La Souterraine annonce un album de reprises et un spectacle consacrés à Léo ferré

Le 27 avril prochain verra le jour La Souterraine C’est Extra, une compilation qui regroupe 13 reprises de Léo Ferré interprétées par des artistes de la scène actuelle soutenus par La Souterraine. On y retrouve les voix de Maud Octallinn, Eddy Crampes, Aurore Chevalier, P.r2b, Gontard, Corte Real & Charlie O., Marietta, Les Vilars ou encore Le Bâtiment. Chacun vient avec son identité propre insuffler une nouvelle vie à un petit chapitre de ce vaste répertoire.

À l’origine du projet, les éditions Méridian & La mémoire et la mer, ainsi que Mathieu Ferrer, fils de Léo, qui voient La Souterraine comme ‘le partenaire idéal pour monter un projet unique, participatif, artistiquement fort.’ La motivation derrière cette initiative ? Faire découvrir ou redécouvrir ce patrimoine à de nouveaux publics et générations.

Un projet d’enregistrement qui prend vie également en live, puisqu’un ‘extra-groupe’ et un spectacle ont été montés en parallèle, avec une partie des musiciens ayant participé à l’album. La première à eu lieu le 25 mars dernier à Marseille, et plusieurs autres représentations sont d’ores et déjà prévues, notamment le 28 avril à Beaubourg et le 20 juin au Petit Bain.

En attendant l’album, deux titres sont déjà disponibles, ‘Tu Ne Dis Jamais Rien’ par P.r2b et ‘La Nuit’ par Sarah Maison, ainsi qu’un extrait du spectacle live.

En exclusivité également, un texte écrit par Le Batiment au sujet de Léo Ferré : 

‘Léo tutoie les poètes, en établissant un dialogue avec ses « frères humains » il les fait revivre « sous nos yeux », si j’ose dire (la remarque ne vaut pas pour Aragon bien sûr, bien vivant à l’époque de la mise en musique de ses poèmes, bien que le travail de «réorganisation» par Léo, avec l’aval du poète, a tout d’un dialogue également), à l’inverse d’un académisme dont la seule fonction est de FIGER l’artiste, d’autant plus si l’œuvre porte en elle une puissance subversive… C’est le cas de Rimbaud par exemple, quand Léo met en chanson « Les poètes de sept ans » ou « Les assis » (sans doute deux des poèmes les plus criants de haine envers l’ordre établi, la bourgeoisie, l’immobilisme, voire le monde des adultes), il restitue là ce qu’un Claudel, dans sa (malheureusement) célèbre préface, a voulu enfouir sous son catéchisme. Les surréalistes avaient bien tenté de faire vivre et de s’approprier cet « esprit révolutionnaire » mais en 1964 tout ça était déjà loin.

Et là arrive Léo, Léo qui en 1957 avait choisi dans l’œuvre de Baudelaire certains des poèmes interdits des « Fleurs du Mal » pour en faire un disque, Léo qui déjà voulait rendre justice au poète contre cette censure dont l’esprit planait, et plane encore sans aucun doute, en France, pays du « rebelle bourgeois » qui ne sait pas quoi faire de ses artistes les plus subversifs et préfère les enterrer symboliquement dans des Anthologies qui ont tout de la tombe de papier, bien rangées dans les bibliothèques où sont conservées (comme dans « boîte de conserve ») les «pages glorieuses de notre littérature».

Avec Léo, nous pouvons donc écouter Charles, Guillaume, Paul, Arthur, François ou Rutebeuf  sans avoir l’Académie sur le dos, on peut dire qu’il nous les a « rendus », à nous, le Peuple.

Léo s’est toujours tenu à distance d’un certain dandysme à la française lui aussi, qui veut que l’Artiste rejette ce Peuple sans éducation, qui ne comprend rien à rien, qui mérite un pouvoir le brutalisant (relisez les lignes de Flaubert à-propos des Communards par exemple, et là, on en revient à Rimbaud, qui lui, voyait dans la Commune un vrai signe de prise en main par le Peuple parisien de sa liberté), et c’est tout naturellement qu’à la fin des années 60, il accompagnera et encouragera les mouvements étudiants et ouvriers.

Léo a donc su rester subversif dans son œuvre (en « s’appropriant » les poètes comme décrit plus haut mais aussi dans son « utilisation » de l’orchestre symphonique un peu plus tard par exemple) et dans sa vie je pense mais ça ne suffit évidemment pas à résumer l’homme et son art.

Il me semble ici important de souligner l’absolue douceur de Léo le chanteur, le compositeur et le poète. Il est régulièrement question de sa « noirceur », du « vieux lion », de « l’anarchiste », mais ce tableau est incomplet et ne me satisfait pas. Ecoutez-le répéter « Pépée, Pépée… », même si la chanson a aussi son côté « règlement de comptes »,  on le sent absolument ému, sincère, c’est véritablement à elle qu’il s’adresse, il n’a jamais joué la comédie je pense ; je l’imagine, avec ses clignements d’œil comme dans la vidéo d’  « Avec le temps », c’est lui, c’est Léo, ça n’est pas « un » Léo qu’on voudrait nous vendre, non. Cela correspond d’ailleurs avec l’époque (et ce n’est sans doute pas anodin) où il arrête de se teindre les cheveux ! Même le mensonge capillaire n’était plus de mise !

On retrouve cette douceur dans son interprétation d’ «A Saint-Germain-des-Prés », une de ses premières chansons.

Les enregistrements « Chant du monde » de 1953 sont, selon moi, remarquables par leur forme piano/voix qui les rend d’emblée intemporels, on sent chez Léo s’affirmer une certaine maîtrise de l’austérité, bien qu’il y ait toujours quelques moments d’exubérance. Cela tient sans doute au fait que ces chansons soient pour la plupart déjà assez anciennes (ce sont en fait des réenregistrements de morceaux de 1950), il les maîtrise bien mieux à mon goût que trois ans auparavant.

Et quelles chansons ! On a là de véritables chefs-d’œuvre!

« Le Bateau Espagnol », où Rimbaud point déjà le bout de son nez, « L’île Saint-Louis », « Le flamenco de Paris » et surtout, surtout « La vie d’artiste ». Débuter une carrière par une chanson pareille c’est dingue. L’auditeur écoute un homme qui semble avoir déjà vécu mille vies de doutes, de déceptions, d’échecs dans ce métier, qui certes, « continue(ra) » mais on est très loin d’un « Je m’voyais déjà » par exemple ; le chanteur fait plus dans le constat alarmant que dans le « j’ai surmonté les difficultés pour en arriver à la seule chose qui compte à mes yeux : le succès »

Et ce « A Saint-Germain-des-Prés » donc, où Léo invoque et convoque d’autres « marcheurs de Paris », une chanson comme un refuge, où l’on peut se sentir bien, malgré tout, entre Frères Humains.’

Le Bâtiment 2018

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