Oré, rêver, rapper, ukulélé

Oré dans le clip Avril. Crédits: La Sale Affaire
Oré dans le clip Avril. Crédits: La Sale Affaire

On la connait sous le nom d’Oré. Sa musique, entre rap et chanson française, est entraînante, dansante, charmante. Elle a fait partie des Inouïs au Printemps de Bourges 2018, elle fait partie du palmarès Fair 2019 aux côtés de Chaton, Voyou, Kiddy Smile, Malik Djoudi, Toukan Toukan, et tous les autres (respect). Le pompon ? Son prochain live sera aux bars en Trans le 6 décembre ! Manifesto l’a vue chanter, et a voulu la rencontrer.

Oré. Crédits: Matthieu Ponchel
Oré. Crédits: Matthieu Ponchel

Elle est née, elle a grandi, elle a fait ses études : Lorraine, Narbonne, Toulouse ; et maintenant Paris, où elle fait de la musique, sa musique. Donc Oré, qu’est-ce qu’elle fait ? Oré, tu rappes ou pas ?

« Oui. Mais c’est de la chanson française. C’est ce qu’on appelle un entre deux. Le cul entre deux chaises, entre le rap et la chanson. Sur fond un peu électro. »

Du flow, de l’électro. On l’a vue sur scène cet automne, au FGO Barbara. Si elle a commencé seule dans les bars, aujourd’hui ils sont deux. Oré, c’est un projet solo, mais c’est accompagnée de Bozeck qu’elle met le feu.

« C’est lui qui arrangeait et mixait les morceaux. Je lui ai dit, tant qu’à faire ramène toi aux machines sur scène et viens me faire du beat ! »

Sur certains morceaux, elle accompagne ses chansons d’un petit instrument, un ukulélé. Pourquoi le ukulélé ?

« La reprise de « Somewhere over the rainbow » venait de sortir et puis tous les Jack Johnson… Guitares et ukulélés étaient de sortie ! J’ai fini par m’y mettre, à composer avec, et à l’embarquer partout. Ça a un son trop joli, un son du soleil, qu’il m’importe beaucoup d’apporter sur mes musiques. »

Ce son du soleil

Oré compose sur Ableton Live. Son BTS audiovisuel lui a donné les facilités pour prendre en main le logiciel. « Je supprime, je rajoute, je teste » dit-elle. Sa voix est joyeuse, fluette et légère, du genre à donner envie de se promener dans la prairie. Beaucoup de pistes, polyphonies, pistes Massive, native instruments, synthés, instrus calées par-dessus.

« J’ai plutôt tendance à être douce et souriante, je parais plus trop gentille que sanguine… Ça me faisait kiffer de mettre des trucs un petit peu plus patate derrière, typiquement Massive, où tu trouves des trucs forts et grinçants. À la Yelle, à la Die Antwoord.

Le ukulélé, c’est ce que j’avais sous la main. J’aime ces sons du soleil, je viens quand même du Sud. J’aime bien la Bossa Nova, ce genre de musiques,  j’essaie d’en mettre une touche à l’oreille juste pour le plaisir.

Dans les villages où j’ai grandi, il y avait beaucoup de batucadas : l’été arrivait… des moments de fête et de soleil qui m’ont marquée,  j’ai gardé aussi ce côté percussion. »

Oré. Crédits: Matthieu Ponchel
Oré. Crédits: Matthieu Ponchel

« Il faut que les paroles fassent partie de la musique, que les chansons soient faciles à écouter. Qu’il y ait de l’humour mais que celui qui écoute puisse être ‘ébranlable’, que ça mette des faiblesses en avant. » 

Comme quand on lit un livre

Deux de ses chansons sont clippées, « Avril » et « Agence matrimoniale ».  Aujourd’hui, les chanteurs français ne parlent que d’amour et de soleil. Oré aussi, mais sans négliger sa conscience artistique, elle aborde sujets sensibles et engagés. Loin d’un engagement militant au poing levé, mais quand on chantonne en souriant, une petite voix soulève en nous certains questionnements. Par exemple « Avril » :

« C’est une chanson écrite pendant les élections françaises. Le Pen au deuxième tour, pour la deuxième fois. Les gens étaient lassés, beaucoup n’ont pas voté, il y avait des chances que ça passe, et c’était effrayant. La chanson aborde l’immigration, le racisme et la montée du FN. De manière très poétique, très reculée, très discrète et légère. » 

Et « Agence matrimoniale » :

« C’est l’histoire d’un personnage qui arrive en agence matrimoniale et qui se vend. C’est du marketing de l’amour. Au fur et à mesure de l’histoire, on se rend compte que la survente vient d’un manque de confiance en soi. »

« Mais ça n’a rien à voir avec ma vie. » Oré utilise pourtant le ‘je’ et le ‘tu’ dans beaucoup de ses morceaux. Mais elle parle d’« histoire » autant que de « chanson ».

