Le spleen hybride de Volage

Crédits : Martin Parr / Magnum

Sur les conseils de Vox Low, nous sommes allés à la rencontre de Volage, cinq garçons originaires de Le Blanc (Indre) : Paul Rannaud (chant/guitare), Simon Pruvost (basse), Thibaut Gaudinat (batterie) et Paul Vidy (guitare/chant), rejoints depuis quelques mois par son petit frère, Martin Vidy (guitare) – sans oublier l’ingé son, Marc Portheau. Ils aiment à piocher dans les genres pour créer un univers décalé, nourri aussi bien de garage, de folk que de chanson française.

Le groupe se produisait à la Chaufferie de la Machine du Moulin Rouge le samedi 1er septembre, dans la moiteur du Psych Fest. Initié à quatre en 2012, le groupe se compose de potes de toujours (de 25 ans, mais c’est déjà pas mal). Après un premier EP, Maddie (2013) et un premier album résolument garage très bien accueilli, Heart Healing (2014), chez Howlin Banana Records (Th Da Freak, Kaviar Special…), les garçons se sont accordé une pause acoustique en partie autoproduite, Coffee Dreamer (2016). Leur deuxième album, Sittin’ Sideways (Howlin Banana),sorti en mars dernier, marque une orientation plus pop rock aux morceaux contrastés, où balades et envolées psyché le disputent à des sons résolument rock. Ils nous parlent spleen et décalage entre deux gorgées de bière et les allées et venues des loges de la Machine.

Manifesto XXI : C’est une étape importante pour vous de jouer au Psych Fest ?

P.R. : Pas spécialement en soi parce qu’on a fait des belles dates à Paris auparavant – moins récemment –, mais c’est vrai que depuis la sortie du dernier disque, effectivement, c’est une belle date : le Psych Fest c’est toujours cool, c’est une affiche qui est mortelle, on est super contents. On va jouer plein de choses : beaucoup du dernier, mais il y a aussi des morceaux du premier (« Upset« ), du 45t… et il y a même des choses qui ne sont pas sorties. On jouera deux ou trois nouveaux morceaux, qui seront sur un prochain album, encore en gestation et qui commence à prendre forme. C’est une espèce de chewing-gum pas bien formé, mais on commence à le travailler.

Est-ce que Nathan Roche (Villejuif Underground) vous accompagnera sur scène, lui qui a participé au titre « Spleen » ?

P.R. : Non, je crois qu’il est à Marseille en ce moment.

Le spleen et la mélancolie sont très présents sur l’album et définissent bien ce qu’on fait, en général. Dans nos mélodies il y a toujours quelque chose d’assez mélancolique, même quand on joue en majeur. Il y a quelque chose de volontairement lourd et épais, sans que ce soit spécialement dark. Ça reste malgré tout un peu léger. Il y a aussi beaucoup de balades pop.

Est-ce que « Volage », c’est parce que vous êtes volages avec de nombreux styles de musique ?

P.R. : Au début ce n’était pas réfléchi du tout. C’était avant qu’il y ait une espèce de mode à prendre des noms en français. Nous on avait pris ça parce qu’on trouvait que le mot sonnait bien, mais on n’assumait pas le nom en français, alors qu’aujourd’hui c’est hyper courant. Mais c’était pas du tout lié nécessairement au sens du mot. Et, finalement, c’est cool : ça colle pas mal à ce qu’on fait maintenant.

Quel est le dénominateur commun qui traverse toutes vos compos ?

P.R. : Peut-être la façon dont on compose les mélodies de voix.

Vous citez souvent William Sheller. C’est de là que vient votre attention à la mélodie ?

P.R. : Oui, complètement. C’est ce genre de mélodies qu’on a dans l’oreille et qui fait qu’aujourd’hui on écrit des trucs comme ça.

Il y a à la fois de la mélodie et du relief dans ce qu’on fait. Des trucs avec beaucoup d’intensité et des choses au contraire beaucoup plus mélodiques, un peu plus introspectives.

Un papier posait une question rhétorique : « Mais pourquoi Volage sortirait du lot, au milieu des dizaines de groupes de rock garage que compte notre pays ? ». Pouvez-vous y répondre prosaïquement ?

Simon : on ne fait pas de la musique « pour sortir du lot »…

P.R. : Mais après on essaye de trouver une singularité. Même si on reste quand même dans une musique hyper codée, on a l’impression de faire des trucs hyper différents à l’intérieur. Alors on essaye de trouver quand même une originalité.

« Sittin Sideways », le morceau qui donne son titre à l’album, veut dire « fonctionner différemment » (littéralement s’asseoir de travers) : au-delà d’exprimer la dimension transgenre de votre musique, est-ce un mode de vie ?

Thibault : C’est pas forcément un mode de vie, mais c’est une recherche, au moins. Pour certains d’entre nous. Même tous, je crois…

Simon : Ça ne fait pas forcément référence à un mode de vie. Ça, pour le coup, c’est vraiment un truc d’écriture, de textes. Et c’est lié à du vécu, des expériences de vie.

P.R. : Ça rejoint ce dont on parlait tout à l’heure, la mélancolie, le fait de se sentir décalé. C’est pour ça qu’on a choisi ce titre pour l’album : comme on essaye de pas tout le temps faire la même chose et de pas forcément ressembler aux autres, Sittin’ Sideways ça collait assez bien.

Howlin Babnana Records, votre label, accueille aussi Th Da Freak, programmé le même soir. Des collab prévues au sein du label ?

P.R. : Oui, il y en a. Mais avec TH pas encore, ça ne s’est pas présenté. Mais on s’aime beaucoup, on est potes. Mais je pense qu’ils sont très occupés. Et nous aussi, en fait. Moi j’aimerais bien qu’on fasse plus d’interventions chez les uns, chez les autres. Le sujet est sur la table depuis longtemps avec les Kaviar Special : qu’ils viennent faire une intervention sur un live. On a même réfléchi à faire un groupe avec les différents membres… donc c’est latent, mais tous les groupes sont bien occupés, on n’a pas vraiment l’occasion de faire ça. Mais ce serait cool, ouais.

Vous avez aussi votre propre structure Fuzz. Tape. Music. Produire d’autres artistes, c’est une envie ?

PR : C’est une asso en fait. Et oui, à terme j’aimerais bien faire ça, en faire plus. Mais c’est beaucoup d’investissement, c’est un job à part entière. Moi j’ai déjà assez de boulot comme ça. On a des jobs à côté quand même. Je pense que Tom [le patron d’Howlin Banana Records, jamais loin de ses poulains, ndlr] pourrait te dire le temps que ça prend de diriger un label. Pour l’instant on n’a pas trop le temps de s’occuper de ça. Mais oui, ce serait carrément une envie.

Pour revenir au concert de ce soir, quel sera votre morceau le plus psyché sur scène et vos morceaux préférés ?

Tous : « Permanent Feeling », « Fever », «  »Don’t get closer », « Sittin’ Sideways »…

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