvent plus travailler ? 

Alors oui, je pense qu’être influenceur·se et pousser à la consommation en mettant une story Instagram où tu t’es fait livrer McDo, c’est grave. L’erreur est humaine, mais la remise en question n’est pas une option quand tu as choisi ce métier. Au milieu de tous ces privilèges qui te sont octroyés quand tu fais ce travail, se trouve la responsabilité de réfléchir avant d’accepter un partenariat ou même simplement de poster une story. Tuons le temps en nous rappelant à quel point c’est être chanceux·se de pouvoir s’ennuyer chez soi, de devoir travailler de chez soi sans pouvoir sortir, d’avoir un chez soi. Musicien·nes, influenceur·ses, vidéastes, photographes, monteur·ses, programmeur·ses, ingénieur·ses, professeur·es, comptables, écrivain·es, journalistes et tous les autres métiers qui te permettent de ne pas travailler ou de travailler de chez toi, gardons toujours conscience de notre situation et de nos privilèges et utilisons notre plateforme, si nous en avons une, pour divertir mais aussi pour avertir, sensibiliser son audience et son entourage et ne poussons pas à la consommation, n’utilisons pas la pandémie comme sujet pour se faire de l’argent.

Cela me paraissait plus important de profiter de cette opportunité pour faire passer ce message plutôt que de parler mon travail et de ma difficulté ou facilité à créer pendant cette période – alors si vous voulez de la douceur, regardez seulement la photo.

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Photographes confiné·es 1/4 : Emilie Hallard / Alexia Fiasco / Julia Grandperret-Motin / Chloé Sassi
Photographes confiné·es 2/4 : Silina Syan / Rosanna Lefeuvre / Célia Blum / Léa Magnien

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