« J’utilise le ‘je’ et le ‘tu’ justement pour qu’on puisse se mettre dans la tête des personnages, comme quand on lit un livre. J’aime le story telling. »

Oré. Crédits: Marie Laure Blancho
Oré. Crédits: Marie Laure Blancho

Extrapoler sur des personnages

« Il y a toujours un fond de vie. J’ai déjà écrit une chanson d’amour pour mon chéri par exemple, ou la chanson « Vacances » quand je n’avais pas de taf. Ça peut être mes émotions ou mes opinions, mais non autocentrées. J’essaie d’extrapoler sur des personnages.  »

Les textes d’Oré ne sont pas engagés politiquement. Elle a envie de parler de choses qui auraient pu l’aider elle. Les musiques qui l’ont le plus marquée sont celles qui ont changé sa vie, nous dit-elle. Brassens en tête, qui se moque des gens qui se croient importants tout en vivant sa vie, tranquillement, de son côté. Comme lui, l’humour imprègne l’esprit de sa musique.

« J’ai par exemple une chanson qui parle de l’envie d’être une femme. Tant de jeunes filles achètent Closer et rentrent dans les stéréotypes… J’essaie de me mettre dans leur tête pour comprendre leur comportement. Je l’ai écrite après avoir vu la pub One Million, avec l’arrière-petite-fille d’Hemingway. Quelque chose ne va pas. Elle est magnifique, elle est élégante… mais elle fait la tête. L’admiration envers ça, ça me faisait du mal. Je n’ai pas envie de faire semblant d’être méchante juste pour être sexy.  »

À l’avenir, je serai peut-être plus grinçante. Mais mon objectif est de toujours garder le sourire. Il faut que ça fasse kiffer les gens d’écouter, que ce soit une ritournelle qu’ils aient dans la tête, et que la ritournelle essaie de dégager un petit message. Je ne veux pas non plus avoir un ton moralisateur.

Oré nous prépare un premier EP. Cinq chansons, dont une sur ses frères et sœurs – sur l’enfance – et un morceau sur le travail et l’expérience de Milgram, « 1 000g ». Elle travaille avec Bozeck, et avec Paul, son manager, qui développe également son univers visuel.

« Concernant notre rencontre avec Bozeck… Je suis arrivée à Paris pour trouver du travail. Je voulais créer. J’ai fait un stage officieux de montage avec lui. Il m’a aussi laissé les clefs de son studio, et tous les matins, avant qu’il vienne à 7h, j’allais squatter chez lui et je prenais deux trois heures pour remixer mes sons. De fil en aiguille, il m’a dit qu’il me mixerait mon EP le jour où j’en aurais un. C’est ce qu’il a fait ! »

Vous l’avez noté, Oré se produira aux bars en Trans le 6 décembre prochain à Rennes. Pour vous faire patienter, mieux qu’une playlist, ses inspirations :

« J’ai divisé mon être en trois catégories. Celle qui écrit la forme, celle qui écrit le fond, et celle compose.

Pour le rap, pour travailler le flow, j’aime beaucoup Youssoupha, MC Solaar, IAM… Côté américain, Kendrick Lamar, tout le monde est passé par là; Anderson .Paak… Ces artistes qui commencent à mélanger la soul, un peu le jazz, ils chantent, ils rappent, il y a de l’électro, c’est assez funk…

Pour les compos, il y a plusieurs bases : les Crookers, c’est drôle; certains morceaux des Chemical Brothers, et puis Camille et Cristobal Tapia de Veer avec sa BO pour la série Utopia, je trouve les jeux de voix pitchés trop fun.

Et pour les paroles le fond et l’ambiance qui doit ressortir des morceaux : Brassens, Solaar… »

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