Lecture en cours
Loi Sécurité globale, asexualité, Wikipedia : Revue de presse #12

Loi Sécurité globale, asexualité, Wikipedia : Revue de presse #12

Bien s’informer, c’est important mais ça demande du temps. Alors chaque lundi, la rédaction de Manifesto XXI vous présente sa revue de presse pour bien commencer la semaine. Dedans, retrouvez des infos essentielles, des enquêtes marquantes, des débats, des images fortes, des actus queers et féministes…

Cette semaine, notre revue de presse appelle à la mobilisation. Contre la loi Sécurité globale, contre les violences sexistes au travail et les violences sexuelles à la maison, contre un avenir qu’on invente sans nous. Pour une imagination politique et pour des vies différentes : tour d’horizon de ces différents élans, utopiques comme chez Big Bang, collectifs comme chez Google ou au cœur de l’intime avec la valorisation de l’asexualité sur France Culture.

La semaine en bref

Sécurité globale – La loi a été adoptée jeudi 15 avril à la suite d’un vote à l’Assemblée nationale, à 75 voix pour et 33 contre. Une des finalités de ce texte est de permettre le rapprochement entre les forces de sécurité, que celles-ci soient privées ou publiques. Désormais, les policiers seront autorisés à porter leur arme dans les établissements publics en dehors de leur service. Toutefois, la loi doit encore être soumise à l’examen du Conseil constitutionnel. L’opposition se tient prête, comme l’atteste ce communiqué de la coordination #StopLoiSécuritéGlobale.

Violences sexuelles sur mineur·es – Nous vous narrions les enjeux des débats parlementaires sur cette loi ici : voilà la proposition entérinée. L’âge du consentement est haussé à 15 ans (18 ans en cas d’inceste), en dessous duquel tout acte sexuel de la part d’une personne majeure est un viol (buccal, vaginal, anal). Reste cette « clause Roméo et Juliette » qui ne convainc pas. Elle suspend la qualification de viol si les deux parties ont moins de 5 ans d’écart (traduction : 13 ans / 18 ans = ok), mais est caduque dès lors qu’un cadeau ou de l’argent est en jeu – soit de la prostitution.

Loi Climat – Reporterre nous explique en quoi la loi Climat était un jeu de dupe concernant le trafic aérien. À travers la compensation carbone des vols aériens, le gouvernement oblige les compagnies à financer des programmes pour l’environnement et marginalise la réduction du trafic. Planter des arbres plutôt que limiter les vols, voilà une mesure loin d’être satisfaisante.

Afghanistan – Mercredi 14 avril, Joe Biden annonçait le retrait des troupes militaires américaines d’Afghanistan, vingt ans après les attentats du 11 septembre 2001. Un retrait que le Président des USA assure définitif mais pas précipité.

Free Yulia Tsvetkova – L’artiste russe de 27 ans entre en procès cette semaine pour avoir posté des représentations artistiques de vulves sur Internet. Elle est accusée de contrevenir à la « loi contre la propagande homosexuelle ». Dazed revient sur l’affaire, notamment sur le tabou des corps féminins dans une société russe de plus en plus pudibonde. Pétition « Free Yulia » ici.

(Screenshot du compte Vkontakte Монологи Вагин de Yulia Tsvetkova)

Cool office – En 2018, de Singapour à Dublin, des milliers de salarié·es de Google s’étaient mobilisé·es contre la protection systématique des harceleurs sexuels (parachutes dorés compris) de la maison-mère Alphabet. Cette semaine, soit trois ans plus tard, 500 salarié·es ont co-signé des revendications claires pour un management assaini et Emi Nietfeld a raconté dans un article au New York Times comment le piège du harcèlement s’est refermé sur elle.

Congé menstruel, le sang 💯 – La Coopérative à Montpellier teste le congé menstruel : pensé pour pallier l’injustice des règles douloureuses, sans justification, les femmes peuvent poser un jour de congé par mois et ainsi ne pas voir leur salaire décompté. Jusque là, tout a l’air de très bien marcher.

Wikipédia Wars – Soutien à la Manif pour Tous, carrière dans le mannequinat, retournement de veste politique… Les candidat·es aux élections régionales n’hésitent pas à faire réécrire leurs histoires sur leurs pages Wikipédia et éliminer les petites anecdotes gênantes à l’approche du scrutin. Quand ce ne sont pas des militant·es remplis de haine ou transis d’amour qui font tomber éloges ou tombereaux d’insultes sur les pages… Heureusement les Wikipédiens veillent au grain, comme le raconte cet article de Numerama signé Moran Kerrinec.

Dernière Schiappade – Notre ex-ministre chargée des droits des femmes nous régale une fois de plus avec sa dernière invention : les « Quartiers sans relous ». L’idée est de mesurer la concentration de harceleurs de rue par quartier, pour envoyer un renfort policier dans les « zones rouges ». On regrettera la qualification de « relou » pour des faits de violence, en plus du relent classiste et raciste dans l’idée que ces violences ne seraient pas systémiques mais concerneraient uniquement certains « quartiers »

Violences conjugales – Plus de 25 % des femmes en couple homosexuel ont déjà subi des violences conjugales. Malgré cela, elles restent les grandes absentes des campagnes de prévention et des formations sur le sujet. Pour y remédier, la Fédération LGBTI+ vient de lancer une campagne à destination des femmes en couple avec d’autres femmes et envisage d’en créer une similaire pour les couples d’hommes.

