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Music Migrations : l’expo qui vous berce entre Paris et Londres, les 60’s et les 80’s

Le musée de l’Histoire et de l’Immigration est l’un des plus beaux musées parisiens. Imposant d’aspect extérieur, il laisse place au calme une fois entré. L’exposition Music Migrations occupe une grande partie du deuxième étage et elle est toute aussi étonnante que les lieux qu’elle occupe. Une installation indique l’entrée avec l’inscription Paris Londres, Music Migrations 1962-1989 tandis qu’une musique en fond invite à entrer au cœur de l’installation. Music Migrations, c’est l’histoire de la vague d’immigration des années 60, de Paris à Londres, racontée en musique.

Un extrait de l’émission Tonight BBC datant de 1964 entraîne les visiteurs. L’exposition plonge dans le passé, guide vers une culture venue d’ailleurs, un monde que les générations d’aujourd’hui ont peu connu et pourtant si proche : les années 60. L’époque où le monde s’arrachait les Beatles, où les tourne-disques tournaient à plein régime et les premières foules grandissaient dans les concerts. Tout en avançant le long des vitrines, on se retrouve quelques années plus tard avec le groupe The Equals, premier groupe majeur britannique mêlant Noirs et Blancs, au style plus que particulier. L’un de leurs tubes passe en boucle et on se sent emporté par le rythme, fredonnant à notre tour « Well I’m running, Police on my back ». Nous voilà en pleine Grande-Bretagne, encore loin de mai 68 et pourtant déjà dans ce conflit qui oppose jeunesse et forces de police.

La ballade continue et l’on se laisse aisément porter par les playlists présentes à chaque coin de l’expo, tout comme les messages « Laissez nous twister » ou « Rock against racism ». Alors que l’on suit ce chemin de liberté et d’expression musicale, des photos de jeunes immigrés offrent un nouveau paysage. Paris, nouvelle ville d’immigration, se voit animée de toutes parts, par des jeunes venus du Nord de l’Afrique. Dans les cafés, dans les bars, dans la rue, bras dessus bras dessous, ils incarnent une nouvelle France cosmopolite. Parmi eux, l’une d’entre elle brille dès son arrivée à Paris. Référence de la chanson algérienne et première voix féminine, Noura, incarna la liberté grâce à ses textes remplis d’espoir pour le peuple d’Algérie suite à la déclaration d’indépendance.

Alors que l’on pensait continuer à être bercée par les spectacles de danseuses orientales et leurs costumes ornés de perles, nous voici dans un tout autre décor : changement de registre, place au rock et à la révolte ! Ici les affiches sont en couleur, les slogans fusent, les femmes crient pour la liberté et l’égalité. Le groupe XRay Spex sort ainsi son tube « Oh Bondage Up Yours! » en 1977 et la voix d’une Marianne des temps modernes défie la société capitaliste. Dans un cri de colère mêlé à la joie, la chanteuse dépeint son pays, l’Angleterre, et s’inscrit ainsi dans l’histoire du punk rock comme un moment déterminant pour la suite de l’Histoire.

Retour à Paris, où d’autres font jaser dans les cafés, à la radio et à la télévision. Nous sommes en 1979 et Gainsbourg fait scandale : il crée une version reggae de la Marseillaise et ce, malgré les refus essuyés et l’annulation de l’un de ses concerts par un groupe d’extrême-droite. C’est le début de l’anarchisme ! C’est le début de la “gainsbourmania”.

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La suite est tout aussi prometteuse avec les grands noms de l’époque placardés tout autour des visiteurs : Les Négresses Vertes, Mano Negra, Bob Marley, NTM ou encore IAM. Sous ces rythmes du monde se cachent les problèmes que les populations rencontrent à l’époque : racisme, exclusion, violence, inégalités sociales. C’est ainsi que SOS Racisme voit le jour en 1984 et les mobilisations se multiplient. La révolte n’a jamais cessé et la date de fin de l’exposition n’est pas anodine : 1989, année symbolique pour l’Europe. Berlin est libérée, Paris et Londres rayonnent, le multiculturalisme s’affirme comme l’une des plus grandes richesses.

Infos : Paris Londres, Music Migrations 1962-1989, Au Palais de la Porte Dorée, jusqu’au 5 janvier 2020.

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