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Afro Trans #1 : Make-Overs. Le couple le plus énervé de la scène garage sud-africaine

Après 39 éditions, la réputation des Transmusicales n’est plus à faire. Le festival est devenu un pèlerinage immanquable pour tout féru de musique qui se respecte. Sa plus grande force ? Cette capacité à flairer les talents d’ici comme du bout du monde, le positionnant en véritable conquistador des prochaines tendances internationales. Cette année, l’Afrique était dignement représentée : du Soudan à la Sierra Léone en passant par l’Afrique du Sud et l’Angola, nous sommes partis à la rencontre des artistes qui dessinent le paysage musical africain de demain.

Andreas et Martinique se sont bien trouvés. Partageant bien plus qu’un goût pour les chevelures tombantes et broussailleuses, c’est par leur passion commune pour le punk rock que ces deux-là sont tombés amoureux et se sont réunis au sein de Make Overs. Lui à la guitare, elle à la batterie, la formation sud-africaine est simpliste mais non moins ravageuse. A coups de riffs rugissants et de drums fracassants, le garage de Make Overs est crade, radical, sauvage, et tape là où ça fait mal. Mais qu’est-ce que ça fait du bien. Le couple hyperactif se produisait pour la première fois en France sur la scène du Hall 3 samedi dernier. Un concert défouloir qui leur a, sans aucun doute, ouvert les portes de l’hexagone.

Vous avez sorti 10 albums en 7 ans, quel est le secret de votre superproductivité ?

Martinique : Il n’y a rien d’autre à faire d’où nous venons ! Nous habitons à Pretoria et il ne s’y passe pas grand chose, il n’y a pas de distractions, et on adore faire de la musique, donc dans ces conditions c’est très dur de s’arrêter.

Avec autant d’inspiration, quel est votre processus de création ? Le travail de composition, l’écriture des paroles, de la musique, est-il divisé entre vous ou faites-vous tout à deux  ?

Andreas : C’est un peu les deux, parfois j’arrive avec une idée et on y bosse ensuite ensemble, sinon on écrit pas mal aussi tous les deux.

Martinique : Parfois on enregistre des choses un peu comme ça, et quand on les réécoute, certaines idées nous plaisent, on les reprend et on y retravaille. Mais souvent, Andreas écrit tard le soir, ensuite j’y regarde et je rajoute mon grain de sel, je dis ce que j’aime, ce qu’il faudrait améliorer. On est beaucoup dans l’échange, la discussion, et c’est assez fusionnel.

King Glizzard and The Lizzard Wizard a promis de sortir 5 albums en 2017. Acceptez-vous de relever le défi pour 2018 ?

Martinique : On travaille sur un nouvel album actuellement, on a déjà enregistré 6 morceaux et il va probablement sortir en juin prochain. De là à sortir autant d’albums en si peu de temps… Ça se pourrait, ça dépend de la tournée ! Le plus on tourne, le moins on créé, mais allez, on accepte le challenge pour 2019 !

Crédit : Arnaud Auger

Comment avez-vous évolué entre votre premier et votre dernier album ?

Andreas : Le premier album était très expérimental, on cherchait encore notre identité musicale, c’était très brut. Je pense que maintenant, notre musique est beaucoup plus précise.

Martinique : Oui, avant elle était beaucoup plus noisy, alors qu’aujourd’hui, on peut dire qu’elle est peut-être un peu plus travaillée, produite. Mais on adore regarder notre évolution et encore aujourd’hui travailler sur des choses totalement différentes, c’est très excitant ! La seule barrière que l’on a, c’est le temps, parce qu’on n’aura jamais le temps d’essayer tout ce qu’on voudrait sur notre musique !

Andreas : Par exemple en ce moment on amène des éléments un peu plus pop.

Sur scène, on retrouve l’énergie de votre relation fusionnelle. Vous n’avez jamais introduit un autre musicien à vos côtés pour le live ?

Andreas : On a joué avec quelqu’un d’autre une fois, une réunionnaise du nom de Nathalie Natiembé. Elle est venue nous rejoindre sur un concert mais c’était la seule fois. On ne l’avait pas planifié, elle était là et on l’a fait monter sur scène pour jouer avec nous.

Comment travaillez vous durant vos sessions de répétition ?

Andreas : Notre plus gros problème est qu’on a beaucoup de choses à répéter, parce qu’on a 10 albums à notre actif, ce qui fait au moins 60 chansons. Donc on se concentre sur 20 morceaux un jour, 20 autres le lendemain, etc… C’est assez intense !

Justement, parmi autant de morceaux, comment choisissez-vous ceux que vous allez jouer sur scène ?

Andreas : C’est toujours le plus dur et on ne le fait jamais de la bonne façon ! Je pense que ça dépend de comment on sent les choses sur le moment, et puis parfois il y a des gens qui nous disent “oh moi j’aime cette chanson!”, alors on compose avec, on modifie la setlist sur le tas pour jouer ce que la personne a demandé.

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J’aime beaucoup l’identité visuelle de vos pochettes d’albums. Qui est l’artiste qui les dessine ?

Andreas : C’est moi !

Tu as fait des études d’art ?

Martinique : Nous avons tous les deux fait des études de cinéma. Mais il a hérité du don de son père qui est un artiste très talentueux, et je pense que ça l’a beaucoup influencé pour nos artworks.

Quelle est votre vision de la scène punk et garage Sud-Africaine ?

Andreas : Cela dépend des endroits, c’est très différent d’une ville à l’autre. A Kempton, la scène est plutôt garage, punk et psychédélique. A Johannesburg, c’est une scène plutôt punk hardcore, tandis que Pretoria est la capitale du rock. Donc il n’y a pas de scène musicale vraiment uniforme. Mais de manière générale, elle devient de plus en plus bouillonnante, ça prend un peu de temps mais on y vient.

Martinique : C’est difficile, on vit dans un pays pauvre. 80% de la population sud-africaine vit dans la misère. Donc la musique n’a pas une place aussi importante qu’elle peut en avoir dans un pays comme la France par exemple. La nourriture, le logement sont des choses importantes, mais la musique, c’est encore une activité de privilégiés. Donc quand tu joues de la musique, quand tu fais des concerts, c’est un très petit pourcentage de la population qui y a accès. Et dans ce petit pourcentage, tout le monde n’aime pas le rock ou notre musique, donc cela réduit encore le nombre de gens que l’on touche avec notre musique.

Andreas : Mais aujourd’hui je pense qu’il n’y a jamais eu autant de groupes à se créer, c’est encourageant.

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