Duhamel – Olivier Duhamel a manifestement choisi la défense du « Oui, mais non, enfin peut-être. Ou pas ? ». Mardi dernier, il a avoué à la brigade de protection des mineur·es des attouchements envers son beau-fils alors que ce dernier avait 15 ans, mais nie sans les nier les viols, alors que le beau-fils n’aurait eu que 13 ans. De premières auditions avaient débuté en 2011 sur ce secret de polichinelle. La prescription empêchera de toute façon tout aboutissement de la procédure.

Dopamine gratis, offert par Finkie – Il n’y a pas grand-chose de plus jouissif que de voir un arch enemy se ridiculiser alors que ce dernier n’a toujours été que médiocre, de courte vue, aveuglément privilégié, roi fainéant de la pensée, usurpateur, bassement réactionnaire, laquais aux cheveux gras de l’ordre établi, mal exfolié, baveux, bref laid et satisfait ? Rien à voir, mais avez-vous vu cette séquence qui semble être l’aperçu d’un monde où Finkielkraut et CNews se la fermeraient ?

Matière à penser

(TW) Violeurs en thérapie – Le Monde a suivi une équipe psychiatrique d’Île-de-France qui accompagne des violeurs pour empêcher la récidive. L’enquête est formidable, mais attention, la lecture est difficile et aucune FOMO ne devrait justifier de se mettre en PLS. La statistique choc, c’est celle-ci : 5 à 20 % de la population serait touchée par un trouble pédophilique. La phrase qui remet les pendules à l’heure, c’est celle-là : « La colère ou la recherche de pouvoir est la composante principale [du] viol, plutôt qu’être principalement l’expression d’un désir sexuel, [c’]est en fait l’utilisation de la sexualité afin d’exprimer ces questions de la puissance ou de la colère. » Cette enquête participe à toutes les réflexions que l’on se doit d’avoir sur les violences sexuelles, sur la figure du monstre, sur la prison, sur la maladie mentale – et de façon plus heureuse et plus brillante que dans les années 70 si possible.

Utopie nécessaire – Le groupe So Press lance Big Bang, « l’almanach des possibles », un nouveau magazine qui réunit 12 numéros en un seul, pour imaginer une année entière d’utopies, d’aujourd’hui à la prochaine élection présidentielle. Religion, drogues, vie aquatique : tous les sujets y passent pour essayer de penser un futur moins noir et anxiogène.

Voir Aussi
Les 20 meilleurs albums de 2020

Politique fatigue – Le chercheur Romain Huët publie De si violentes fatigues : les devenirs politiques de l’épuisement quotidien (PUF, 2021). C’est le suicide qui a fait naître la sociologie telle qu’on la connaît, quand Emile Durkheim donne à voir de façon chiffrée que les gens qui se suicident partagent les mêmes caractéristiques sociologiques. Huët lui emboîte le pas, et montre l’aspect fondamentalement politique des fatigues qui nous étreignent, parfois jusqu’à la rupture, et les manquements sociaux qu’elles révèlent. Il en parle très très bien ici.

La semaine en image

World Press Photo – En cette année 2021, le jury a décidé de décerner le prix au photographe danois Mads Nissen, pour The First Embrace. On peut y voir un câlin sous plastique entre Rosa Luzia Lunardi, 85 ans, et l’infirmière Adriana Silva da Costa Souza dans une maison de soin à Sao Paulo, au Brésil, le 5 août 2020. Un cri d’espoir, d’humanité et d’empathie au cœur de la crise sanitaire.

5 ans de la loi Prostitution – Mardi 20 avril, une centaine de travailleuses et travailleurs du sexe étaient réuni·es à Paris pour marquer le triste anniversaire de la loi pénalisant les clients. En reportage pour Libération, la photographe Emma Burlet signe une série de portraits poignants. Pour rappel, plusieurs associations, dont Médecins du Monde, Acceptess-T, Act Up Paris et AIDES demandent l’abrogation de la loi en dénonçant ses effets désastreux pour la conditions des personnes pratiquant le travail du sexe.

Réouverture des bars – À Londres, les pubs ont réouvert. Oui oui. Les images du quartier de Soho en liesse, capturées par un photographe de The Telegraph, font un sacré pincement à nos petits cœurs toujours confinés et toujours pas vaccinés…

Cultures queers et transféministes

Cover Girl – Depuis la diffusion de RuPaul’s Drag Race sur Netflix, les Français·es s’arrachent les drag-queens. Mais derrière la télé-réalité, le métier reste rude pour la plupart des drag-queens françaises et le covid n’a rien arrangé. Quant aux drag-kings, ils restent encore invisibilisés… L’Essentiel nous propose un gros point sur l’art du drag à la française et sur les luttes de ces artistes pour la reconnaissance de leurs statuts.

Le documentaire

Vivre sans sexualité – Pour LSD La série documentaire, Ovidie et Tancrède Ramonet ont mis leur activité sexuelle entre parenthèses afin de mieux comprendre les vies dépourvues de sexe dans une société où tout, ou presque, nous ramène à la sexualité. Ces vies sont majoritairement perçues comme des anomalies, or elles peuvent être contraintes comme choisies, vertueuses et même militantes. De l’asexualité au straight edge, cette série de quatre épisodes, réalisée par Séverine Cassar, nous plonge au cœur de l’abstinence, à l’écoute de celles et ceux qui ne font pas du sexe un besoin fondamental.


Sélection et rédaction : Albane Barrau, Apolline Bazin, Salvade Castera, Anne Plaignaud, Luki Fair

Image à la Une : © Scott Webb, via Pexels

Dîners clandestins, Hoshi, Sofagate : Revue de presse #11

Voir les commentaires (0)

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

© 2019 Manifesto XXI. Tous droits réservés.

Défiler vers le haut