Murakami : la pop entre Asie et Occident

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On ne compte plus les collaborations entre pop-stars et artistes contemporains dans l’actualité. Entre autres Lady Gaga et Marina Abramovic : gain de légitimité artistique pour l’un et de popularité pour l’autre, chacun peut y gagner. La palme de la collaboration la plus pop et psychédélique revient toutefois sans conteste à Takashi Murakami et Pharrell Williams.

Murakami a choisi le nouveau messie de l’industrie musicale pour l’aider dans la promotion de son premier long-métrage sorti début juin : Jellyfish eyes, l’histoire d’un petit garçon qui va se lier d’amitié avec une créature extraordinaire à la mort de sa mère. De ce partenariat va sortir le clip Last Night, Good Night (Re:Dialed) qui met en scène une version manga de Wiliams avec la célèbre chanteuse vocaloid Hatsune Miku, le tout dans un univers sous acide rappelant celui du film.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=0-LuF-hPcTw]

Ce clip est la quintessence du style Murakami: coloré, pop, foutraque, multi-référencé et avec des influences mêlant le manga japonais et la culture mainstream occidentale. Le réalisateur John Lopez le décrit comme « l’enfant caché d’Andy Warhol et d’Astroboy ». Il est reconnu pour avoir inventé le style « Superflat » : des productions artistiques influencées par la culture otaku, c’est-à-dire toutes les formes de la pop culture japonaise nées après la guerre. Murakami a surtout pour volonté d’explorer le consumérisme culturel autour du manga et la façon dont la sexualité est perçue dans la culture otaku à travers des œuvres exubérantes allant parfois jusqu’au grotesque.

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« Army of mushrooms », Takashi Murakami

 

Mais si Murakami a longuement travaillé sur la pop culture de son pays, c’est toujours avec un œil tourné vers l’Occident.

Son œuvre est ambivalente : d’une part, il nous dévoile la valeur de l’art japonais et d’autre part, il collabore avec des symboles iconiques de la culture occidentale. Avant son clip avec Williams, Murakami a aussi dessiné une collection pour Louis Vuitton en 2004 et réalisé la pochette de l’album Graduation de Kanye West.

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Imprimé Murakami pour Louis Vuitton, patternandsource.com

Sa volonté de tisser des ponts entre les cultures des deux hémisphères a accouché de la fameuse exposition qui doit encore peupler les cauchemars de la bonne bourgeoisie versaillaise : « Murakami Versailles », organisée dans les salles mêmes du palais mythique de Louis XIV.

Contrairement à ce que les bonnes mères de famille à serre-têtes et colliers de perles pensaient, Murakami n’a pas cherché à détruire l’un des joyaux du patrimoine français, mais à mettre en relation l’univers fantasmatique des mangas avec les délires mégalomanes du roi qui ont sous-tendu toute la construction du château.

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« Miss Ko2 » Takashi Murakami exposée à Versailles

 

C’était aussi pour lui l’occasion d’utiliser un symbole qui est peut-être aussi sibyllin pour les japonais que la culture otaku pour les européens :

« Pour un japonais, y compris moi, le Château de Versailles est l’un des plus grands symboles de l’histoire occidentale. […] Mais, sous de nombreux aspects, tout est transmis à travers un récit fantastique venant d’un royaume très lointain. Tout comme les français peuvent avoir du mal à recréer dans leur esprit une image exacte de l’époque des Samouraïs, l’histoire de ce palais s’est étiolée pour nous dans la réalité. Donc, il est probable que le Versailles de mon imagination corresponde à une exagération et à une transformation de mon esprit jusqu’au point d’être devenu une sorte de monde irréel à part entière. C’est ce que j’ai essayé de saisir dans cette exposition ».

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« Tongari-Kun (Mister Pointy) » Takashi Murakami exposé à Versailles

On reproche parfois à Murakami d’avoir trop fait le jeu du capitalisme mondial en ayant voulu exporter la culture japonaise grâce à ses nombreuses collaborations. Au-delà de l’aspect mercantile, Murakami est peut-être l’un de ceux qui a su le mieux saisir l’aspect positif de la pop : elle peut fédérer des peuples au-delà des différences de culture. Il a su réutiliser tout le foisonnement et la singularité de la pop à la japonaise pour mieux mettre en valeur son pays sur une scène culturelle occidentale très hégémonique afin de finalement lier les deux dans des projets innovants. En ce sens, Murakami est sans doute le précurseur de l’art contemporain des générations futures qui, bercées par la mondialisation, ne limiteront plus leurs influences à un seul continent.

Salvade Castera

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