Luxe d’occasion : blasphème ?

Pardon ? Du luxe d’occasion ? Mais comment est-ce possible ? La populace s’accaparerait le domaine du luxe ?

Diraient certains.

Alors qu’un article du numéro sur le Désir nous parle du pouvoir magique de la griffe d’un sac Chanel et de son charisme, l’ère d’internet et la propagation du marché de l’occasion nous proposent un nouveau concept : et si le luxe se mettait à l’occasion ?

Alors qu’à l’époque de Louis XIV certaines tenues étaient réservées à certains membres de la Cour (continuation logique de la monarchie absolue), le luxe, lui, se sert de son prix comme marqueur social. La tenue de l’élite à l’époque du Roi Soleil tout comme le sac Chanel vous positionnent à une certaine place dans la hiérarchie sociale. Inutile de tergiverser sur ce sujet même s’il peut y avoir débat, c’est véridique.

InstantLuxe est notre base d’étude : une plateforme d’achat et de vente de produits de luxe d’occasion, des opportunités à saisir donc. Ces biens retrouveront une seconde vie dans l’univers éphémère de la mode, de la consommation en général, même si beaucoup de pièces de luxe sont indémodables et défient ce monde où tout n’est que changement et tendance. Néanmoins, lorsque vous êtes sur le site, ça n’est pas le design du Bon Coin. Nous savons que même si l’on n’achète pas du Louis Vuitton tout neuf place Vendôme, nous sommes tout de même sur un site de vente de seconde main, mais de LUXE. C’est la démocratisation du luxe : tout le monde peut essayer d’accéder à l’inaccessible et de participer à l’écriture de l’histoire d’une grande maison. Occasion peut être, mais il y a un engagement qualité : le site vous présente même leurs experts en lutte quotidienne contre la contrefaçon.

Si ce marché a fait son apparition, c’est qu’il y avait en face une demande. Les friperies, les sites web d’occasion, la tendance des brocantes etc. se sont développés à vitesse grand V en ce temps de baisse du pouvoir d’achat. Place à la créativité : moins on a de moyens, plus on cherche à dénicher des perles rares pour leur donner la nouvelle vie que l’on souhaite (voilà pourquoi j’ai fait dans un précédent article l’éloge de la friperie, qui pour moi vaut plus que toutes les mines d’or). Les objets de luxe peuvent se réincarner à travers ce nouveau marché. Les maisons peuvent ainsi élargir leur culture de marque à un public plus grand, et permettre à des passionnés d’objets charismatiques de les collectionner et d’ajouter des pièces uniques à leur tableau de chasse.

Et puis après tout, pourquoi ne pas casser l’univers snob du luxe réservé aux vieilles « bourgeoises » qu’Yves Saint-Laurent détestait tant ? Parallèlement à ce nouveau marché, les Zara et H&M sont les exemples d’une nouvelle société où tout le monde peut être à la mode à bas prix et en phase avec les grands créateurs de leur temps. Les campagnes publicitaires telles que « Sonia Rikiel pour H&M », « Viktor & Rolf & H&M », témoignent de cette volonté de mêler luxe et fast fashion : nous vivons au temps de la popularisation du luxe.

Mais de l’occasion reste de l’occasion…

Le luxe ce n’est pas seulement un prix, ce n’est pas seulement des matériaux de très haute qualité : c’est aussi un service irréprochable pour une clientèle ultra-exigeante. Beaucoup d’internautes se plaignent de ce type de site et dénoncent par exemple des tentatives d’arnaques. Bref, c’était peut-être trop beau pour être vrai. L’occasion, même si elle concerne des produits de luxe, reste de l’occasion. Il y a un risque : ce genre de service de moyenne qualité peut entacher l’image des marques de haute couture, qui sont tout de même sur un autre créneau.

Sacrilège !

Comme l’a expliqué un précédent article écrit par deux collègues, le produit de luxe se différencie par son prix et son charisme. Derrière un objet de luxe se cache une culture de marque, mais aussi des savoir-faire uniques, de l’ingénierie, de l’artisanat hors-pair, mais surtout, ce sont des objets rares où la trace du créateur, du couturier, se fait sentir contrairement à un simple jean Zara mal fini qui sème son fil à chaque machine.

Le simple acte d’aller acheter l’objet de luxe est sacré. Se rendre à la boutique. Être accueilli en clientèle de luxe. Se sentir appartenir à un monde. Un site comme InstantLuxe ne pourra jamais recréer cela. La griffe justifie le prix. La clientèle de luxe est loin d’être rationnelle ! Plus le prix augmente plus la consommation grimpera. Le luxe ne connaît pas la crise. Le luxe ne pourra jamais se fondre dans l’univers de la mode, univers de rêve consumériste, tout simplement parce que la mode est dans la « séduction immédiate » alors que le luxe écrit son histoire avec chaque pièce qui devient unique et charismatique. Je citerai pour finir ma collègue, Costanza Spina : « Le luxe est distinction, la mode est uniformisation. ». Sans défendre le snobisme bourgeois et le sectarisme lié à la consommation des produits de luxe, je dirais simplement que le luxe existe pour nous faire rêver, il n’est pas voué à l’achat immédiat et impulsif pouvant être lié au marché de l’occasion.

Rapprocher la haute couture de son époque ne consisterait finalement pas à intégrer les objets de luxe dans l’univers de l’occasion qui grandit, mais peut-être simplement de s’inspirer de son époque pour créer, comme l’ont fait Saint Laurent ou Mademoiselle Chanel marquant encore le style de nos rues.

Inspirée par les travaux universitaires de Costanza Spina.

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